ENRACINER LA COHÉSION SOCIALE PAR L’INCLUSION VÉRITABLE

1. L’immigration : des faits et une dynamique

A.  L’accueil concentré à Montréal

Montréal[1] accueille 80 % des immigrants du Québec, ce qui représente une centaine de personnes par jour;

Plus de 70 % des immigrants établis actuellement au Québec le sont sur le territoire de la Ville de Montréal;

  • · 13 arrondissements sur les 19 de la Ville de Montréal comptent de près de 50% au 1/5e du total de leur population comme immigrants :  (dans l’ordre : Saint-Laurent 48,5%, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce 45 %, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension 41,5%, Saint-Léonard 38,5%, Ahuntsic-Cartierville 32,9%, Ville-Marie 28%, Montréal-Nord 27%, LaSalle 25%, Outremont 22%, Plateau-Mont-Royal 21,5%).  Les arrondissements de Anjou, du Sud-Ouest et de Verdun ont au sein de leurs populations près de 20% d’immigrants;

28 % de la population de Montréal est né à l’étranger.

Les enjeux de l’intégration sont importants

La langue :

48,3% des résidants de Montréal ont une langue maternelle autre que le français;

La pauvreté :

Entre 1985 et 2005, la proportion des nouveaux arrivants vivant sous le seuil de la pauvreté, est passée de 29,3% à 41,3%, une augmentation de 12%.

Le chômage, surtout pour les minorités visibles :

les personnes faisant partie d’une minorité visible représentent désormais 21 % de la population montréalaise;

Le taux de chômage des personnes immigrées de l’île de Montréal est plus élevé que celui de la population totale (13,0% contre 9,2%), celui des minorités visibles est encore plus important (16,6%).

L’habitation et la cohabitation sociales difficiles :

l’Office municipal d’habitation de Montréal a parmi ses 36 600 locataires, les ¾ (24 000) qui sont dans des logements pour familles dont 50% (12 000) sont des personnes immigrantes.  Parmi ces locataires, 6 000 ont des jeunes de moins de 25 ans.  Les immigrants représentent, par ailleurs, 90% des personnes qui sont sur les listes d’attente pour les logements de 3 ou 4 chambres à coucher.

Des atouts pour la croissance économique

Les statistiques prévoient qu’à partir de 2012 le Québec va connaître un déclin démographique significatif de sa population.  L’apport de l’immigration devient progressivement un facteur indispensable est essentiel au devenir de la société et à sa croissance économique.

En matière d’attraction, d’intégration et de rétention des personnes immigrantes, Montréal n’est pas une région comme les autres et doit être reconnue pour ses spécificités par le gouvernement du Québec.

Dans ce contexte, des mesures spécifiques et vigoureuses, dont des plans à long terme de soutien aux secteurs de l’économie émergente doivent aider Montréal à assumer pleinement et réellement son rôle de métropole et de locomotive économique du Québec.  Montréal, moteur économique du Québec, doit maintenir sa place et se positionner encore plus avantageusement dans l’économie du savoir, elle doit aussi lutter contre les effets pervers de la convergence de la pauvreté et du décrochage scolaire dans certaines zones urbaines où les minorités ethniques sont fortement concentrées.

Les immigrants et les membres des communautés culturelles contribuent à l’amélioration de la performance économique et culturelle de Montréal et donc du Québec, par le fait même, à son positionnement international.

2. L’immigration : des problématiques, mais aussi des défis sérieux

La cohabitation sociale et le développement d’une société francophone cohérente passent par des efforts planifiés de gestion publique de la diversité dans les principaux domaines de l’action gouvernementale : l’emploi, l’éducation, la santé et les services sociaux, l’habitation et la sécurité publique.

Montréal est le partenaire incontournable et de premier plan du gouvernement du Québec dans tous les processus reliés à l’accueil, à l’intégration en français mais aussi à la vie sociale et à la participation des immigrants au développement de la société québécoise.

Ce sont les grandes villes (régions métropolitaines) qui concentrent sur leur territoire plus des ¾ des immigrants.  Cette réalité impose aux grandes métropoles des responsabilités majeures dans l’accueil, l’intégration des nouveaux arrivants et occasionne des pressions importantes dans les secteurs du développement social et économique ainsi que sur le marché du travail.

