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Archive for the ‘Récits’ Category

GIAP, LE GÉNÉRAL MEURT À 102 ANS

04 oct

deux articles publiés dans Le Monde vendredi 4 octobre 2013.

Deux avant la bataille décisive de Dien Bien Phu, le journaliste Jean Lacouture dressait déjà, le 5 décembre 1952, dans les colonnes du Monde, le portrait du général vietnamien, mort vendredi 4 octobre 2013, à l’âge de 102 ans.

En février 1946, Vô Nguyen Giap était ministre de l’intérieur du gouvernement présidé par Ho Chi-Minh depuis six mois. Il apparaissait déjà comme le meilleur lieutenant du vieux leader et les journaux vietminh de Hanoï le montraient constamment aux côtés du « président Ho ». Un mois plus tôt il avait « fait » des élections qui donnaient au Vietminh 90 % des voix et une écrasante majorité à la Chambre populaire.

L’homme fort » du régime ne s’imposait cependant pas d’emblée au visiteur qui voyait entrer dans le grand salon de l’ancien résident supérieur au Tonkin, un petit homme de trente-cinq ans environ, mince, un peu voûté ; le large visage coupé de lèvres épaisses aurait paru banal n’étaient le front énorme qui le dominait et les yeux un peu globuleux, mais brûlant d’un feu soutenu. La voix douce se faisait brusquement rugueuse, et le très bon français du leader communiste reprenait alors le rythme sautillant de l’accent vietnamien.

Nous avions naturellement parlé des possibilités d’insérer une indépendance vietnamienne dans la communauté française. Giap dit, abaissant à demi les paupières, et cachant mal une passion sans limite (à Saïgon, un de ses camarades l’avait défini devant nous : le « volcan sous la neige ». Oui, ou le machiavélien romantique) : « Si les conditions sur lesquelles nous ne transigerons pas, et qui peuvent se résumer en ces deux mots : indépendance et alliance, ne sont pas acceptées, si la France est assez myope pour déclencher un conflit, sachez que nous lutterons jusqu’à la mort, sans nous laisser arrêter par aucune considération de personnes, par aucune destruction… » Déjà le petit homme au grand front avait cessé de faire penser à un étudiant « bûcheur », mais dix jours plus tard, le 7 mars, c’est encore un tout autre homme qui se dressait sur le balcon du théâtre de Hanoï, saisissant à pleine main le micro, devant plusieurs dizaines de milliers de Hanoïens venus entendre expliquer par les leaders du Vietminh « pourquoi nous avons traité hier avec les Français ». Le large visage, vu de loin, prenait une puissance léonine. Et la voix, enflée par le micro, une intensité surprenante. Ce fut un tribun populaire, railleur d’abord, et puis violent, d’un cynisme étonnant, qui retourna la foule indécise. Il avait fondé son argumentation sur les nécessités tactiques, parlé de « simple pause », et donné Brest-Litovsk en exemple.

Il n’aima pas beaucoup se l’entendre rappeler, six semaines plus tard, lors de la conférence de Dalat. Chef de la délégation du Vietminh, il luttait pied à pied contre les arguments de la délégation française, dont le conseiller militaire était le général Salan. Dans la pénombre d’une chambre du Lang-Biang Palace, Giap s’expliquait : « J’ai parlé de Brest-Litovsk ? Peut-être. N’y voyez pas de duplicité… Mais nous nous tenons sur nos gardes. J’ai vu les forces de Leclerc. Comment ne tenteriez-vous pas de consolider vos positions ? C’est dans la logique des choses. Il nous faut donc, de notre côté, tenir le peuple en alerte. La lutte est devenue pacifique, à l’intérieur du cadre du traité. Mais elle continue… » Quelques jours plus tard, la lutte diplomatique, menée de part et d’autre avec intransigeance, conduisait la conférence à l’échec. « C’est un désaccord cordial », nous glissait Giap dans un demi-sourire. Trois mois plus tard on comprenait ce que Giap entendait par « dans le cadre du traité »…

Vo Nguyên Giap, intelligent, cultuvé et parmi les meilleurs stratèges du XXe

Le désaccord est devenu sanglant, et le diplomate ironique de Dalat est depuis cinq ans le général Giap, commandant en chef des forces armées du Vietminh, l’homme qui a décidé le massacre de Hanoï du 19 décembre 1946 et qui tient en échec depuis lors les meilleures troupes de l’Union française.

UNE EXISTENCE IMPITOYABLE

Il est né en 1911 à An-Xa, petit village de la province de Quang-Binh, dans le Nord-Annam. Son père cultivait un petit terrain et sa mère tissait la toile. Malingre, l’enfant apprit néanmoins de son père, petit lettré, les caractères chinois. Au collège de Hué il se fit remarquer à la fois par sa passion pour la poésie et son adhésion aux doctrines du vieux révolutionnaire Pham Boï-Chau, rentré depuis peu en Indochine et dont les pamphlets nationalistes enflammaient une partie de la Jeunesse.

Il organisa des grèves d’étudiants, fonda un journal manuscrit et collabora bientôt au Tieng Dan (La Voix du peuple), dirigé par un leader nationaliste déjà célèbre, Huynh Tuc-Hang (qui devait d’ailleurs lui succéder au début de mars 1946 comme ministre de l’intérieur du Vietminh). Entré à 19 ans au parti communiste, il était bientôt arrêté.

Écouter le documentaire « Giap, un mythe vietnamien », diffusée dans l’émission Interception de France Inter en mars 2012.

Quand trois ans après Giap sortit de la prison de Hué, ses parents ne trouvèrent plus les moyens de le nourrir. Il gagna Hanoï, où un professeur du lycée, M. Dang Thaï-Mai, futur leader vietminh, l’hébergea et le prépara au baccalauréat. Il devenait bientôt le précepteur des jeunes frères de son professeur, puis épousait leur sœur. Étudiant en droit, Giap collaborait au journal Le Peuple.

En 1939, lors de l’interdiction du parti communiste, il échappa à une perquisition. Mais plusieurs de ses amis et sa femme étaient arrêtés. Il ne la revit pas. Elle devait mourir en prison, deux ans plus tard (et l’on ne peut oublier cet épisode tragique dès qu’il s’agit de définir Giap, homme de passions totales…). Il réussit à gagner la Chine. Quand il arrive à Yun-Nan-Fou, à trente ans, Vô Nguyen Giap est déjà l’une des trois ou quatre meilleures têtes du PCI (Parti Communiste Indochinois) En décembre 1944, désigné par le « Tong Bo », ou comité central du parti, Giap revient, le premier parmi les leaders du Vietminh, dans la haute région tonkinoise pour prendre le commandement de petits groupes de guérilleros qui luttent d’abord avec une certaine efficacité contre l’administration française et qui, se retournant ensuite contre les « Japs », permettront au Vietminh de se targuer plus tard d’une « résistance » antijaponaise dont le caractère symbolique ne pouvait échapper à l’état-major nippon.

Mais la carrière militaire de Giap est commencée…

L’HOMME DE GOUVERNEMENT

Un tandem unique, le visionnaire HO et le maître des stratégies militaires et de la négociation

Avec Ho Chi Minh, en 1950.

Dans le premier cabinet Ho Chi-Minh, Giap reçoit non le portefeuille de la guerre, mais celui de l’intérieur, celui de l’  » ordre révolutionnaire « . Sa poigne évitera à Hanoï les horreurs de massacres tels que ceux qui le 2 septembre ensanglantèrent Saigon. Mais elle s’appliquera bientôt à une épuration dont les nationalistes non communistes seront les nombreuses victimes.

Entre tous les leaders vietminh, Giap s’impose bientôt comme le  » politique  » par excellence, face aux théoriciens formés à Moscou et aux extrémistes de culture chinoise tels que Ha Ba-Kang, Ho Tung-Mau et Tran Huy-Lieu. Il est alors l’homme des compromis et des coalitions, de la tactique de  » front national « , d’autant plus opportune qu’en France le tripartisme est au pouvoir. Il est aussi tout simplement le plus intelligent et sera l’un des artisans de l’accord du 6 mars 1946 : reconnaissance de fait du gouvernement Ho Chi-Minh et de la  » liberté du Vietnam au sein de l’Union française « .

Le début de la conférence franco-vietnamienne de Fontainebleau marque son apogée politique : Ho Chi-Minh est parti pour la France, et c’est Giap, nommé entre temps président du comité de défense, qui prend en main, pour ne plus les abandonner, les responsabilités fondamentales. Dans son Histoire du Vietnam de 1940 à 1952, Philippe Devillers a résumé cette phase des relations franco-vietnamiennes et de la carrière du leader communiste en ce titre d’un chapitre : « Giap forge ses armes ». Quatre mois plus tard il était en mesure d’opposer à l’ultimatum de Haïphong d’autres menaces et de les mettre à exécution. Qui définira jamais la part exacte des responsabilités dans le déclenchement du coup de force du 19 décembre 1946 ? On pense généralement que c’est Giap qui l’imposa à un Ho Chi-Minh malade et déçu.

La guerre s’ouvrait. Et le président du comité de défense, devenu généralissime, prenait le maquis et devenait le premier maître à bord. A la radio désormais sa voix allait alterner avec celle du président – encore que depuis deux ans l’un et l’autre aient dû souvent céder le pas au secrétaire général du « Parti ouvrier », Doang Xuan-Khu, ou à Truong Chinh, l’un des premiers compagnons d’exil de Giap.

LE STRATÈGE

Le « général » Giap allait-il égaler le militant, le tribun, le diplomate ? Dût-on susciter sa colère, on verra en lui le Trotski de la révolution vietnamienne. Chez lui l’organisateur domine naturellement le stratège, et depuis deux ans le premier a peut-être porté tort au second. Car certains mettent au passif de cet étonnant chef de guerre deux fautes importantes : l’acceptation des grandes batailles et la création de vastes unités régulières, divisions comprises. Les deux erreurs sont liées : grandes unités lourdes en vue de grandes batailles. D’où renoncement à la tactique plus  » payante  » de guérilla généralisée. Mais la faute essentielle de Giap ce fut, selon l’un des meilleurs observateurs de la guerre du Vietnam, un « péché d’orgueil ». Lorsque le général de Lattre fut envoyé à Saigon, Giap prononça à la radio une étonnante allocution : « Les Français viennent d’envoyer à l’armée populaire un adversaire digne d’elle. Nous le battrons sur son terrain. » Et ce fut Vinh-Yen, la première grande bataille de la guerre, les vagues d’assaut des hommes noirs jetées sur les mitrailleuses françaises, une hécatombe. Deux fois encore, à Dong-Trieu et à Ninh-Binh, Giap allait renouveler son défi à de Lattre. Deux fois ses meilleurs régiments remontèrent décimés vers la montagne ou les collines calcaires qui surplombent au sud la rizière du delta. Hanoï s’éloignait de Ho Chi-Minh.

À 65 ans en 1976, l'homme est au meilleur de sa performance

Mais en dépit d’erreurs de conception, surprenantes chez ce réaliste, on convient volontiers dans les milieux militaires qu’il a souvent fait preuve d’une véritable habileté manœuvrière, et que l’offensive sur Ninh-Binh notamment révèle un authentique chef de guerre. C’est néanmoins par l’emploi de la guérilla que Giap fait peser sur ses adversaires la plus lourde menace. Et non seulement la guérilla militaire, mais aussi la politique. Sur ce dernier plan le jeu qu’il mène est d’une virtuosité déconcertante : il sait choisir le moment favorable, l’opération la plus gênante pour ses adversaires, la plus impressionnante aussi pour l’opinion publique de Hanoï, de Saigon ou de Paris. Politique, propagande et stratégie sont en chacune de ses actions constamment liées.

La guerre totale, dont il a donné le signal voilà six ans, il la mène avec une rigueur de leader communiste et de chef de guerre asiatique. « … Nous ne nous laisserons arrêter, disait-il, par aucune considération de personnes, par aucune destruction. » Giap a tenu parole.

Jean Lacouture

Il restera dans l’histoire l’un des grands chefs de guerre du XXe siècle, le seul àavoir successivement défait la France et tenu tête aux Etats-Unis d’Amérique. Le général Vo Nguyên Giap est mort vendredi 4 octobre à l’âge de 102 ans.

La prise du camp retranché français de Diên Biên Phu en mai 1954 et la chute de Saïgon en avril 1975 demeurent les faits d’armes de ce leader au calibre exceptionnel : autorité personnelle, génie de la logistique, tacticien hors pair. Ces succès, indéniables, font du général Vo Nguyên Giap le dernier d’une lignée de grands stratèges vietnamiens qui, au fil des siècles, ont barré avec succès la route du Sud aux Chinois après les avoir chassés de leur sol. Pour sa part, Giap a largement contribué à faire échouer le retour des Français au Vietnam et, dans la foulée, en pleine Guerre froide, à casser la relève que voulaient assurer les Américains.

Né le 25 août 1911 dans un village du Vietnam central, issu d’une famille de modestes lettrés, Giap a vécu sa jeunesse dans une atmosphère de nationalisme militant : démêlés avec la Sûreté française, dont deux années en prison, de 1930 à 1932. Il passe son bac (français) en 1934, puis enseigne l’histoire et le français à Hanoï, au lycée Thang Long, creuset de militants anticolonialistes. En 1937, à l’époque du Front populaire, il adhère au PC clandestin vietnamien.

Dès lors, son itinéraire est tracé. En mai 1940, en compagnie de Pham Van Dông, futur premier ministre (1954-1986), Giap se rend en Chine pour y rencontrer, pour la première fois, Hô Chi Minh, fondateur du PC en 1930. Il a épousé en 1939 une militante originaire de la même province que lui, qui lui a donné un enfant en 1940. Il ne la reverra jamais : peu de temps après son départ, elle est arrêtée par la Sûreté française. Vicieusement torturée, elle meurt en prison, dit-on, en se suicidant. Giap ne l’apprendra que quelques années plus tard.

FASCINÉ PAR BONAPARTE

Au Lycée Thang Long, à la veille de la seconde guerre mondiale, ses élèves l’avaient surnommé « le général » ou bien, plus précisément, « Napoléon ». Si Giap s’est nourri des expériences de ses illustres prédécesseurs qui, au fil des siècles, ont infligé de cinglantes défaites aux envahisseurs chinois, il a aussi étudié dans le détail les campagnes de Bonaparte. Les premiers lui ont appris l’art d’utiliser le terrain, de s’adosser à la cordillère indochinoise, d’assurer ses arrières, d’attirerdans des pièges ses adversaires.

