{"id":409,"date":"2010-08-18T00:23:39","date_gmt":"2010-08-18T00:23:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yvesalavo.ca\/?p=409"},"modified":"2010-08-18T00:23:39","modified_gmt":"2010-08-18T00:23:39","slug":"andre-marie-talla-vivre-les-rythmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yvesalavo.ca\/?p=409","title":{"rendered":"ANDR\u00c9-MARIE TALLA, VIVRE LES RYTHMES"},"content":{"rendered":"<p>Soir\u00e9e de rythmes intenses du  Festival international Nuits d\u2019Afrique au Kola Note de l\u2019avenue du Parc \u00e0  Montr\u00e9al. Toute la \u00ab colonie \u00bb camerounaise et certains membres issus  de la communaut\u00e9 d\u2019origine africaine ainsi que tous les mordus de  rythmes et de danses se sont laiss\u00e9s porter par la vague cr\u00e9\u00e9e par  Andr\u00e9-Marie Talla et ses musiciens. Accords parfaits, les langues, les  mots, les circonstances, les \u00e9changes tout est fonction des rythmes, des  m\u00e9lodies que le g\u00e9nie de l\u2019artiste nous offre. Une rigueur sans faille,  la musique est premi\u00e8re, il joue, des mains, avec ses dents, dans le  dos, sur les \u00e9paules.<\/p>\n<p>N\u00e9 le 29 octobre 1950 \u00e0 Bandjoun  dans l\u2019Ouest du Cameroun, Tala conna\u00eet une s\u00e9rie d\u2019\u00e9preuves qui  marquent sa vie et forge ce temp\u00e9rament incroyable de d\u00e9termination : il  perd sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quatre ans et son p\u00e8re douze ans plus tard.  Deux drames qui s\u2019inscrivent \u00e0 jamais au c\u0153ur de son existence. Un autre  \u00e9v\u00e9nement, plus grave encore, se produit. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de quinze ans, il  perd brutalement la vue (double d\u00e9collement de la r\u00e9tine). Recueilli par  sa grand-m\u00e8re, il se consacre d\u00e8s lors \u00e0 sa passion, la musique. Issu  d\u2019un milieu d\u00e9favoris\u00e9, c\u2019est avec du fil de fer qu\u2019il fabrique sa  premi\u00e8re guitare sur laquelle il s\u2019applique \u00e0 imiter le plus fid\u00e8lement  possible, tous les rythmes qui ont caress\u00e9 son enfance. Il est direct : <em>\u00ab<\/em><em> Je n\u2019ai jamais appris la musique \u00e0 l\u2019aide du braille mais  \u00e0 l\u2019oreille. J\u2019avais tout simplement besoin que l\u2019on me demande de  placer l\u2019index dans tel cadre, l\u2019annulaire dans tel autre\u2026 \u00bb <\/em>. L\u2019\u00e9couter parler de ses d\u00e9buts, des conditions de vie de  l\u2019adolescent qui se bat pour r\u00e9aliser ses r\u00eaves : <em>\u00ab J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0  chanter en 1968-69, avec des d\u00e9buts relativement corrects, dans le  contexte africain, au Cameroun. Je n\u2019avais pas de magn\u00e9tophone, je ne  connaissais pas le braille. Mais j\u2019avais la passion, j\u2019ai appris la  guitare avec des amis. Quand on est jeune, on a une bonne m\u00e9moire pour  tout retenir, ma c\u00e9cit\u00e9 ne m\u2019a pas longtemps g\u00ean\u00e9 \u00bb<\/em>. Sans pudeur,  avec une lucidit\u00e9 exceptionnelle, Andr\u00e9-Marie Talla explique : <em>\u00ab  Quand j\u2019\u00e9tais enfant, je jouais d\u00e9j\u00e0 de la musique avec tout ce que je  trouvais, je faisais danser. D\u00e8s que j\u2019ai perdu la vue, je suis all\u00e9  voir mon oncle qui jouait de l\u2019accord\u00e9on et de la fl\u00fbte. J\u2019ai baign\u00e9  dans un environnement musical, \u00e0 17 ans je dirigeais mon propre  orchestre. On \u00e9coutait toutes les musiques : rock, pop, rythm and blues,  rythmes africains, je me suis impr\u00e9gn\u00e9 de tout \u00e7a. Mon groupe  interpr\u00e9tait toutes les tendances, du jazz au blues, de la pop \u00e0 la  vari\u00e9t\u00e9\u2026 on se produisait six jours sur sept, tous les soirs de 21  heures \u00e0 3 heures, parfois 5 heures du matin. C\u2019\u00e9tait une v\u00e9ritable  \u00e9cole, un direct permanent avec le public, avec une interpr\u00e9tation qui  devait se rapprocher le plus possible du disque et de la version  originale des titres que l\u2019on chantait. \u00bb<\/em> \u00c0 vingt ans, sa rencontre  avec Manu Dibango est d\u00e9terminante. Manu lui conseille de se tourner  vers les maisons de disques fran\u00e7aises. Toute la famille se cotise et il  s\u2019envole pour Paris. Claude Fran\u00e7ois avec qui Andr\u00e9-Marie Tala  s\u2019appr\u00eate \u00e0 signer, d\u00e9c\u00e8de. Quelques mois plus tard, il signe un contrat  avec le label Decca.