A. Les transferts budgétaires

En ce qui concerne les transferts de budgets du fédéral vers le provincial, le débat n’a aucun fondement objectif car les ajustements sont assez rigoureux.  Il va de soi que la croissance planifiée des niveaux d’immigration prévue impose une péréquation équivalente.  En effet, entre 2002 (37 600) et 2005 (46 500), le niveau d’immigration a cru de 24%, cette augmentation à elle seule justifie une croissance proportionnelle des sommes allouées à la Ville de Montréal dans ce domaine.

L’utilisation que le gouvernement du Québec fait des fonds destinés à la gestion de l’immigration mérite un examen approfondi dans la perspective de l’impact des mesures d’intégration sociale.  Il est vrai que l’accueil est bien couvert, par contre, les programmes d’intégration et de participation à la cohésion sociale présentent une marge assez importante pour amélioration.  La baisse des crédits du Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (Programme1 : Immigration, intégration et communautés culturelles), entre 2004-2005 et 2005-2006, de 104,1 millions à 98,5 millions, une réduction de 5,6 millions de l’enveloppe globale dans les catégories de la rémunération et du fonctionnement, doit avoir un impact sur les programmes dont ceux de la francisation.

B. L’intégration socioéconomique

Levier déterminant du développement de la société, l’emploi constitue l’enjeu majeur de l’arrimage entre l’immigration et le contexte social, politique et économique de l’accueil et de l’intégration effective au devenir du Québec.

Désormais, avec les effets de la mondialisation, il est important de prendre en considération les liens qui existent entre compétitivité économique et cohésion sociale.  La cohésion sociale est l’un des actifs les plus importants de notre société québécoise.  Il ne faut pas banaliser les effets dévastateurs conjugués que pourraient avoir l’exclusion et la pauvreté associées à la discrimination raciale.

Quand on considère le fait que, selon les plus récentes études d’Emploi-Québec, près de 163 000 postes seront à pourvoir sur l’île de Montréal d’ici 2008.  Ces mêmes données précisent que 42% de ces postes ou emplois disponibles seront le fait de la croissance économique, il y a donc une marge, un bassin d’emplois auxquels les immigrants pourront avoir accès. Ce sont principalement des emplois de techniciens spécialisés.

l’habitation

Les enjeux majeurs en matière d’habitation sociale et d’intégration des immigrants se définissent en termes de problèmes de violence, d’intolérance et d’insécurité.  Ces difficultés ont pour source la pauvreté (peu de revenu de travail), l’isolement, l’exclusion sociale, la monoparentalité, les tensions interculturelles.

La jeunesse

C’est principalement en matière d’éducation que l’on détecte des problématiques complexes que vivent les jeunes issus de l’immigration ou même ceux des premières générations nées et grandies au Québec.

Il y a certes, les conflits intergénérationnels de valeurs et de cultures, mais aussi certaines caractéristiques aggravantes.   Parmi ces problèmes, notons : la question du taux élevé de décrochage scolaire chez certains jeunes issus de l’immigration, les impacts sur ces jeunes de la pauvreté induite par l’exclusion sociale que vivent certains parents aux prises avec le chômage chronique.

L’échec partiel des mesures de soutien et d’aide à l’intégration au marché du travail, pour les jeunes des minorités visibles âgés de 15 à 24 ans, s’explique par une multiplication de facteurs sociaux, politiques et économiques qui favorisent l’éclosion de systèmes parallèles de reconnaissance et d’intégration morbide comme les gangs de rues.

Les chiffres sont éloquents[2] : pour l’ensemble de la population âgée entre 15 et 24 ans, le taux de chômage est de 13, 2 %, comparativement à 19,7% pour les jeunes de minorités visibles de la même tranche d’âge.

Une stratégie qui donne des résultats est structurée selon une approche transversale et intégrée des interventions des principaux partenaires gouvernementaux, communautaires et privés.  Il s’agit entre autres, de développer une intervention adaptée et de mettre sur pied des services d’accompagnement centrés sur le mentorat dans les organismes partenaires.

L’exemple du Profession to profession, Mentoring Immigrants Program de la Ville de Toronto prouve que la volonté politique et les mesures pratiques d’accès et de participation au marché du travail sont parmi les ingrédients indispensables à une intégration effective au développement d’une société inclusive, performante et à l’image de ses composantes.


[1] Il s’agit de la région qui comprenait au moment de l’étude l’ensemble de l’Ïle de Montréal, données du recensement de 2001, Statistiques Canada.

[2] Bilan de la recherche-action Québec pluriel.  Rapport du comité d’orientation Québec Pluriel octobre 2005, gouvernement du Québec. 50p, page 10.