Dien Bien Phu, de son PC il dirigea les batailles qui furent un échec pour l'armée française

Des tactiques de Bonaparte, Giap a retenu en particulier « l’effet de surprise ». En ce qui concerne Diên Biên Phu, nous a-t-il raconté un demi-siècle plus tard, « le chef de nos conseillers chinois s’était prononcé pour une attaque rapide » du camp retranché français situé dans une plaine limitrophe du Laos. L’attaque est fixée au 25 janvier 1954, à 17 heures, soit peu avant la tombée de la nuit. A la dernière minute, Giap s’accorde un délai supplémentaire de 24 heures. Puis il « donne l’ordre de retirer les troupes, y compris l’artillerie «  » La décision la plus difficile de ma carrière de commandant en chef ».

Pourquoi ? « Pour attaquer, j’ai attendu d’entendre à la radio le général Navarre déclarer que la marée Vietminh est étale… », nous a-t-il expliqué. Navarre est alors le chef du corps expéditionnaire français en Indochine et c’est lui qui a décidé d’établir un camp retranché proche de la frontière entre le Laos et le Vietnam pour y attirer les divisions du Vietminh. « Etale », répète Giap en souriant. « Et je suis passé à l’action ! » Le 23 mars. Le PC du général de Castries, commandant du camp retranché, sera occupé le 7 mai, moins de deux mois plus tard.

Giap nous a également rapporté le développement suivant. Quelques semaines avant l’ultime « offensive générale » communiste qui se terminera avec la capitulation de Saïgon le 30 avril 1975, la rade stratégique de Danang, dans lecentre du pays, est encerclée par les troupes communistes. « Le gouvernement de Saïgon, celui de Nguyên Van Thiêu, a donné l’ordre au chef local, le général Ngô Quang Truong, de tenir ‘jusqu’à la mort’. Je donne l’ordre à la division 312 d’attaquer Danang. Son commandant me répond : ‘L’ennemi est assez fort, jevous demande sept jours’. Je lui dis : ‘Je prévois que Ngô Quang Truong va seretirer par la mer. Combien de temps lui faudra-t-il ?’ ».

>> Ecouter le cinéaste Pierre Schendorffer sur le général Giap, dans l’émission « Cinq colonnes à la une », en 1964.

« Au moins trois jours », finit par lui répondre, en communication radio, le chef de la 312. « Alors, je vous donne trois jours. Ordre est donné aux troupes de se déplacer en plein jour, de descendre la RN1. Vous serez bombardés par l’artillerie de la marine adverses, mais cela n’est pas grave », dit Giap. « Ainsi, a-t-il poursuivi, non seulement la poche de Danang est réduite mais nous avons disposé de plusieurs divisions supplémentaires pour l’attaque finale de Saïgon »« Je leur ai simplement dit : ‘foncez sur Saïgon !’ ». Une fois de plus, l’effet de surprise, la « concentration des troupes »« l’audace », voilà ce que Giap a également retenu de son analyse des campagnes de Bonaparte (il ne parle pas de Napoléon Ier, l’empereur, le politique, qui le fascine nettement moins).

CONFIANCE TOTALE DE SES LIEUTENANTS

Créée seulement à la fin de seconde guerre mondiale, l’armée du Vietminh s’exécute sans broncher. En 2004, à notre grand étonnement, Giap s’est exclamé : « Le retour de l’île d’Elbe, c’est formidable ! », dans une allusion aux troupes royales envoyées par Louis XVIII pour barrer la route à l’empereur et qui, au lieu de le faire, se rallient à ce dernier. Pour Giap, c’est un clin d’œil aux rapports qu’il a établis avec ses propres lieutenants : ils lui obéissent au doigt et à l’œil, ils lui font une totale confiance.

Giap s’est également avéré un génie de la logistique. Il nous a rappelé un jour la formule utilisée par Bonaparte lors de la campagne d’Italie« Là où une chèvre passe, un homme peut passer ; là où un homme passe, un bataillon peut passer ».« A Diên Biên Phu, avait-il poursuivi, pour livrer un kilo de riz aux soldats qui menaient le siège, il fallait en consommer quatre pendant le transport. Nous avons utilisé 260 000 porteurs, plus de vingt mille bicyclettes, 11 800 radeaux, 400 camions et 500 chevaux ». Sous protection d’une forêt dense, les pièces d’artillerie du Vietminh ont été démontées pour être acheminées sur les collines qui surplombent le camp retranché, où elles ont été réassemblées.

Toutefois, dans le domaine de la logistique, la réalisation la plus étonnante a été, dans les années 60, la « piste Hô-Chi-Minh », immense dédale de pistes abritées dans la jungle et de boyaux qui descendent du nord vers le sud en empruntant le sud laotien et le nord-est cambodgien afin de contourner le dispositif de défenseaméricain dans le Sud. Une « voie à sens unique », diront plus tard les bô dôi, les bidasses nord-vietnamiens. Mais les Américains ne parviendront jamais à coupercette ligne de ravitaillement – hommes, munitions, matériels, chars, blindés – même en recourant à des bombardements massifs, aux défoliants, aux parachutages de centaines de milliers de mines et de pièges anti-personnels.

L’AUTORITÉ DILUÉE D’HÔ CHI MINH

Toutefois, personne n’est prophète à domicile et Giap en fera l’amère expérience. Père d’une indépendance qu’il a proclamée le 2 septembre 1945 devant une foule enthousiaste d’un million de gens à Hanoï, Hô Chi Minh a toujours dû composeravec les éléments intransigeants qui dominent le politburo du PC vietnamien. Apartir du milieu des années 60, son autorité se dilue. Il devient une icône sans grande influence plusieurs années avant sa mort en 1969. Le général Giap perd son principal point d’appui.

Giap honoré et conscient de sa place dans l'histoire u Vietnam

Entre Giap et Lê Duân, éternel secrétaire général du PC, le torchon brûle dès 1966, à telle enseigne que, quand les communistes attaquent une centaine de villes du Sud en 1968 – la fameuse offensive du Têt –, Giap a été envoyé enEurope de l’Est. Il ne sera rappelé au commandement en chef, avec tous pouvoirs, qu’en 1972 pour organiser avec succès la défense du Nord, notamment de Hanoï, contre les terribles bombardements aériens américains auxquels participent les B-52, forteresses volantes.

La victoire de 1975 place Giap sur la touche, à l’exemple d’autres stratèges vietnamiens, jugés trop brillants et trop influents pour ne pas être dangereux. Ce fût notamment le cas, au début du XVe siècle, de Nguyên Trai, fin lettré et grand général, condamné à l’exil intérieur pour ne pas faire d’ombre à son empereur, Lê Loi.

En 1976, année de la réunification officielle du Vietnam, Giap perd le commandement des forces armées. Quatre ans plus tard, le ministère de la défense lui est retiré. Lors du Ve Congrès du PC, en 1982, il n’est pas réélu au bureau politique. En public, Giap ne dit jamais rien et continue d’avoir recours à la langue de bois du communiste discipliné. On le montre aux anniversaires des victoires et ses propos sont censurés. Il lui arrive de passer des mois sans apparaître en public. La propagande officielle lui refuse même la reconnaissance du rôle décisif qu’il a joué dans la victoire de 1975, en transformant, de main de maître, le repli des troupes du Sud en débâcle.

Ecouter le documentaire « Giap, un mythe vietnamien », diffusée dans l’émission Interception de France Inter en mars 2012.

Quand Lê Duc Tho – l’un des ténors du noyau dur du PC et le vis-à-vis de Henry Kissinger lors des négociations de Paris – s’éteint en 1990, Giap tente dereprendre en mains le parti. Mais sa tentative, à l’époque de l’effondrement du Mur de Berlin, fait long feu. Au cours d’un débat à huis clos du Comité central du PC, un délégué lui arrache même des mains un micro, selon le général Pham Xuân Ân (1927-2006). En 1996, Giap est chassé du Comité central et perd, six mois plus tard, son portefeuille de vice-premier ministre en charge de superviser l’économie.

RETOUR SUR LA SCÈNE POLITIQUE

Puis, le temps fait son œuvre, de nouvelles générations de dirigeants se mettent en place, l’information circule plus librement avec le développement exponentiel de la Toile. Giap est toujours là. Il retrouve des coudées plus franches. Comme il a gardé toute sa tête, il en profite pour dire de temps à autre son mot. C’est le cas lorsqu’éclate, en 2009, la controverse sur l’exploitation par des Chinois des énormes gisements à ciel ouvert de bauxite sur les hauts plateaux du Sud.

Les Français, puis les Soviétiques, avaient refusé de le faire, de peur de provoquerun désastre écologique. Giap écrit son hostilité à ce projet à deux reprises au bureau politique. Il connaît le dossier : il était encore ministre, en charge de l’économie, quand, au début des années 90, les experts soviétiques sont venus établir leur rapport. La campagne contre l’exploitation de la bauxite place le gouvernement sur la défensive et le contraint à des ambitions plus modestes.

Devenu centenaire en 2011, très affaibli physiquement, souvent sous perfusion et hospitalisé, Giap ne s’est pratiquement plus manifesté. Entre-temps, comme tous les Vietnamiens qui ont mené une vie censée être exemplaire, Giap a commencé, de son vivant, à faire l’objet d’un culte. Il est en passe de devenir un génie tutélaire. Pour ne pas être de reste, le gouvernement a décidé, en 2012, de lui consacrer un musée.

Hô Chi Minh a eu un réflexe de génie. Quand Giap est allé le rejoindre en juin 1940 dans le sud de la Chine, il n’était âgé que de 29 ans et n’avait aucune formation militaire. Comment le révolutionnaire déjà chevronné – l’oncle Hô avait alors la cinquantaine – a-t-il deviné que le jeune militant avait l’étoffe d’un grand capitaine ? Hô lui a confié la formation des forces d’autodéfense puis la fondation de l’armée populaire vietnamienne. Dès 1948, il en a fait un général de corps d’armée, rang que Giap occupait encore le jour de sa mort.

Jean-Claude Pomonti

 

Culture totale : Papa de la Famille royale d’Abomey, les statues Baoulé, le fils à Paris

25 jan


 

HECTOR PÉREZ GONZALÈZ : ARTISTE POUR LA JUSTICE SOCIALE

24 jan

Le nouveau chargé de projets ou coordonnateur de Visions sur l’art Québec, est en soi le parfait candidat à la trilogie équité, accessibilité et diversité, qui résonne comme un slogan universel pour une société qui aspire à un mieux-être collectif.  La trame de sa vie, celle qui permet, au fond, d’en comprendre le fil conducteur, c’est la constance et l’infatigable application à vivre en exerçant son métier, artiste du visuel, comme un sacerdoce afin de réduire le nombre d’exclus.  Artiste pour agir afin de favoriser l’intégration ou l’inclusion des personnes handicapées dans la société, dans son ensemble, en stimulant leur développement personnel ce qui contribue à accroître l’estime de soi.

Toute la démarche d’Hector Pérez Gonzàlez vise, à partir du mentorat ou du partage d’expériences, de la mise en commun de techniques, par l’adhésion à une vision esthétique, effort qui permet de bâtir un tremplin pour mieux se situer en s’exprimant.  Cette action sur soi contribue à faire prendre conscience à chacun du pouvoir considérable de l’art pour briser les barrières et élever les esprits.  L’art pour vaincre les préjugés et, via la force de la solidarité interdisciplinaire (apport des psychologues, des éducateurs, des intervenants sociaux et des thérapeutes), arriver à une intégration, à une immersion dans toutes les sphères de la société des personnes ayant des limitations.

Né à Cuba, il y a fait tout son cursus scolaire et universitaire : l’Académie des Beaux-arts de la Havane, l’École de design industriel, a pris des formations auxquelles il a ajouté le marketing et ensuite, en arrivant au Québec, l’apprentissage de la langue française.  Hector Pérez Gonzàlez se bat inlassablement comme artiste professionnel, comme enseignant, comme humain afin que l’art soit un outil de justice sociale, de partage économique et surtout le moyen d’expression d’une société qui a de la peine à reconnaître l’existence et à accepter la participation à la création de la richesse collective de celles et de ceux que les aléas de la vie forcent à affronter des barrières qui sont souvent plus difficiles à vaincre que les limitation physiques, intellectuelles ou psychologiques qui les handicapent.

Vivre en harmonie grâce aux vertus de l’art, mais surtout comme artiste, designer et intervenant social, mettre ses talents au service de l’équité dans la société afin que chaque personne puisse s’épanouir et se sentir utile et partie prenante; telle est la quête de cet artiste hors normes, Hector Pérez Gonzàlez.

Artiste membre d’un collectif engagé pour plus de justice, pour une affirmation des droits de la personne au sein de sa société d’origine, Hector Pérez Gonzàlez, au cours des vingt dernières années, a exercé un nombre important  de fonctions et assumé des responsabilités au cœur du monde des arts et de la culture : artiste, enseignant, spécialiste des relations publiques et des communications, technicien en décoration, concepteur et gestionnaire.  Bonnes présence et participation avec VSAQ et confiance pour une participation au développement de notre société québécoise, canadienne, pour le bénéfice collectif le plus large..

Yves Alavo

Membre du C.A. de VSAQ

Un lien :  http://www.vallartainstitute.com/Hector-Perez.php

 

Je suis venu vous parler de la France que nous allons construire à partir du 6 mai 2012.

24 jan

Mes chers amis, vous qui êtes ici, vous qui me regardez de loin, de plus loin même, je suis venu vous parler de la France, et donc de la République. Je suis venu vous parler de la France qui souffre, mais aussi de la France qui espère. Je suis venu vous parler de la France d’aujourd’hui – une page est en train de s’effacer – et de la France de demain – nous sommes en train de l’écrire. Je suis venu vous parler de la France que nous allons construire le 6 mai. Je le fais ici en Seine-Saint-Denis, ce département aux multiples couleurs, le plus jeune de France, qui accumule tant de difficultés, et qui en même temps recèle tant d’atouts.