<\/p>\n<p>Tala compose alors les titres  qui sont arrang\u00e9s par Manu Dibango : \u201c Sikati \u201d, \u201c Potaksina \u201d et  surtout \u201c Na Mala Ebolo \u201d (120 000 disques vendus) En 1973, il fait  parler de lui avec l\u2019album \u201c Hot Koki \u201d. Le titre porte la griffe de  Slim Pezzin \u00e0 qui tous les chanteurs fran\u00e7ais doivent un riff: Johnny  Hallyday, Michael Sardou, Eddy Mitchell, Dick Rivers. Son succ\u00e8s est si  grand que James Brown l\u2019utilise. Le \u201c Hot Koki \u201d de Tala devient le \u201c  The Hustle \u201d de ce roi de la soul qui bat des records de popularit\u00e9. En  1978, apr\u00e8s quatre ann\u00e9es d\u2019\u00e2pres combats juridiques, la justice tranche  en faveur d\u2019Andr\u00e9-Marie Tala. James Brown doit lui reverser la totalit\u00e9  de ses droits. <em>\u00ab Il fallait du courage pour s\u00b4attaquer \u00e0 ce monstre  sacr\u00e9, ce n\u00b4\u00e9tait pas facile de s\u2019en prendre \u00e0 un monument comme James  Brown. De plus, personne ne me croyait. Il a fallu que des gens comme  Georges Collinet (qui travaillait \u00e0 l\u00b4\u00e9poque \u00e0 La voix de l\u00b4Am\u00e9rique)  montent au cr\u00e9neau en pr\u00e9sentant les deux versions de la chanson  Hot-koki, celle de James Brown et la mienne, pour que les Africains  \u00e9crivent des milliers de courriers qu\u00b4on a d\u00e9vers\u00e9 chez James Brown.  Avec mon \u00e9diteur, on a engag\u00e9 des poursuites et, au bout de quatre ans,  on a gagn\u00e9 le proc\u00e8s\u2026 Il faut avouer que ce fut une \u00e9tape marquante tout  au d\u00e9but de ma carri\u00e8re. Elle m\u2019a aussit\u00f4t donn\u00e9 la parfaite mesure de  mon talent et une vraie id\u00e9e du monde de la musique \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>En 1974, il compose la bande  originale du film <em>Posse-Pousse<\/em> du r\u00e9alisateur camerounais  Daniel Kamwa. Compar\u00e9 depuis ses d\u00e9buts \u00e0 Stevie Wonder \u00e0 cause de sa  c\u00e9cit\u00e9, Andr\u00e9-Marie Tala est un musicien hors du commun qui ne cesse de  pr\u00f4ner les valeurs humaines de concorde, de paix et d\u2019amour. Il est  aussi le promoteur du Tchamassi, et le pr\u00e9curseur du Bend Skin.  Guitariste hors pair, chanteur \u00e0 l\u2019\u0153uvre riche et diversifi\u00e9,  compositeur aux r\u00e9alisations musicales immenses et d\u2019une qualit\u00e9  remarquable, Tala a \u00e9t\u00e9 honor\u00e9, non sans raison, tout au long de sa  carri\u00e8re. R\u00e9cipiendaire du prix de la jeune Chanson Fran\u00e7aise et du prix  Kora du Meilleur artiste d\u2019Afrique Centrale, il fut aussi laur\u00e9at de la  premi\u00e8re f\u00eate de la Francophonie. Avec plus d\u2019une vingtaine d\u2019albums au  catalogue de sa discographie, Andr\u00e9-Marie Tala, est l\u2019un des artistes  les plus pirat\u00e9s du Cameroun. Sans rel\u00e2che, avec enthousiasme, une  \u00e9nergie a \u00e9t\u00e9 partag\u00e9e par tout le public, les jeunes et plus  exp\u00e9riment\u00e9s, les danseuses de charme, les \u00ab puristes \u00bb, les amateurs de  rythmes afro mondes, les \u00ab fous \u00bb de la World, les stylistes  n\u00e9gro-africains qui se meuvent en symbiose parfaite avec les notes, les  fid\u00e8les des s\u00e9quences de la guitare basse, celles et ceux qui suivent  les volutes folles de la guitare de Talla : unanimit\u00e9 sur la piste,  chants, frappes des mains, une f\u00eate de m\u00e9lancolie et de danses sans  transes dans une transcendance sublime.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Soir\u00e9e de rythmes intenses du Festival international Nuits d\u2019Afrique au Kola Note de l\u2019avenue du Parc \u00e0 Montr\u00e9al. 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