Chacune, chacun, ici, plus loin, en métropole, en Outre-mer a son histoire, ses racines, son parcours, ses préférences, sa singularité. Mais nous appartenons à la même Nation, avec ses valeurs, ses principes, sa culture, sa langue, ses institutions et nous aspirons donc au même avenir. L’enjeu de cette campagne qui commence, n’allez pas le chercher dans un affrontement partisan. L’enjeu de cette campagne va bien au-delà de nous, de la Gauche. L’enjeu de cette campagne, à trois mois du premier tour, c’est la France. C’est la France, toujours.

Devant vous rassemblés, foule nombreuse, des milliers, je ressens une profonde émotion, celle d’exprimer votre conviction, votre volonté, votre espérance. Je mesure la fierté d’avoir été désigné par des primaires citoyennes comme candidat à l’élection présidentielle. J’ai conscience de la tâche qui est la mienne : incarner le changement, faire gagner la Gauche et redonner confiance à la France.

Nous sommes ici, mes chers amis, pour changer le destin de notre pays. Je suis prêt à assumer cette responsabilité et donc à vous dire quelle est ma conception de la présidence de la République, et ce qui justifie que je me présente aujourd’hui. Quelle est la plus grande mission que de présider la République française ?

Présider la République, c’est se dévouer à l’intérêt général, dont toute décision doit procéder. C’est éprouver la France par sa raison et dans son cœur. C’est prolonger l’histoire de notre pays, qui vient de loin, avant la République, avec la République, et qui a souvent, si souvent éclairé l’histoire du monde. C’est se situer à cette hauteur. C’est s’en montrer digne, partout, en tout lieu et dans tous les actes qu’exige la fonction présidentielle.

Présider la République, c’est préserver l’État, sa neutralité, son intégrité, face aux puissances d’argent, face aux clientèles, face au communautarisme. Présider la République, c’est être viscéralement attaché à la laïcité, car c’est une valeur qui libère et qui protège. Et c’est pourquoi j’inscrirai la loi de 1905, celle qui sépare les Eglises de l’Etat, dans la Constitution.

Présider la République, c’est refuser que tout procède d’un seul homme, d’un seul raisonnement, d’un seul parti, qui risque d’ailleurs de devenir un clan. Présider la République, c’est élargir les droits du Parlement. C’est reconnaître les collectivités locales dans leur liberté. C’est engager un nouvel acte de la décentralisation. C’est promouvoir les partenaires sociaux. C’est reconnaître leur rôle dans la Constitution. C’est faire participer les citoyens aux grands débats qui les concernent, et le premier sera l’avenir de l’énergie en France.

Présider la République, c’est choisir les femmes, les hommes qui gouverneront la France en respectant leurs compétences, et d’abord celles du Premier ministre. Présider la République, c’est accepter de partager le pouvoir de nomination aux plus hautes fonctions. C’est aussi ne pas nommer le président ou les présidents des chaînes ou des radios du service public audiovisuel et laisser cette mission à une autorité indépendante.

Présider la République, c’est démocratiser les institutions. Et j’introduirai le non-cumul des mandats pour les Parlementaires, une part de proportionnelle à l’Assemblée nationale, la parité dans l’exercice des responsabilités et le droit de vote des étrangers aux élections locales, sans rien craindre pour notre citoyenneté, pour la cohésion du pays, en mettant de côté les peurs, les frilosités et les conservatismes.

Présider la République, c’est faire respecter les lois pour tous, partout, sans faveur pour les proches, sans faiblesse pour les puissants, en garantissant l’indépendance de la justice, en écartant toute intervention du pouvoir sur les affaires, en préservant la liberté de la presse, en protégeant ses sources d’information, en n’utilisant pas le renseignement ou la police à des fins personnelles ou politiques. Présider la République, c’est être impitoyable à l’égard de la corruption. Et malheur aux élus qui y succomberont ! Présider la République, c’est rassembler, c’est réconcilier, c’est unir, sans jamais rien perdre de la direction à suivre. C’est écarter la stigmatisation, la division, la suspicion, les oppositions entre Français, ceux qui seraient là depuis toujours, ceux qui seraient là depuis moins longtemps.

Présider la République, c’est élever et ne jamais abaisser. Présider la République, c’est être ferme, ferme y compris à l’égard de l’immigration clandestine et de ceux qui l’exploitent. Mais c’est traiter dignement les étrangers en situation régulière et ceux qui ont vocation à l’être sur la base de critères objectifs. C’est accueillir les étudiants étrangers qui veulent apprendre dans notre pays pour enrichir le leur et qui font rayonner la France. Et aucune circulaire ne doit empêcher de circuler les étudiants, les savants, les artistes qui viennent ici pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Présider la République, c’est porter les valeurs de la France dans le monde. C’est considérer les autres peuples pour qu’ils nous estiment en retour. C’est s’abstenir de faire la leçon, y compris sur leur place dans l’histoire. C’est ne jamais transiger avec les fondements du génie français, qui sont l’esprit de liberté, la défense des droits de l’homme, l’attachement à la diversité culturelle et à la francophonie, la belle langue de France parlée par d’autres que des Français. Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris. Présider la République, c’est utiliser notre siège au Conseil de sécurité des Nations-Unies pour acter le départ de ceux qui écrasent leur peuple, comme Bachar el-Assad en Syrie. C’est inlassablement contribuer à la paix au Proche-Orient.

Mais Présider la République, c’est savoir aussi prendre des décisions difficiles, pas simplement à la suite d’un drame. Je pense à nos morts en Afghanistan, auxquels je veux rendre hommage ici, avec émotion, avec dignité, avec respect, comme aux blessés qui souffrent dans leur chair. Je pense à leurs familles dans la peine. Je les ai écoutées. Je pense à leurs proches qui s’interrogent. Ces hommes assassinés faisaient leur devoir. Leur sacrifice suscite le respect de la Nation toute entière. Mais il faut aussi avoir la lucidité d’affirmer, au-delà du dévouement des hommes là-bas pour leur pays, que notre mission est terminée. Elle avait été engagée il y a plus de dix ans par Lionel Jospin et Jacques Chirac dans un but précis, qui était de répondre à l’attaque terroriste sur les Etats-Unis. Je l’avais pleinement approuvée. Et bien aujourd’hui, cette mission est achevée. Il est donc temps de décider le retrait qui s’impose, et je l’ai décidé de longue date. J’en assumerai donc, si les Français m’en donnent mandat, toute la responsabilité. J’en préviendrai nos alliés et je ferai en sorte que ce retrait se fasse en bon ordre, sans en aucune façon menacer la vie de nos soldats.

Présider la République enfin, c’est donner le meilleur de soi-même, sans jamais attendre en retour récompense ni même reconnaissance. C’est être ambitieux pour son pays et humble pour soi-même. C’est se donner pleinement, entièrement à la cause que l’on a choisie, la seule cause qui vaille : servir la France. Présider la République, c’est mettre toute la puissance de l’Etat au service des citoyens. C’est donner l’exemple, y compris dans son comportement et pour sa propre rémunération. Et je ne dis pas cela par facilité ou par commodité ou pour plaire, mais tout simplement parce que ce doit être un principe. Je réduirai de 30 % les indemnités du Président et des membres du gouvernement, tout simplement pour donner l’exemple au moment où, précisément, des efforts sont demandés à nos concitoyens.

Présider la République, c’est à cette fonction que je me suis préparé. J’en sais la grandeur, la dureté. Je veux le faire en étant digne de votre confiance et en restant fidèle à moi-même. Tout dans ma vie m’a préparé à cette échéance : mes engagements, mes responsabilités, mes réussites, mes épreuves. J’ai toujours suivi la ligne que je m’étais fixée.

Je suis socialiste. La Gauche, je ne l’ai pas reçue en héritage. Il m’a fallu décider lucidement d’aller vers elle. J’ai grandi en Normandie dans une famille plutôt conservatrice. Mais cette famille m’a donné la liberté de choisir, par son éducation. Je remercie mes parents. Mon père, parce qu’il avait des idées contraires aux miennes et qu’il m’a aidé à affirmer mes convictions. Ma mère, parce qu’elle avait l’âme généreuse et qu’elle m’a transmis ce qu’il est de plus beau : l’ambition d’être utile.

La Gauche, je l’ai choisie, je l’ai aimée, je l’ai rêvée avec François Mitterrand dans la conquête. La Gauche, je l’ai défendue fermement dans ses réalisations : celles de 1981, celles de 1988. La Gauche, je l’ai servie comme élu de la République, comme député. La Gauche, je l’ai dirigée avec Lionel Jospin, quand nous gouvernions ensemble le pays avec honneur et j’en revendique les avancées. Aujourd’hui, c’est moi qui vous représente. C’est moi qui porte votre espoir. C’est moi qui porte l’obligation de gagner. C’est moi qui vais dans ce combat vous conduire à la victoire, celle que vous attendez depuis trop longtemps, dix ans déjà. Dix ans qu’une droite s’est installée au pouvoir et qu’elle a défait ce que nous avons construit.

Chers amis, laissez-moi vous en dire davantage. Je suis un élu de la France rurale où les agriculteurs démontrent l’excellence de leur travail sans en recevoir le revenu qu’ils méritent. Je suis de ce Limousin, de cette Corrèze où j’ai tant appris. J’ai été maire de Tulle, une ville petite par la taille, à peine 17 000 habitants, mais grande par l’histoire. Tulle a été une cité de la Résistance. Elle a souffert le martyre : 99 pendus, 200 déportés le 9 juin 1944, emportés par la barbarie nazie. Chaque année, ce 9 juin, un cortège s’ébranle dans les rues de ma ville pour rappeler la mémoire des suppliciés. Une guirlande est accrochée au balcon, là où un corps sans vie se balançait lentement. J’ai leur nom dans la tête. Ce sont mes héros. Je ne les oublierai jamais. Ils me font avancer. Ils me rappellent à chaque moment la belle leçon d’humanité de ceux qui ont sacrifié leur vie, leur vie pour notre liberté. Ces résistants n’ont pas eu de célébrité, pas de récompense, pas de médaille. Ils ne cherchaient rien, ils ne demandaient pas des bonus ou des stocks-options pour leurs actions. Ils étaient des hommes, des femmes fiers. Ce n’était pas l’ambition ou la cupidité qui les animaient. Ceux-là ont sauvé notre honneur parce qu’ils croyaient d’abord dans les valeurs de la France. Et bien c’est leur lutte qui m’éclaire aujourd’hui.

Je suis président d’un Conseil général, celui de la Corrèze. Un département célèbre pour ses personnalités politiques, mais qui est exigeant. Celui qui réussit à obtenir son soutien a au moins des qualités de cœur, même s’il n’a pas toujours raison. Rien ne m’a été donné. Ce que j’ai arraché, je l’ai conquis et je l’ai fait fructifier. J’ai déclaré ma candidature à l’élection présidentielle il y a presque un an. J’ai réussi à convaincre les électeurs des primaires citoyennes, quand bien peu imaginaient mon succès à l’origine. J’ai veillé, au lendemain de cette consultation, à rassembler tous ceux qui s’y étaient présentés, et je les salue avec affection, comme je salue Martine Aubry qui nous a permis de nous retrouver tous ensemble, et Jean-Michel Baylet qui nous apporte aussi les Radicaux de gauche.

Chers amis, si j’en suis là, c’est le fruit de cette obstination. Le hasard n’y est pour rien. C’est un aboutissement. Vous me connaissez, certains, depuis longtemps, trente ans. C’est un bail qui récompense, pour les uns et pour les autres, une fidélité et une ténacité. C’est vrai que je ne m’exhibe pas, je reste moi-même, c’est ma force. Ce que vous voyez ici, c’est ce que je suis. Je veux conquérir le pouvoir, mais je ne suis pas un vorace, je veux simplement le mettre au service des Français. Le pouvoir, j’en sais la nécessité, l’utilité, et j’en connais les dérives. Je suis placide avec ces choses, j’ai fait de l’engagement ma vie entière. J’ai sacrifié beaucoup. J’ai donné, j’ai reçu du temps, du travail, des coups, mais j’ai une cohérence, je m’y tiens, je suis constant dans mes choix. Je n’ai pas besoin de changer en permanence pour être moi-même. J’ai conscience que l’État, pour être efficace, appelle une direction sûre à sa tête, mais qu’il n’y a pas de réussite possible si celui qui est à la tête du pays, précisément, n’associe pas les autres, ne mobilise pas les intelligences, ne gagne pas le meilleur de ce qu’il y a dans chacun d’entre nous, ne fait pas entendre la voix du rassemblement, de la réconciliation et de l’apaisement. Je n’aime pas les honneurs, les protocoles et les palais. Je revendique une simplicité qui n’est pas une retenue, mais la marque de l’authentique autorité.

Je vais vous confier mon secret, ce secret que j’ai gardé depuis longtemps mais que vous avez sans doute découvert : j’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent. Je prends chaque regard comme une attente, chaque visage comme une curiosité, chaque poignée de main comme une rencontre, chaque sourire comme une chance.

Je connais l’État pour en être issu et pour l’avoir servi de multiples façons. Certains me reprochent de n’avoir jamais été ministre. Quand je vois ceux qui le sont aujourd’hui, cela me rassure ! Ce sont les mêmes qui reprochaient en son temps à François Mitterrand de l’avoir été onze fois ! Et dois-je rappeler, en gardant la comparaison, que Georges Clémenceau ne devint ministre et président du Conseil qu’à 65 ans ? Mais je n’attendrai pas jusque-là, je vous le promets ! Je sais aussi que l’Histoire peut être tragique, que rien n’est jamais acquis, que tout ce que l’on croit irréversible, inaltérable, inattaquable peut être à tout moment atteint en son cœur. La crise, le fanatisme, le terrorisme, sans oublier les catastrophes naturelles : nous ne sommes jamais en paix. Le cours de l’Humanité n’est pas tranquille. Il connaît d’inexplicables assèchements, et parfois d’impensables débordements. L’homme d’Etat doit se préparer à tout, c’est-à-dire au pire, et toujours rester vigilant, poursuivre inlassablement le combat qui est le sien pour le progrès, pour la dignité humaine, pour la démocratie, ne pas se laisser détourner pas les mouvements d’humeur, par les modes, par les contournements de l’Histoire, tenir son cap. Je suis un optimiste de la volonté. Je crois que le meilleur est possible, qu’un peuple réuni autour d’un projet commun construit sa propre histoire. Je suis convaincu que les Français attendent aujourd’hui une direction forte, un rassemblement sur l’essentiel, et surtout de la part de celui qui doit les conduire, une considération, un apaisement, un respect, une confiance.

La confiance est un mot qui ne figure pas dans les lois ou dans les règlements, qui ne coûte rien mais qui peut rapporter beaucoup. Elle commande beaucoup de choses. Elle ne résout rien par elle-même, mais elle autorise tout si on sait la saisir. Et c’est pourquoi je veux redonner confiance aux Français.

Deux grandes dates ont marqué ma vie politique, l’une violente, le 21 avril 2002, une blessure que je porte encore sur moi, j’en ai la trace, ce soir terrible ou l’extrême droite, faute de vigilance et de lucidité face à la menace, face à la dispersion, met la Gauche hors-jeu et permet à la Droite de s’installer pour dix ans. J’en ai tiré toutes les leçons. Moi, je ne laisserai pas faire, je ne laisserai pas les ouvriers, les employés, aller vers une famille politique qui n’a jamais rien fait pour servir les intérêts de ces classes-là. Je ne laisserai pas un parti caricaturer les problèmes sans jamais apporter la moindre solution crédible. Je ne laisserai pas une formation politique se présenter comme la voix du peuple alors qu’elle veut simplement se servir de lui. Je ne laisserai pas s’éloigner au nom de la France des citoyens, nos amis, qui peuvent penser que l’ennemi est ici, qu’il a une couleur et une religion, ce qui serait contraire aux principes mêmes de notre République. Je ne laisserai pas utiliser la colère et la détresse pour mettre en cause la République, la construction européenne et les droits de l’homme. Je ne laisserai pas une formation politique réclamer le rétablissement de la peine de mort. Je me battrai, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour conjurer ce risque et pour éviter que l’élection présidentielle soit tronquée. Parce que ce qu’attendent une grande majorité de nos concitoyens, c’est finalement le choix entre la Gauche et le Droite, c’est-à-dire le choix le plus clair pour permettre à notre pays de faire véritablement la décision.

L’autre date qui reste gravée dans ma mémoire est plus heureuse, c’est le 10 mai 1981. J’avais 26 ans. Je sais ce qu’elle a représenté pour tous ceux qui avaient attenu pendant des décennies, si longtemps donc, ce moment, l’alternance enfin, le bonheur de la victoire. Il y a eu bien sûr d’autres succès pour la Gauche : 1988, 1997, mais ils ne pouvaient pas avoir la même portée. Et pour autant, je ne veux pas verser dans la nostalgie. L’épopée de la Gauche ne peut pas se réduire à des moments exceptionnels : 1936, 1981. Moi, je veux installer la Gauche dans la durée, et si je suis candidat, c’est pour renouer le fil, pour poursuivre la marche, pour mettre en accord la Gauche avec la France. Je veux, amis ici et au-delà, voir votre bonheur le 6 mai, la joie, je veux voir la joie de la conquête, l’enthousiasme de l’audace, et en même temps les débordements de la liberté. Je veux gagner avec vous le droit de présider la France.

Je connais bien notre pays, je l’ai parcouru, sillonné tant de fois, sans jamais me lasser de le découvrir. Je connais ses villes qui changent, qui créent, qui entreprennent, ses espaces façonnés par le travail patient de nos agriculteurs, son espace maritime travaillé par les pêcheurs, ses lieux de production où l’intelligence des salariés se conjugue avec la compétence des ingénieurs. Je n’ignore rien non plus de nos villages où le silence s’est fait et où la vie s’est retirée, je n’ignore rien de ces quartiers de relégation où se mêlent la colère, le désespoir et malgré tout le talent et la volonté de réussir. C’est cette France que je veux avec vous servir.

Comme vous, je connais la gravité de l’heure que nous vivons. Une crise financière déstabilise les États, des dettes publiques énormes donnent aux marchés tous les droits. L’Europe se révèle incapable de protéger sa monnaie de la spéculation. Notre propre pays est confronté à un chômage record et s’enfonce dans la récession autant que dans l’austérité. Le doute s’est installé. Je le mesure chaque jour. Il se charge en défiance envers l’Europe et même envers la démocratie. Il se transforme en indignation devant l’injustice d’un système, l’impuissance d’une politique, l’indécence des nantis. Il dégénère en violence privée, familiale, sociale, urbaine, avec cette terrible idée qui s’est installée, qui se diffuse dans notre conscience collective : la marche vers le progrès se serait arrêtée, nos enfants seraient condamnés à vivre moins bien que nous. Eh bien, c’est contre cette idée-là que je me bats. Voilà pourquoi je suis candidat à l’élection présidentielle. Je veux redonner confiance aux Français dans leur vie : la France a traversé dans son histoire bien des épreuves, bien des crises, des guerres, des révolutions, elle les a toujours surmontées, toujours en refusant l’abaissement, la résiliation, le repli, jamais en succombant au conformisme, à la peur, à la loi du plus fort, mais en restant fidèle aux valeurs de la République, en allant puiser en elle-même le courage pour accomplir les efforts, pour défendre son modèle social, pour garder sa fierté en redressant la tête, en regardant lucidement le défi à affronter, en débattant librement et en faisant les choix qui s’imposent.

Il n’y a jamais, je dis bien jamais, une seule politique possible, quelle que soit la gravité de la situation. L’Histoire n’est pas l’addition de fatalités successives, elle nous enseigne qu’il y a toujours plusieurs chemins. La voie que je vous propose, c’est le redressement dans la justice, c’est l’espérance dans la promesse républicaine.

Mais avant d’évoquer mon projet, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des États.

Cette emprise est devenue un empire. Et la crise qui sévit depuis le 15 septembre 2008, loin de l’affaiblir, l’a encore renforcée. Face à elle, à cette finance, les promesses de régulation, les incantations du « plus jamais ça » sont restées lettre morte. Les G20 se sont succédés sans résultat tangible. En Europe, 16 sommets de la dernière chance ont été convoqués pour reporter au suivant la résolution définitive du problème. Les banques, sauvées par les Etats, mangent désormais la main qui les a nourries. Les agences de notation, décriées à juste raison pour n’avoir rien vu de la crise des subprimes, décident du sort des dettes souveraines des principaux pays, justifiant ainsi des plans de rigueur de plus en plus douloureux. Quant aux fonds spéculatifs, loin d’avoir disparu, ils sont encore les vecteurs de la déstabilisation qui nous vise. Ainsi, la finance s’est affranchie de toute règle, de toute morale, de tout contrôle.

Disant cela, je ne montre pour autant aucune indulgence sur le quinquennat qui arrive à son terme. Mais là n’est déjà plus la question. Les jugements sont faits. Commencé dans la virevolte, ce quinquennat finit dans la tourmente. Plombé par des cadeaux fiscaux destinés aux plus fortunés, il s’achève par des hausses de prélèvements imposées à tous les Français. Inauguré par une promesse de retour au plein emploi, il se termine par un chômage record. Et que dire des déficits, de la dette, de la désindustrialisation, de la démolition des services publics, notamment de l’école ?

Un seul mot résume cette présidence : la dégradation. Tout s’est dégradé. Je ne parle pas d’une note. Je ne parle même pas des comptes publics. Je parle des conditions de vie, des comportements, tout simplement de la situation du pays. A l’injustice dans les choix, l’incohérence des décisions se sont ajoutés l’accaparement du pouvoir et la connivence avec les puissants, avec ce paradoxe ultime que la volonté d’omnipotence débouche sur un aveu d’impuissance. Voilà pourquoi le changement n’est pas seulement celui d’un président, d’un gouvernement ou d’une majorité. Il faut aller bien plus loin : c’est un changement de politique, de perspective, de dimension qu’il faut offrir à notre pays le 22 avril et le 6 mai.

Si la finance est l’adversaire, alors il faut l’affronter avec nos moyens et d’abord chez nous, sans faiblesse mais sans irréalisme, en pensant que ce sera un long combat, une dure épreuve mais que nous devrons montrer nos armes. Maîtriser la finance commencera ici par le vote d’une loi sur les banques qui les obligera à séparer leurs activités de crédit de leurs opérations spéculatives. Aucune banque française ne pourra avoir de présence dans les paradis fiscaux.

Les produits financiers toxiques, c’est-à-dire sans lien avec les nécessités de l’économie réelle seront purement et simplement interdits. Les stocks options seront supprimées. Et les bonus encadrés Enfin, je proposerai une taxe sur toutes les transactions financières, non pas le rétablissement de l’impôt de bourse, ce qui va être fait et qui a été supprimé il y a quelques mois – c’est vous dire la cohérence ! Non, je proposerai une véritable taxe sur les transactions financières, avec ceux en Europe qui voudront la mettre en œuvre avec nous. Je proposerai aussi, si l’on veut éviter d’être jugés par des agences de notation dont nous contestons la légitimité, de mettre en place au niveau européen une agence publique de notation.

L’autre point par rapport à la finance est européen. La zone euro se défait sous nos yeux. La France doit retrouver l’ambition de changer l’orientation de l’Europe. Elle imposera de savoir convaincre et entraîner nos partenaires. On me demande souvent : « mais comment allez vous faire pour faire venir vos alliés dans cette Europe, sur les positions que vous défendez, puisque le Président sortant n’y est pas arrivé » ? Mais ce qui va changer, c’est le vote des Français, qui sera notre levier pour convaincre. Les destins de l’Europe et de la France sont liés, la grandeur de la France ne peut pas être séparée de la force de l’Europe. Nous avons besoin d’Europe, elle doit nous aider à sortir de la crise mais pas imposer une austérité sans fin qui peut nous entraîner dans la spirale de la dépression. Les disciplines sont nécessaires, des engagements, devront être pris pour le désendettement et être respectés. Mais c’est la croissance qui nous permettra d’y parvenir le plus sûrement. C’est pourquoi je proposerai à nos partenaires un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance. Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre pour lui apporter la dimension qui lui manque, c’est-à-dire la coordination des politiques économiques, des projets industriels, la relance de grands travaux dans le domaine de l’énergie et puis les instruments pour dominer la spéculation, un fonds européen qui puisse avoir les moyens d’agir sur les marchés avec l’intervention de la Banque centrale européenne qui devrait être, finalement, au service de la lutte contre la spéculation. J’agirai en faveur de la création d’euro-obligations afin de mutualiser une partie des dettes souveraines, de financer les grands projets. Je défendrai, parce que c’est le sens du projet européen, une démocratie qui associera les parlements nationaux et européens aux décisions qui devraient concerner les États. Je proposerai une nouvelle politique commerciale en Europe qui fera obstacle à la concurrence déloyale, qui fixera des règles strictes en matière sociale, en matière environnementale, de réciprocité. Une contribution écologique sera installée aux frontières de l’Europe pour venir compléter ce dispositif. Je continuerai à agir pour une parité juste de l’euro vis-à-vis du dollar américain. Je n’accepterai pas que la monnaie chinoise soit encore inconvertible alors que cette première puissance commerciale finit par être excédentaire sans que sa monnaie, jamais, ne soit réévaluée.

L’Europe a bien des défauts, je les connais. Mais en même temps elle est notre bien commun. Défendons-la, elle en a besoin, elle le mérite ! Ce qui manque à l’Europe, c’est du mouvement – et c’est un Européen de cœur qui le dit – mais pas dans n’importe quelle Europe : le mouvement vers une Europe de croissance, vers une Europe de solidarité, vers une Europe de protection. C’est la vocation de l’a France que de la construire avec l’Allemagne et avec les pays qui voudront nous accompagner.

Aucun des grands défis de l’Europe ne peut se résoudre sans le pacte d’amitié, dans l’égalité, que Français et Allemands ont noué au lendemain de la guerre. Je proposerai donc à nos amis allemands une nouvelle relation de vérité et d’égalité. De leur côté, ils devront faire preuve de solidarité. L’Allemagne ne restera pas forte dans une Europe faible. Elle ne restera pas riche dans une Europe appauvrie, voilà la vérité. Je sais que beaucoup en Allemagne le comprennent. Mais du nôtre, nous devons faire aussi des efforts, efforts de compétitivité, de justice fiscale. Voilà le pacte qu’il va falloir nouer et ouvrir un nouveau cycle en Europe, celui d’une coopération économique, industrielle, énergétique entre nos deux pays. Voilà pourquoi, en janvier 2013 – c’est tout proche, ce sera quelques mois après le rendez-vous du 6 mai –, si les Français m’en donnent mandat, je proposerai à la chancelière d’Allemagne l’élaboration d’un nouveau traité franco-allemand, traité de l’Élysée un demi-siècle après l’acte fondateur de De Gaulle et d’Adenauer qui engagea une dynamique pour nos deux pays.

Chers amis, je veux redonner confiance à la France dans l’Europe. Je veux maintenant vous dire ce que je veux pour le redressement de notre pays. Ce qui est en cause n’est plus la souveraineté d’hier, quand notre territoire était menacé. Ce qui est en cause, c’est la souveraineté de la République face aux marchés et à la mondialisation. Voilà pourquoi je veux redresser la France, la redresser financièrement, la redresser économiquement, la redresser industriellement. Notre pays a abandonné depuis trop longtemps son industrie, aveuglé par la chimère d’une économie sans usine, sans machine, comme si l’immatériel pouvait remplacer le travail de l’ouvrier, du contremaître, de l’ingénieur et de son savoir-faire. La réindustrialisation de la France sera ma priorité. Je créerai une banque publique d’investissement qui, en complément des fonds régionaux, accompagnera le développement des entreprises stratégiques. Je favoriserai la production en France en orientant les financements et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investissent sur notre territoire, qui y localisent leurs activités, qui y mettent leurs emplois et qui sont en plus offensives à l’exportation. Je mobiliserai l’épargne des Français en créant un livret d’épargne dont le produit sera entièrement dédié au financement des PME et des entreprises innovantes.

J’exigerai des entreprises qui se délocalisent qu’elles remboursent immédiatement les aides publiques reçues. Je donnerai priorité aux PME : ce sont elles qui embauchent, ce sont elles qui doivent être aidées avant tout, c’est pour elles que nous élargirons le crédit impôt recherche, que nous abaisserons l’impôt sur les sociétés, que nous créerons une agence pour les PME. Je soutiendrai l’économie numérique en organisant avec les collectivités locales et les industriels la couverture intégrale de la France en très haut débit d’ici 10 ans.

Le retour de la croissance passe aussi par la transition énergétique. Je me suis engagé à ce que la part du nucléaire dans la production d’électricité soit réduite de 75 % à 50 % d’ici 2025. Nous avons besoin d’une industrie nucléaire forte, inventant les technologies, les progrès de demain, mais nous avons besoin aussi d’énergies renouvelables, nous avons besoin aussi d’un plan d’économies d’énergie parce que ce sont ces trois actions – le nucléaire, les énergies renouvelables et les économies d’énergie – qui nous permettront d’avoir une perspective industrielle. Les économies d’énergie, nous les mettrons en œuvre par un plan de grands travaux : un million de logements neufs et anciens bénéficieront d’une isolation thermique de qualité. Nous créerons des dizaines de milliers d’emplois en améliorant en plus le pouvoir d’achat des ménages, par rapport à leurs frais de chauffage. Enfin, il n’y aura pas de retour à la croissance, pas d’industrie forte sans un effort de recherche et d’innovation. C’est tout notre avenir de nation industrielle qui se joue là. J’ai confiance dans la science, dans le progrès, dans la recherche, dans la capacité des inventeurs à nous donner les produits de demain sans avoir pour autant la crainte pour notre environnement. Parce que la recherche est aussi au service de l’écologie et de l’environnement.

Redresser l’économie, redresser l’industrie, mais aussi redresser les finances. Le niveau de la dette publique n’a jamais été aussi élevé. La dette publique a doublé depuis 2002. 10 ans de droite auront coûté aussi cher que tous les gouvernements réunis de la Ve République. Je n’ai ici pas compté tous les présidents qui se sont succédé mais, quels que soient leurs mérites ou leurs défauts, aucun n’avait été capable de mettre la dette publique à ce niveau-là. Il a fallu attendre 2002 pour avoir cette dérive. Pour maîtriser la dette, je rétablirai l’équilibre budgétaire en fin du mandat qui me sera confié. Pour atteindre cet objectif, je reviendrai sur les cadeaux fiscaux et les multiples niches fiscales accordées depuis une décennie aux ménages les plus aisés et aux plus grosses entreprises. Cette réforme permettra de dégager près de 30 milliards de recettes supplémentaires. Mais dans le même temps, les dépenses de l’État seront maîtrisées. Toute nouvelle dépense sera financée par des économies, le nombre total de fonctionnaires n’augmentera pas, mais il sera mis fin à la règle aveugle du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Ce redressement, mes amis, est indispensable. Mais il ne sera possible que dans la justice. Chaque nation a une âme. L’âme de la France, c’est l’égalité. C’est pour l’égalité que la France a fait sa révolution et a aboli les privilèges dans la nuit du 4 août 1789. C’est pour l’égalité que le peuple s’est soulevé en juin 1848. C’est pour l’égalité que la IIIe République a instauré l’école obligatoire et l’impôt citoyen sur le revenu. C’est pour l’égalité que le Front populaire a œuvré en 1936. C’est pour l’égalité que le gouvernement du général de Gaulle a institué la sécurité sociale en 1945. C’est pour l’égalité que François Mitterrand a été élu en 1981. C’est pour l’égalité que nous avons fait, avec Lionel Jospin, la couverture maladie universelle et l’allocation personnelle à l’autonomie. C’est pour l’égalité que nous aurons aussi à combattre et à proposer aux Français le changement.

L’égalité, c’est ce qui a permis à un enfant orphelin de père élevé par une mère pauvre, sourde et illettrée, de devenir prix Nobel de littérature. Il s’appelait Albert Camus et, après avoir reçu son prix, il écrivit en ces termes à son vieil instituteur : « ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, sans votre exemple, rien de tout cela ne me serait arrivé. » C’est pour l’égalité que nous devons agir parce que, depuis 10 ans, l’égalité recule partout. Partout, des privilèges apparaissent à mesure qu’une nouvelle aristocratie – j’emploie le mot à dessein – arrogante et cupide s’installe et prospère. 1 % des Français privilégiés se séparent du reste de la société. Ils vivent à côté de nous mais ils ne vivent déjà plus avec nous. Parfois, ils ne vivent même pas chez nous. Une véritable sécession sociale a vu le jour ces dernières années : des quartiers relégués, abandonnés et de l’autre des quartiers protégés, sécurisés pour que nul ne vienne déranger. Je serai le Président de la fin des privilèges parce que je ne peux pas admettre que, pendant ce temps-là, pendant que certains s’enrichissent sans limite, la précarité s’étende, la pauvreté s’aggrave et 8 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, dont beaucoup trop d’enfants.

Qu’on m’entende bien, l’égalité, ce n’est pas l’égalitarisme, c’est la justice. L’égalité, ce n’est pas l’assistanat, c’est la solidarité. Les Français n’ont rien à craindre de l’égalité, rien à craindre de la justice, rien à craindre de la redistribution. Les Français doivent savoir que, s’ils m’élisent, je ne poserai comme président qu’une seule question : avant tout effort supplémentaire, avant toute réforme, avant toute décision, avant toute loi, avant tout décret, je ne me poserai qu’une seule question : est-ce que ce que l’on me propose est juste ? Si c’est juste, je le prends, si ce n’est pas juste, je l’écarte. Seule la justice doit guider notre action.

C’est pourquoi j’engagerai avec le Parlement la réforme fiscale dont notre pays a besoin. C’est pour la justice que je reviendrai sur les allègements de l’impôt sur la fortune, c’est pour la justice que je veux que les revenus du capital soient taxés comme ceux du travail. Qui peut trouver normal qu’on gagne plus d’argent en dormant qu’en travaillant ? C’est pour la justice que je veux fusionner, après les avoir rapprochés, l’impôt sur le revenu et la contribution sociale généralisée, dans le cadre d’un prélèvement progressif sur le revenu. C’est pour la justice que je porterai la tranche supérieure à 45 % de l’impôt sur le revenu pour ceux qui touchent plus de 150 000 euros. Et on ne me fera pas croire qu’avec 150 000 euros, ce sont les classes moyennes qui seront concernées ! C’est pour la justice que je veux que nul ne puisse tirer avantage de niches fiscales au-delà d’une somme de 10 000 euros de diminution d’impôts par an.

Je sais que le combat sera rude, qu’on cherchera à faire peur, qu’on inquiètera… Si demain nous sommes en responsabilité, ceux à qui l’on prendra feront davantage entendre leur voix que ceux à qui l’on donnera. Je sais qu’il n’y aura pas de manifestation pour nous soutenir. C’est rare, c’est exceptionnel. Mais il peut y en avoir pour nous contester. Je sais que certains chercheront à nous faire peur et à effrayer les classes moyennes alors qu’elles ne trouveront qu’avantage dans la réforme que nous présenterons, prétendre que les grandes fortunes quitteront notre territoire. Mais est-ce que le bouclier fiscal a fait revenir les grandes fortunes en France ? Non ! Est-ce que le bouclier fiscal les a enrichies plus encore ? Oui ! Est-ce que les impôts de la plupart des Français ont baissé ? Non, ils ont augmenté ! Est-ce que ceux des plus favorisés ont diminué depuis 5 ans ? Oui ! Est-ce que la TVA n’est pas plus inquiétante dès lors qu’elle concernera tous les Français, mille fois oui, elle est plus inquiétante que ce que nous proposons !

Ce n’est pas seulement la réforme fiscale. L’égalité doit concerner tous les domaines de la vie en société. L’égalité doit commencer à faire partir à la retraite ceux qui ont commencé à travailler tôt, exercé les métiers les plus pénibles. Et c’est pourquoi, tout en ayant le souci de maîtriser les comptes et en ouvrant une négociation sur la réforme des retraites indispensable — puisque celle qui a été votée est non seulement injuste mais pas financée -, eh bien sans attendre l’ouverture de cette négociation, tous ceux qui ont 60 ans et qui auront cotisé 41 années retrouveront le droit à partir à la retraite à taux plein. La négociation, elle, portera sur la pénibilité, les décotes, le montant des pensions, l’âge légal, l’évolution des recettes, indispensable, et la pérennité de notre système par répartition.

L’égalité, c’est aussi le meilleur accès pour tous au logement. Nous manquons de logements en France. Ils atteignent des prix insupportables, et pas simplement dans les grandes villes. Il faut donc plus de logements. C’est pourquoi je prendrai une décision : l’Etat montrera l’exemple, il mettra immédiatement à la disposition des collectivités locales tous ses terrains disponibles pour leur permettre de construire de nouveaux logements dans un délai de cinq ans. Plus de logements, plus de logements sociaux, et c’est pourquoi le Livret A — qui sert à collecter une épargne précieuse pour le logement social-, eh bien le livret A verra son plafond doubler, afin que tous les Français, par leur épargne, puissent financer le logement social.

Il faut plus de logements, plus de logements sociaux, et des logements moins chers. Je sais que cela prendra du temps, mais pour éviter les abus, j’encadrerai les loyers là où les prix sont manifestement excessifs. Il faut des villes plus équilibrées. Et je multiplierai par cinq les sanctions qui pèsent sur les communes qui bafouent la loi de solidarité urbaine.

L’égalité, l’égalité toujours, l’égalité pour la santé ! Nos professions de santé sont d’une qualité remarquable. J’en fais à chaque fois l’expérience. Leur métier est l’un des plus difficiles qui soient. Sans elles, le système se serait déjà effondré et, en même temps, trop de Français doivent renoncer à se soigner, pour des raisons financières ou pour des raisons de domicile. Les dépassements d’honoraires seront donc encadrés. Nous combattrons les déserts médicaux. Et par un nouveau système de tarification, qui fera la part entre l’activité et le service public, l’hôpital public sera conforté dans ses tâches et dans ses missions. Et je prends l’engagement que personne, je dis bien personne dans notre pays, ne soit à plus d’une demi-heure de transport d’un lieu de traitement des urgences médicales.

L’égalité, l’égalité encore, c’est le même accès pour tous à l’eau, au chauffage, à l’électricité. Il n’est pas, quand même, normal qu’une famille modeste paie l’eau au même prix, quand elle boit cette eau, que ceux qui la déversent sans compter ! Je créerai donc un tarif progressif de l’eau, comme du gaz et de l’électricité, qui garantira, au moins pour un certain volume, un prix stable et juste.

L’égalité, c’est le même salaire quand on a les mêmes compétences et les mêmes responsabilités. Comment la France, comment la République peut-elle accepter que les femmes soient moins bien payées que les hommes ? Les exonérations de cotisations sociales aux entreprises qui ne respectent pas cette règle seront purement et simplement supprimées.

L’égalité, toujours l’égalité, c’est aider les territoires qui en ont le plus besoin et notamment, et je parle ici en Seine Saint-Denis, nos banlieues. Cela veut dire qu’il faudra cesser d’aider de la même façon le quartier difficile d’une ville riche et le quartier difficile d’une ville qui n’a que des quartiers difficiles. Je compte sur tous les élus locaux pour m’accompagner dans ce mouvement. Il n’est pas nécessaire d’être de gauche pour être sensible à la terrible injustice que représente pour des millions de Français la vie dans des immeubles indignes ou dans des cités dégradées.

L’égalité, l’égalité c’est aussi la sécurité pour tous. Vivre dans la peur est insupportable ! L’insécurité est une injustice sociale intolérable. Elle touche les plus modestes, les plus âgés, les plus jeunes, les plus fragiles. La sécurité est un droit et je le ferai respecter en créant des zones de sécurité prioritaires là où il y a les taux de délinquance les plus élevés, en mettant des postes supplémentaires, 1 000 chaque année, dans la Justice, dans la Police, dans la Gendarmerie, en rapprochant les Forces de l’ordre des citoyens. Et je lutterai contre tous les trafics, toutes les mafias. Pas plus que je n’accepte la délinquance financière, la fraude fiscale, pas plus je ne tolère qu’un petit caïd avec sa bande mette une cité en coupe réglée et fasse vivre à ses habitants un enfer. Tous ceux-là, les délinquants financiers, les fraudeurs, les petits caïds, je les avertis : ceux qui ont pu croire que la loi ne les concernait pas, le prochain président les prévient, la République, oui, la République vous rattrapera !

L’égalité, l’égalité toujours, l’égalité ce sont les mêmes droits pour tous, quels que soient son sexe et son orientation, c’est le droit de pouvoir se marier, d’adopter, pour les couples qui en décident ainsi. C’est le droit, pour les personnes handicapées, de vivre la vie la plus normale possible. Et je veillerai à ce que chaque loi comprenne un volet handicap.

L’égalité, c’est aussi l’accès à ce qui est le plus précieux, y compris quand on n’a plus rien, l’émancipation, l’enrichissement, la culture. La culture, Baudelaire l’évoquait : « le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité, c’est la culture ». Et là encore, nous devons agir. L’éducation artistique sera généralisée, l’aménagement culturel de la France sera une priorité. Il intégrera les territoires oubliés, les zones abandonnées, les quartiers dégradés de nos grandes villes. Et c’est pourquoi nous ouvrirons, là encore, une nouvelle étape de la décentralisation culturelle.

Quant à la loi Hadopi, inapplicable, elle sera remplacée – remplacée je dis bien, car il faut un cadre pour fixer les droits de chacun – par une grande loi signant l’acte 2 de l’exception culturelle, qui défendra à la fois les droits des créateurs, parce que nous avons besoin de créateurs et de production, et un accès aux œuvres par Internet. Nous ne devons pas opposer les créateurs et leurs publics. Le public et les créateurs sont dans le même mouvement pour l’émancipation, pour la découverte, pour la qualité, pour l’exception culturelle française.

Chers amis, je veux citer Pierre Mendès France, qui nous disait que « la vérité doit forcément guider nos pas ». Je vous dois donc la vérité. Je connais les contraintes financières, l’ampleur de nos déficits, la gravité de notre dette, la faiblesse de la croissance en 2012, la lourdeur de l’héritage qui nous sera légué. Je ne promettrai donc que ce que je suis capable de tenir. Je dois maîtriser sans rien renoncer les choses et d’abord le temps.

Le quinquennat s’ouvrira donc sur des réformes de structure, celles qui constitueront un redressement dans la justice, le redressement économique, la réforme fiscale, le pacte éducatif, la décentralisation. Nous traiterons aussi les urgences, l’emploi, et notamment l’emploi des jeunes, le logement, la santé. Mais c’est ensuite que nous pourrons redistribuer ce que nous aurons créé, ce que nous aurons fabriqué, ce que nous aurons engagé, ce que le pays aura pu, par son redressement, favoriser. Voilà les temps qui doivent être proposés.

Mais je ne perdrai pas un seul instant, pas un seul instant, du mandat qui me sera confié.

Sur le plan international, avec le sommet de l’Otan prévu à la fin du mois de mai 2012, nous engagerons le retrait de nos troupes d’Afghanistan. Sur le plan européen, si les Français m’en donnent mandat, mon premier déplacement sera pour rencontrer la Chancelière d’Allemagne et pour lui dire que nous devons ensemble changer l’orientation de l’Europe vers la croissance et dans le lancement de grands travaux.

Ici dans notre pays, sans même attendre le renouvellement de l’Assemblée nationale, j’engagerai, avec les nouveaux ministres et le nouveau gouvernement, les premières mesures contre la finance et pour la réforme bancaire. Pas un instant, nous ne resterons inactifs. Le quinquennat ne sera pas une volte-face, un zigzag, une contradiction. D’ores et déjà, nous savons où nous voulons aller. Nous connaissons les temps, les périodes, les rythmes. Nous avons fixé aux Français l’objectif, mais également les moyens. Nous savons que nous avons des moyens limités, mais que nous avons la volonté ! C’est cette démarche qui convaincra. Et ce n’est pas en improvisant en fin de mandat des mesures politiques, économiques, sociales qui ont tant manqué depuis cinq ans, que les Français pourront être sérieusement convaincus que le changement se fera, pour les cinq ans qui viennent, de ce côté-là.

Je veux vous parler, pour terminer, de notre avenir. L’idée républicaine, c’est une promesse. Une belle promesse, qui est celle de vivre mieux de génération en génération. La promesse républicaine, c’est que chaque génération vivra mieux que la précédente. Et aujourd’hui, cette promesse est trahie. Notre jeunesse est sacrifiée, abandonnée, reléguée. Chômage, précarité, dévalorisation des diplômes, désespérance, perte d’autonomie, accès au logement difficile. Sans compter ce que nous lui laissons, à cette jeunesse, un environnement dégradé, des retraites non financées, une dette considérable. Et pourtant, la jeunesse c’est notre chance ! Comment peut-on accepter que cette chance devienne une charge ? J’ai beaucoup réfléchi, depuis plusieurs mois même, à ce que pouvait être l’enjeu de l’élection présidentielle, au-delà de la crise, du redressement à accomplir, de la justice à réaliser. J’en suis arrivé à cette conclusion simple : c’est pour la jeunesse de notre pays que je veux présider la France. Je veux redonner confiance à la jeunesse ! Et c’est la raison pour laquelle je veux faire de l’éducation une grande cause nationale. J’ai proposé de créer 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation, pas seulement de professeurs, mais de surveillants, d’infirmières, d’assistantes sociales, de tous ceux qui contribuent à l’accueil, à l’accompagnement, à la réussite des jeunes. On me dit « c’est trop ». Non, je dis « ce n’est peut-être pas assez » ! C’est terrible de mener une bataille contre l’échec scolaire, qui fait chaque année plus de 150 000 victimes, 150 000 qui sortent sans diplôme, sans qualification, de l’école. La priorité ira aux écoles maternelles et primaires parce que c’est là que beaucoup se joue et que les premiers retards se précisent. Les rythmes scolaires qui n’ont aucun équivalent en Europe seront revus. Au collège et au lycée, les élèves les plus en difficulté bénéficieront d’un accompagnement personnalisé, pour qu’à la fin du quinquennat, je dis bien à la fin du quinquennat, le nombre de jeunes qui sortent sans qualification du système scolaire soit divisé par deux. Aucun jeune, aucun jeune de 16 à 18 ans – et je sais ce qu’est la déscolarisation dans beaucoup de nos villes et dans beaucoup de familles -, aucun jeune de 16 à 18 ans ne restera sans solution de formation, d’emploi ou même de service civique. Personne ne sera laissé là, de côté, abandonné, oublié ! C’est pour notre jeunesse que nous devons faire de l’emploi une priorité et créer progressivement 150 000 emplois d’avenir réservés aux jeunes, en particulier ceux issus des quartiers difficiles.

C’est pour les jeunes mais aussi les seniors que j’ai porté cette belle idée du contrat de génération, pour permettre l’embauche de jeunes en contrat à durée indéterminée dès lors qu’ils sont accompagnés par un salarié plus expérimenté, qui lui-même est maintenu dans l’emploi jusqu’à son départ à la retraite. C’est la réconciliation des âges, c’est la solidarité entre les générations ! Partout où je vais dans les usines, deux sortes de travailleurs viennent me voir. Les plus anciens, qui me posent une seule question : quand est-ce que nous allons partir ? Et les plus jeunes, qui me posent une seule question : quand est-ce que nous allons pouvoir entrer ? Et je leur dis « mais si vous les seniors, vous accompagnez les jeunes, vous leur donnez votre savoir-faire, votre expérience, votre compétence, est-ce que ce n’est pas finalement la plus belle mission qui peut vous être confiée avant d’attendre le départ à la retraite ? Et vous, les jeunes, si vous entrez enfin dans l’emploi avec un contrat à durée indéterminée, vous pouvez retrouver l’autonomie que vous attendez depuis si longtemps ». Je pense aussi aux jeunes qui sont étudiants et dont les familles sont modestes. Ceux-là recevront aussi une allocation d’études sous conditions de ressources pour leur permettre d’avoir l’autonomie.

C’est cela, le projet : faire tout pour que la jeunesse réussisse, non pas pour elle-même, non pas parce qu’elle serait une catégorie, non pas parce que je voudrais la flatter, mais parce que c’est ce qui permet à ceux qui sont parents, grands-parents, de retrouver eux-mêmes espoir dans l’avenir, fierté dans la réussite, de se dire « mais qu’allons-nous laisser, laisser après nous, quelle société voulons-nous transmettre à nos enfants, à nos petits-enfants ? ». Une société du chômage, de la précarité, de l’angoisse, de la dislocation ou, au contraire, une société où les chances soient attribuées, où les conditions de réussite soient posées et où l’on se dise : je vais bientôt partir, que ce soit à la retraite ou pour le grand voyage, je vais bientôt partir mais au moins, je sais que ce qui a été transmis sera finalement, pour la génération qui arrive, la réussite possible que je n’ai même pas eue pour moi-même.

Et moi, moi qui suis devant vous candidat à l’élection présidentielle, si je reçois le mandat du pays d’être le prochain président, je ne veux être jugé que sur un seul objectif : est-ce qu’au terme du mandat qui me sera, si les Français le veulent, confié, est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu’en 2012 ? Je demande à être évalué sur ce seul engagement, sur cette seule vérité, sur cette seule promesse ! Changer leur vie serait pour moi la plus grande des fiertés. Ce n’est pas un engagement à la légère que je prends. C’est pour mobiliser toute la Nation par rapport à cet enjeu.

Chers amis, j’ai parlé du Rêve français. Oui, le beau rêve, le rêve que tout au long des siècles, depuis la Révolution française, les citoyens ont caressé, ont porté. Ce rêve de vivre mieux, ce rêve de laisser un monde meilleur, ce rêve du progrès, ce rêve de pouvoir franchir à chaque fois les étapes de l’humanité, ce rêve ne nous appartient pas qu’en propre, mais il se trouve que c’est nous, la France, qui avons inventé la République. C’est nous qui avons porté cet idéal qu’une société, si elle s’organisait, si elle se donnait les moyens, si elle faisait de l’égalité, de la liberté et de la fraternité son mode de vie, pouvait être l’émancipation pour chacun.

C’est ce rêve-là que j’ai voulu de nouveau ré-enchanter – et aussitôt, la Droite s’est gaussée. Comment, comment serait-il possible de parler de rêve en cette période ? C’est vrai, ce n’est pas un rêve que nous vivons… Comment serait-il possible de parler de rêve au moment où la crise condamnerait toute ambition ? Ce serait une chimère. Mais moi, je ne vous appelle pas à mettre votre tête dans les étoiles. Je vous appelle à retrouver le récit républicain, celui qui nous a fait avancer pendant des décennies, le récit de la Révolution française, de ces hommes, de ces femmes aussi, qui ont voulu avancer dans une histoire inconnue qui s’ouvrait sous leur yeux, qui était l’histoire de l’égalité humaine.

Oui, ce récit républicain qui s’est poursuivi avec les républiques, avec la IIIe République, avec, aussi, la Libération, le Conseil national de la résistance, ce rêve, ce récit républicain que mai 68 a aussi, d’une certaine façon, fait ressurgir ! Et puis, mai 1981 et tant d’autres étapes. C’est cela, le récit de la République. Il n’appartient pas qu’à la Gauche. Tous ceux qui se sont succédé pendant des décennies à la tête du pays ont porté le récit républicain. A chaque fois, et quels que fussent les reproches que nos prédécesseurs aient pu leur adresser, c’était, finalement, leur ambition aussi, faire avancer la France. Alors le rêve, surtout, portons-le !

Et je me permettrai de citer Shakespeare, qui rappelait cette loi pourtant universelle : « ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve ». Eh bien nous réussirons parce que nous commencerons par évoquer le rêve ! Le rêve français, c’est la confiance dans la démocratie, la démocratie qui sera plus forte que les marchés, plus forte que l’argent, plus forte que les croyances, plus forte que les religions ! Le rêve français, c’est l’achèvement de la promesse républicaine autour de l’école, de la laïcité, de la dignité humaine, de l’intérêt général.

Le rêve français, c’est le creuset qui permet à toutes les couleurs de peau d’être à égalité de droits et de devoirs. Le rêve français, c’est l’affirmation des valeurs universelles qui vont bien au-delà des frontières, qui vont bien au-delà de la Nation. Ce n’est pas un espace limité, mais qui est proclamé à tous, à la face du monde. Le rêve français, c’est notre histoire, c’est notre projet ! Le rêve français, c’est une force, c’est le projet que je vous propose, parce qu’il nous ressemble, parce qu’il nous rassemble !

Je veux, je veux que nous allions ensemble vers la France de demain ! Une France du travail, du mérite, de l’effort, de l’initiative, de l’entreprise, où le droit de chacun s’appuiera sur l’égalité de tous. Une France de la justice, où l’argent sera remis à sa place, qui est celle d’un serviteur et non d’un maître. Une France de la solidarité, où aucun des enfants de la Nation ne sera laissé de côté. Une France du civisme, où chacun demandera non pas ce que la République peut faire pour lui, mais ce que lui, peut faire pour la République ! Une France de la diversité où chacun apportera sa différence, mais dans l’unité de la République, où les Outremers nous ouvrent à tous les horizons du monde et où les enfants d’immigrés doivent être fiers, fiers d’entre Français, Français, parce que c’est le plus beau nom qu’on puisse donner à un citoyen du monde, à une France de l’exemple, où le pays se retrouve dans ce qui l’élève, dans ce qui le réunit, le dépasse, une France de la confiance où toutes les forces qui la constituent se mobilisent pour l’avenir !

La France, la France n’est pas un problème. La France est la solution !

Voilà le choix, chers amis, voilà le choix qui vous attend. Toujours le même, toujours celui, depuis que la démocratie existe, entre la peur et l’espoir, entre la résignation et le sursaut, entre l’agitation et le changement. Eh bien le changement, le changement, c’est maintenant ! Le redressement, c’est maintenant ! La justice, c’est maintenant ! L’espérance, c’est maintenant ! La République c’est maintenant !

Mobilisons-nous, rassemblons-nous et dans trois mois, dans trois mois, nous ferons gagner la Gauche, avancer la France et nous réussirons le changement ! Le changement, j’y suis prêt !

Vive la République ! Et vive la France !

 

Algérie : le gouvernement baisse les prix de l’huile et du sucre pour calmer les tensions

09 jan

Le gouvernement algérien a décidé, samedi 8 janvier, de supprimer temporairement certaines taxes sur le sucre et l’huile alimentaire, dans l’espoir d’enrayer la hausse des prix et les manifestations dans plusieurs villes d’Algérie. Depuis mercredi, le pays est en proie à de violentes émeutes déclenchées par un taux de chômage élevé et une hausse récente des prix des produits alimentaires de base. Au moins trois personnes ont été tuées et 800 autres blessées dans les manifestations, selon un bilan gouvernemental. Le ministère de l’intérieur fait état de plus d’un millier d’arrestations.
Cetet première réponse de l’exécutif algérien prend la forme d’une exonération de 41 % des charges imposées aux importateurs, producteurs et distributeurs d’huile et de sucre. Ces mesures, applicables rétroactivement depuis le 1er janvier jusqu’au 31 août 2011, sont destinées à « faire face à la hausse subite des prix de certains produits alimentaires de base », selon le gouvernement. Les prix de la farine, du sucre et de l’huile alimentaire ont doublé ces derniers mois pour atteindre des niveaux record. Le kilo de sucre, qui valait 70 dinars il y a quelques mois, en coûte désormais 150.

Pour que ces mesures soient effectives, il faut désormais que la baisse soit répercutée sur les prix à la consommation. Le gouvernement précise qu’il « attend des producteurs et des distributeurs d’en répercuter en urgence les effets sur les prix ». Concernant la farine, Alger ne modifiera pas le prix du blé qu’il fournit aux minoteries mais augmentera les quotas de blé tendre.

Samedi, la tension était encore palpable à Alger, même si aucun incident n’a été signalé dans la nuit. En revanche, de nouvelles émeutes ont eu lieu en Kabylie, à l’est d’Alger, notamment à Tizi Ouzou et à Béjaïa, ainsi qu’à Annaba, rapportent des témoins interrogés par ReutersPour plus de justice et une meilleure répartition de la richesse

 

PREMIER PRIX DE POÉSIE EN 2008

12 août

Service du développement culturel, de la qualité du milieu de vie et de la diversité ethnoculturelle
Yves Alavo, conseiller,
lauréat du Prix littéraire ANEL-AQPF,
dans la catégorie « poésie »
La semaine dernière, M. Yves Alavo, conseiller en affaires interculturelles à la Direction DU DÉVELOPPEMENT CULTUREL, a été désigné lauréat du Prix littéraire ANEL-AQPF, dans la catégorie « poésie ».
Lundi 10 novembre 2008
Créé par l’Association québécoise des professeurs de français (AQPF), en partenariat avec l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), ce prix lui a été remis pour son livre Bleu de lune et soleil d’or (Christian Feuillette, éditeur), au congrès de l’AQPF à Trois-Rivières. Comme pour les autres catégories « nouvelle littéraire », « roman » et « littérature pour la jeunesse », ce prix récompense un auteur et son éditeur, et vise à promouvoir la littérature québécoise auprès des enseignants de français du Québec, à stimuler leur intérêt pour ces œuvres et à les faire connaître et apprécier par leurs élèves.M. Alavo reçoit ainsi une bourse de 500 $ offerte par l’AQPF. Il sera invité au 25e Festival international de la poésie de Trois-Rivières en octobre 2009 et l’œuvre primée et son auteur seront présentés dans la revue Québec français.Étaient admissibles les livres édités entre le 1er janvier et le 31 décembre 2007. Un comité de sélection composé d’enseignants de français a sélectionné l’œuvre selon les critères suivants : accessibilité et lisibilité, thèmes d’intérêt pour un public jeune de 12 à 18 ans, valeurs véhiculées et qualité de l’écriture et de la langue.Créée en 1992 et regroupant une centaine de maisons d’édition de langue française, l’ANEL prône principalement la liberté d’expression, le respect du droit d’auteur et l’accès universel au livre comme outil d’apprentissage. L’AQPF regroupe des professeurs de français et toute personne intéressée à l’enseignement du français ou à la promotion de la langue française et de la culture québécoise. Elle a comme mission première de contribuer, par ses engagements et par ses actions, au développement d’une pédagogie du français de qualité au Québec.

Source : Service des communications et des relations avec les citoyens.

 
 

CULTURE FESTIVAL DU MONDE ARABE DE MONTRÉAL

12 août

Les rythmes de Tindouf avec El Naïlia

20 Novembre 2007

Venu tout droit de Tindouf, le groupe El Naïlia participe pour la première fois à un festival international en Amérique du Nord.

Les rythmes musicaux et les danses d’El Houl ont envahi la salle de spectacle «Le Corona» de Montréal, le 31 octobre dernier lors du concert du groupe algérien El Naïlia. Venus tout droit du désert de Tindouf, Kheira Belekhal et son ensemble se sont produits pour la première fois en Amérique du Nord, à l’occasion de la huitième édition du Festival du Monde arabe de Montréal 2008.

Accompagnée des tazoras (percussion proche du t’bal moyen-oriental), du luth, d’une guitare électrique et des ses chanteuses et danseuses, la formation El Naïlia a offert un spectacle intimiste et plutôt dépaysant au public montréalais lors de l’inauguration du cycle des soirées algériennes du festival. Assises sur de petits coussins, avec pour seul accompagnement un luth, une derbouka, des tazoras et leurs mains, El Naïlia a offert une envoûtante prestation, rappelant les rythmes des Hauts-Plateaux et du sud de l’Algérie. Les mains et les pieds noircis par le henna et habillées de vêtements traditionnels, les danseuses du groupe ont rythmé la musique des danses de leur lointaine Algérie.

Héritée de sa grand-mère, la musique d’El Houl prend beaucoup de place dans la famille de Kheïra Belakhal. C’est en effet sa tante qui, en 1977, a incité Kheïra à se joindre à cette formation musicale, que sa grand-mère avait elle-même fondée en 1965. Sa fille et une autre famille de Tindouf forment maintenant le groupe El Naïlia.

Selon Kheïra Belakhal, El Naïlia demeure probablement le dernier groupe à représenter réellement la culture de Tindouf. «Les autres groupes ont été très influencés par l’Occident et le Maroc», explique-t-elle. C’est donc avec la gérante du groupe, Karima Bougherara, que la leader d’El Naïlia essaie de créer une nouvelle tendance pour relever la culture traditionnelle du Sud algérien, et faire contrepoids à la musique raï, actuellement très populaire. «La musique traditionnelle ne remplit pas les salles actuellement. (…) Le raï s’est imposé à Tindouf. Nous avons donc arrêté de nous produire dans les mariages et les autres fêtes où nous avions l’habitude de jouer pour ne pas entrer dans cette veine. Nous sommes allés jouer ailleurs pour que les gens du sud se rendent compte que cette musique est appréciée.»

Si le groupe se produit pour la première fois en Amérique du Nord grâce au Festival du Monde arabe de Montréal, il n’est cependant pas à ses débuts sur la scène internationale. En effet, la formation El Naïlia s’est fait connaître à plusieurs festivals et rencontres dans le Monde arabe et en Europe. Elle a participé à la Rencontre de femmes créatrices en Grèce en 1998, au festival de musique traditionnelle en Mauritanie en 2002 en plus de se produire en France en 2003 et à l’Année de l’Algérie en Italie en 2005. Cette entrée sur la scène musicale nord-américaine est cependant très importante pour le groupe. «C’était très important de venir à Montréal, C’est un pas énorme de venir en Amérique du Nord. Cela peut nous ouvrir beaucoup de portes. Nous sommes d’ailleurs déjà programmés à Montréal pour l’été prochain» explique Kheïra Belakhal. Le groupe donnera également un spectacle pour la clôture d’«Alger, capitale de la culture arabe 2007», en décembre prochain et dans plusieurs khaïmas de la ville.

 
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Yves Alavo – Bleu de lune et Soleil d’or – Fonction publique, engagement social et poésie

12 août

(Felicia Mihali, écrivaine, journaliste et critique littéraire.)

J’ai connu Yves Alavo pour la première fois au Festival Eurofest, organisé par l’Association Rocade au printemps 2007.  Depuis, je me suis habituée à toujours le voir parmi le public qui s’intéressait à la culture de ce coin de monde et plus spécifiquement à la culture roumaine.  Je ne me suis pas empressée de faire sa connaissance, sachant qu’il travaille pour une direction quelconque à la Ville de Montréal.  Je n’aime pas les fonctionnaires. Vu ma longue expérience avec les fonctionnaires roumains, pour moi un fonctionnaire est quelqu’un qui vous refuse et qui, de plus, prend plaisir à vous dire Non.

Pour l’événement de cet automne, organisé encore une fois par Rocade, un mini-festival de films et sur la musique de Roumanie nommé Interférences, j’ai revu Yves.  Si Interférences s’est proposé de faire des ponts et des liens entre cultures et pays différents, la fidélité d’Yves prouve qu’il a bien réussi.  Par sa présence, Yves contredit l’idée qu’on se fait d’un fonctionnaire : il est plutôt quelqu’un qui vous dit Oui avec grâce, toujours de bonne humeur, souriant, essayant de mettre sur votre visage votre vrai nom, avec la bonne prononciation de plus.  Son assiduité au sein du public nous montre combien les préjugés concernant les petits pays et les petites cultures tendent à s’effacer.  Ces derniers temps, on assiste à une ouverture concernant l’identité et la spécificité des autres, des citoyennes et citoyens de la diversité, ce qui est réjouissant.

Concernant la biographie d’Yves, elle est extrêmement riche. Originaire du Sénégal (Père de la famille Royale d’Abomey au Bénin, Mère Berbère d’Algérie), il a commencé dans son pays natal par des études en philosophie, pour y enseigner un certain temps le français, l’anglais et même la religion.  Après un séjour à Paris et en Loire-Atlantique, Nantes plus exactement, où il a continué ses études en philosophie, en théologie et en sciences de l’éducation, il arrive au Québec, où il fait des études en journalisme, réussit avec succès une maîtrise en sciences de la communication à l’Université de Montréal au début des années 80. Tour à tour, aux communications à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (1985-87), puis conseiller et stratège en communications et relations interculturelles au gouvernement du Québec (Conseil des Communautés culturelles et de l’Immigration du Québec (1988-1992), il a rédigé et pris part à la diffusion de dizaines de mémoires et avis sur les questions cruciales de l’intégration et de la participation des citoyens au développement de notre société.

Par la suite, pendant six ans il travaille comme expert au Service de formation de la Société Radio-Canada (1992-1998) et coordonne cet organisme qui organise des missions de coopération et de formation sur la scène internationale dans le cadre du programme appelé Journalisme en démocratie. Yves Alavo est aussi membre fondateur du festival du film africain et créole, Vues d’Afrique qui occupe une place importante dans le paysage culturel montréalais.

Depuis l’an 2000 il agit à titre de conseiller senior sur les questions de diversité et de développement culturel intégré auprès des instances et agences responsables de la Ville de Montréal, du Conseil des arts de Montréal avec une action terrain soutenue aux côtés du Montréal arts interculturel et avec la plupart des organismes du milieu des communautés d’origine asiatique.  Il a contribué à la création du Conseil interculturel de Montréal (enchâssé dans la Charte de Montréal), était le coordonnateur et le rédacteur de la Déclaration de Montréal sur la diversité culturelle et l’inclusion adoptée le 22 mars 2004 par le Conseil municipal de Montréal, coordonné, implanté et géré les Plans d’action locaux en relations interculturelles (PALRI) avec les arrondissements de Montréal (2002-2006).

Rédacteur de plusieurs articles et publications sur l’impact de la diversité des cultures dans la développement social, économique et politique de la région métropolitaine de Montréal, dont le Mémoire de la Ville de Montréal présenté en commission parlementaire à Québec en septembre 2006 dans le cadre de la consultation sur les stratégies de lutte à la discrimination et au racisme.

Notons que depuis les années 90, Yves Alavo est l’auteur de nombreux discours de contenu sur les enjeux stratégiques, les actions citoyennes, les politiques et programmes municipaux qui transcendent les trois dernières administrations, en 1986-90 comme vice-président du Rassemblement des citoyennes et citoyens de Montréal (RCM), depuis comme rédacteur principal sur les questions de la diversité dans le cadre des suites du Sommet de Montréal en 2002 et des principales interventions publiques à des événements métropolitains et festivals nationaux et internationaux.

Grâce à la plume et à son immense talent d’écrivain et de communicateur, Yves Alavo a interviewé, rédigé et participé à la production pour la mise en valeur de la diversité, de plusieurs dizaines de portraits (83) de personnalités montréalaises de diverses origines (Afrique et diaspora, Asie, Afrique du Nord et Moyen-Orient, Amérique centrale et du Sud, Europe centrale et de l’Est).  Ces portraits de personnalités remarquables, engagées dans leurs communautés et au sein de la société en général sont aussi des chefs de file et des pionniers dans leur domaine d’action professionnelle. Cette initiative du Programme Engagement et détermination-Témoins actuels (1999-2005) sous l’égide de Michel Drainville du Collège Ahuntsic, soutenu par le Ministère de l’Éducation du Québec, a eu de très importantes retombées auprès des grands médias et de nombreux organismes sociaux et professionnels qui s’en sont inspirés pour concevoir des séries télévisées [D’ici et d’ailleurs, Double Mixte] et aussi assurer la reconnaissance des réalisations de leurs meilleurs employés.

Dans cette foulée, mais cette fois grâce au support médiatique de magazines tels Carrefour des opinions et Réussir Ici, Yves Alavo assure une présence qualitative en contribuant à une chronique régulière qui traite de sujets rassembleurs et via la création de portraits vivants et attractifs d’artistes professionnels montréalais d’envergure mondiale qui ont révolutionné notre panorama culturel au cours des décennies présentes.

Par ailleurs, ce sont les engagements sociaux, les actions civiques et sa longue contribution comme bénévole (Centre de référence du Grand-Montréal, Centraide, Centre culturel afro-québécois, Centres communautaires et clubs socio-sportifs…)  ainsi que son rayonnement personnel au service de la société, qui lui ont valu la reconnaissance importante du Carrefour des Communautés du Québec, samedi 3 novembre 2007, dans la salle ovale de l’Hôtel Ritz Carlton.

Devant une assistance composée de 350 personnalités des milieux économique, culturel, social, tant du secteur privé que des représentants gouvernementaux, la ministre de l’Immigration et des communautés culturelles, madame Yolande James et les président du Carrefour des Communautés du Québec, ont remis à monsieur Yves Alavo une plaque et une Médaille des arts et métiers du rayonnement multiculturel.  Le certificat lui a été décerné « pour l’excellent travail réalisé dans les médias, les arts et les lettres, et le rapprochement interculturel ».

Cela dit, quel est donc le lien avec la poésie, car Yves Alavo vient de publier chez Christian Feuillette éditeur son premier recueil de poèmes, Bleu de lune et Soleil d’or? Quand je lui ai soumis la question, il m’a donné la réponse à laquelle je pensais et j’aspirais secrètement. L’écriture ne commence pas à un moment donné, l’écriture existe en nous depuis toujours, depuis la petite enfance même, lorsqu’on fait nos premiers essais de création, des essais qu’on oublie par la suite, mais qui d’une certaine manière se retrouvent plus tard dans nos pensées les plus profondes. Les poèmes qu’on trouve dans ce premier recueil ont eu une longue gestation, car ils ont été écrits pour la plupart entre 1984 et 2006.

Il ne s’agit donc pas d’un accident, mais de quelque chose qui vient de très loin. Dans ses tiroirs, il a ramassé plus de vingt-cinq cahiers avec des textes produits pendant ses longs voyages à travers le monde, des romans en ébauche, des scénarios et des pièces de théâtre qui attendent encore le temps pour qu’il se mette au travail et qu’il leur donne la forme finale. Et pourquoi a-t-il donc choisi plutôt la poésie pour débuter? Sa réponse est que la poésie est plus expressive, c’est le moyen le plus approprié pour exprimer des sentiments à l’état pur.

Ses poèmes surprennent par leur musicalité, mais cela n’a rien de surprenant : dans la tradition africaine, dont Yves est aussi le porteur, la poésie est en lien étroit avec la musique, la parole est de la musique. Je le cite : “ Le lieu où la musique rencontre la parole c’est le lieu où le nouveau peut se produire. ” Or on sait que chaque auteur rêve de ce lieu privilégié de la nouveauté, le lieu où résident les choses qui n’ont pas encore été dites.

on livre porte le nom des deux volets contenus à l’intérieur et qui s’appellent donc Bleu de Lune et Soleil d’or.  Le titre en dit long sur le style et l’imagerie de sa poésie, qui est extrêmement visuelle et très sensitive. Ses poèmes laissent tous les sens parler, à partir du regard, jusqu’au toucher. Ses vers sont hybridés par beaucoup d’influences et de styles.  Par exemple, il ne sera pas difficile de reconnaître dans certains des traces de haïku.  À chaque vers on a l’impression qu’au lieu de parler, il peint.

Le deuxième volet porte encore plus la marque de sa personnalité. Ses poèmes sont empreints de générosité, de bonté et d’ouverture. Ce genre de poésie a laissé la révolte se calmer, même lorsqu’il parle du souvenir de l’esclavagisme, du colonialisme. Yves fait partie de la nouvelle génération d’auteurs qui, sans avoir oublié les trajets des bateaux chargés d’esclaves vers l’Amérique et l’Europe en provenance de l’île de Gorée, essaient de parler autrement de ce passé. La réconciliation n’implique pas l’oubli, mais la réinterprétation des faits et la réconciliation avec le passé. Les poèmes de la deuxième partie du livre sont ancrés dans le passé spirituel de son continent, avec ses drames passés et actuels. Sa poésie est locale, mais en même temps transcontinentale, elle se nourrit de l’Afrique, mais aussi de l’Europe et du Québec.

L’auteur Yves Alavo est détenteur d’une maîtrise en sciences de la communication de l’université de Montréal, ainsi que d’une licence ès lettres d’enseignement et de philosophie de l’université de Dakar.  Yves Alavo a cumulé, au fil des années, une longue expérience de rédaction et de journalisme, tant au Sénégal qu’en France et au Canada. Œuvrant actuellement au Service du développement culturel de la Ville de Montréal, Yves Alavo est aussi, entre autres, membre fondateur du festival international du film africain et créole Vues d’Afrique. Pionnier de nombreuses associations communautaires, membre de la corporation du Centre d’études et de coopération internationale (CECI), il poursuit son engagement en solidarité chez nous et au niveau international, pour plus d’équité et de justice auprès des artistes professionnels (Diversité artistique Montréal), avec des organismes pour vaincre la pauvreté (Centre de référence du Grand-Montréal) et faire respecter les droits humains avec Journalisme en démocratie.

Auteur et poète, Yves Alavo a participé au cours de l’automne 2005, au 21e Festival international de la poésie de Trois-Rivières. Son recueil double Bleu de lune et soleil d’or est sa première œuvre littéraire publiée.

Avec l’appui des forces vives du milieu artistique montréalais, trois lancements avec signatures, dont deux récitals ont marqué la sortie de ce livre.  Le premier récital avec huit musiciens professionnels a eu lieu de concert avec la sortie du premier numéro de Réussir ici, le 15 octobre 2007 au MAI.  En présence de la famille, des amis, de collègues et des artistes.  Une expérience unique d’amour et de créativité : deux koras avec Nathalie Dussault et Zal Idrissa Sissokho, les voix des sopranos et piano (Eugène Robitaille) de Kerry-Anne Kutz, de Christine Atallah et aussi de Chantal Parent (de l’orchestre symphonique des musiciens et musiciennes du monde de Montréal), la guitare et les compositions de Céline Vincent, la trompette de Michael Cartile.  Le deuxième récital le 9 novembre 2007 dans le cadre du volet musical du Festival du film Roumain de Montréal/Québec (FFR), au Centre de créativité Le Gésu.  Soirée ouverte par une présentation de Simona Hodos, présidente fondatrice avec Daniel Bucur de l’Association Rocade et de l’EUROfest, ainsi que du FFR, une analyse du livre de la part de l’auteur, journaliste Felicia Mihali et une prestation tonique de l’auteure/compositeure et interprète Céline Vincent qui a mis en musique deux poèmes du livre et a chanté deux de ses compositions.  Enfin, le troisième lancement, avec lecture par l’auteur et séances de signatures a eu lieu cette au Salon du livre de Montréal, samedi 17 novembre 2007, de 15 h 30 à 17 h 30,  dans la salle 5 de la Mezzanine Sud de la Place Bonaventure.

 
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12 août

1948 – 1998

CÉLÉBRATION AU CÉGEP AHUNTSIC

La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, comme on la nomme, repose sur un postulat de base, celui de l’interdépendance étroite entre la paix, le respect des droits et des libertés fondamentales ainsi que du développement économique, social et culturel. Ce postulat confère une logique particulière aux conventions internationales adoptées subséquemment afin de permettre la concrétisation des valeurs énoncées dans la Déclaration.

Les violations des droits et libertés sont les principales causes des guerres et de l’instabilité des rapports sociaux. Par ailleurs, l’harmonie ou la paix internationale supposent l’instauration de dialogues entre partenaires, états égaux sur le plan juridique.

Le Comité de célébration du 50e anniversaire de la Déclaration des droits du Collège Ahuntsic a choisi cinq personnalités d’envergure internationale pour incarner de manière plus éloquente le préambule du document et les 30 articles qui en font le levier d’action le plus puissant pour un monde plus humain depuis un demi siècle. La reconnaissance de la dignité humaine ainsi que l’affirmation et le respect effectif des droits inaliénables sont le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Les cinq personnalités choisies sont :

1. GANDHI, Mohandas Karamchand, surnommé le Mahatma (la Grande âme). Né le 2 octobre 1869 à Porbandar, état du Kathiavar en Inde et assassiné le 30 janvier 1948 à Delhi.

2. KING, Martin Luther Junior. Né le 15 janvier 1929 à Atlanta, Géorgie, aux États-Unis et assassiné le 4 avril 1968 à Memphis, Tennessee. Prix Nobel de la paix en 1964.

3. MENCHU, Rigoberta. Née en 1959 au Guatemala. Prix Nobel de la paix en 1992.

4. WALESA, Lech. Né en 1943 à Popowo aux environs de Wlocklawek en Pologne. Prix Nobel de la paix en 1983.

5. MANDELA, Nelson Rolihlahla. Né en 1918 à Mvezo, district d’Umtata en Afrique du Sud. Prix Nobel de la paix en 1993.

De manière assez remarquable, nous constatons que plusieurs caractéristiques unissent ces apôtres des droits : hormis leur personnalité et leur rayonnement exceptionnels, ils ont tous, sauf Gandhi, été désignés comme candidats favoris et ont remportés le Prix Nobel de la Paix. Tous ont connu dans leur vie et au nom des leurs, des menaces, des attentats, des affres de la prison et des humiliations à cause de leur foi en la justice et de la conviction qu’ils n’ont cessé de proclamer en ce que la Déclaration universelle des droits de l’homme nous présente comme un idéal à atteindre par tous les peuples et toutes les nations.

La reconnaissance des droits et libertés

Mais cette Déclaration dont nous célébrons le cinquantième anniversaire mérite à l’occasion que nous la relisions afin d’en comprendre l’esprit et la portée. M. René Cassin, l’un de ses rédacteurs, compare l’architecture de la Déclaration universelle à celle d’un édifice. Nous lui empruntons les vertus analogiques pour vous la présenter. Les sept considérants qui constituent le préambule affirment la dignité humaine et la paix dans le monde, c’est le parvis de l’édifice. Cette présentation est close par un texte qui sert de jonction avec les articles que nous regroupons en six blocs. Ce texte est le suivant :

L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE PROCLAME

la présente déclaration universelle des droits de l’homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette déclaration constamment à l’esprit, s’efforcent, par l’enseignement et l’éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assurer, par des mesures progressives d’ordre national et international, la reconnaissance et l’application universelles et effectives, tant parmi les populations des États membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

Revenons à notre analogie entre un édifice et l’organisation du contenu de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le soubassement, les fondations ou le sous-sol sont composés des articles 1 et 2. Ils expriment les grands principes de liberté, d’égalité, de fraternité et la prescription générale des discriminations.

Le premier étage est constitué par le bloc comprenant les articles 3 à 11. Il s’agit des droits et libertés d’ordre personnel : droit à la vie, droit à la liberté, droit à la sûreté de sa personne et les interdictions conséquentes, la condamnation de l’esclavage et de la torture, ainsi que les droits judiciaires qui permettent de garantir ces droits personnels.

Le second étage comprend les articles 12 à 17. Il énonce les droits des individus dans ses rapports d’altérité et, plus particulièrement, avec les groupes sociaux. Il s’agit du droit d’avoir une résidence, de pouvoir circuler librement, de quitter son pays ou d’y revenir, le droit d’asile, le droit à l’honneur et à la réputation, le droit à la nationalité, le droit de se marier et de fonder un foyer, le droit de propriété.

Le troisième étage est constitué par les articles 18 à 21. Il présente les libertés publiques et les droits politiques fondamentaux : liberté de la presse et de croyance, liberté de parole et d’expression, liberté de réunion et d’association, droit de prendre part à la vie publique et d’y exercer des responsabilités.

Le quatrième étage qui réunit les articles 22 à 27, énumère, pour la première fois dans une déclaration des droits, les droits économiques, sociaux et culturels : droit au travail, à la sécurité sociale, au repos et aux loisirs, droit à la santé, droit à l’alimentation, droit au logement, droit à la protection sociale en cas de maladie, de handicap, de chômage ou de vieillesse, droit à l’éducation et à la vie culturelle.

Le cinquième étage, les articles 28 à 30, reconnaissent à toute personne le droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la Déclaration puissent y trouver plein effet. On y précise que ces droits ne peuvent être limités qu’à la seule fin d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et que chacun a des devoirs envers la communauté dans laquelle il vit.

Premier instrument juridique de cette envergure qui ait été adopté par une organisation internationale, la Déclaration concentre en son contenu les droits reconnus à toute personne, elle a ainsi acquis un pouvoir moral et politique exceptionnel. Elle est au premier rang des grands textes historiques, tels la Magna Carta, la Déclaration américaine d’indépendance et la Déclaration française des droits. Son entrée en vigueur le 10 décembre 1948 a marqué une étape décisive dans l’affirmation de la lutte, toujours à mener, pour la liberté et la reconnaissance de la dignité humaine. Désormais la Déclaration universelle fait partie du patrimoine international.

Bibliographie sommaire

Historic world leaders, Anne Commire Editor. Gale research Inc, 1994.

Dictionnaire des biographies, sous la direction de Jean-Maurice Bizière, Armand Colin, 1992.

Dictionnaire encyclopédique d’histoire, Michel Mourre, Bordas, 1978.

The reader’s companion to American history, Eric Fover, Boston, 1991.

Ouvrages traduits de Mohandas Karamchand Gandhi : La jeune Inde (1921); La vie de Gandhi (1931); Le guide de la santé (1932); Lettres à l’ashram (1937).

Bacharan, Nicole, Histoire des Noirs américains au XXe siècle, Bruxelles, Éditions Complexe, 1994, 335 pages.

Bennett, Lerone jr, What manner of man : a biography of Martin Luther King jr. Johnson Publishing Company, 1976.

Oates, Stephen. B. Let the trumpet sonned : the life of Martin Luther King jr., New American Library, 1982.

Burgos, Elizabeth. Moi, Rigoberta Menchù Tum, une vie et une voix, la révolution au Guatemala. Paris, Collection Témoins, Gallimard, 1992, 320 pages.

Walesa, Lech. Chemin d’espoir. Paris, Éditions Fayard, 1987.

Mandela, Nelson. Un long chemin vers la liberté. Paris, Éditions Fayard, 1995, 659 pages.

Johns, Sheridan and R. Hunt Davis, Jr. Mandela, Tambo and the African National Congress : forty-one years of struggle against apartheid. 1948-1989. New-York, Oxford University Press, 1991.

Conception graphique : Patrick Charpentier.

 
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EUROFEST 2008 : À LA RENCONTRE DE LA PAIX

12 août

Organisé par l’association ROCADE

en partenariat avec le Cinéma du Parc et le Centre Segal,

avec l’appui de la Ville de Montréal et du Ministère de l’Immigration et des Communautés Culturelles du Québec,

le Festival de films de l’Europe de l’Est

propose au grand public

une quarantaine de films de fictions et de documentaires

Le soleil est présent,

Nos esprits se rencontrent

Une sensation,

Cette reconnaissance.

Plus d’une douzaine de pays d’Europe de l’Est :

la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, l’Estonie,

la Géorgie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie,

la Pologne, la République Tchèque, la Russie, la Serbie,

la Slovaquie, la Slovénie, la Turquie.

Nous regardons l’autre

L’autre que nous reconnaissons

Reconnaissance et intérêt.

Aise de soi

Plaisir d’être avec l’autre

Cet autre qui est aussi en soi.

Ainsi que l’Angleterre, l’Allemagne, la Hollande,

les États-Unis et le Canada.

EUROfEST offre à son public

la possibilité de visionner de nouveaux films.

Mais aussi, des films qui ont connu le succès en Europe,

Des films qui sont très souvent ignorés en Amérique du Nord.

La paix est présente

La paix est vivante

La paix s’exprime.

Je revois cette lumière

Cette lumière dans le regard

Le regard de l’autre.

L’autre regard

L’autre qui apaise

L’autre qui reflète la paix.

Organisateur du festival, l’association ROCADE regroupe

des professionnels travaillant dans les domaines

de la cinématographie, des médias.

Des professionnels qui partagent tous la même ferveur de l’authenticité.

Des professionnels qui ont en commun

la passion et les grandes valeurs des créateurs est européens.

La paix est partagée

La paix est donnée

La paix est dans cette rencontre.

Rencontre singulière

Rencontre transitoire

Rencontre plurielle.

Voix qui échangent

Voix qui se croisent

Voix qui s’unissent.

ROCADE est un organisme à but non lucratif (OBNL),

ayant comme objectif de promouvoir les valeurs culturelles de l’espace est européen

au Canada, au Québec, à Montréal.

ROCADE constitue une unique rampe de lancement.

Rampe de coopération pour les films présentés

et pour les professionnels des horizons de la création.

Nos regards communs

Pour la paix

Nos regards en union

Avec la paix

Nos regards en harmonie

Comme la paix.

 
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