ABLA FARHOUD

Née au Liban, Abla Farhoud a immigré au Canada dans les années cinquante. Actrice dès l’âge de dix-sept ans, elle écrit sa première pièce de théâtre en 1982, et n’a pas cessé depuis. Onze pièces de théâtre, des nouvelles, des fictions radiophoniques, des conférences et un roman, Le bonheur a la queue glissante, l’Hexagone 1998. Splendide Solitude, son nouveau roman est sorti en octobre 2001 à l’Hexagone. Plusieurs de ses pièces ont été présentées sur les scènes montréalaises ainsi qu’en France, en Belgique, en Côte d’Ivoire, au Liban, et en langue anglaise, aux États-Unis et au Canada. Le bonheur a la queue glissante : Prix France-Québec 1999 ; Les Filles du 5-10-15¢ : Prix Arletty France 1993 ; La Possession du Prince : Prix Théâtre et Liberté de la SACD, France 1993. Ainsi est présentée cette femme de l’écriture.

Abla Farhoud fait corps avec l’écrit, elle y trouve sa respiration et son engagement est totalement tourné vers cette activité salvatrice et essentielle à son existence. Sa réponse est directe : J’écris. L’écriture est un engagement de chaque instant. L’engagement d’une vie entière. Je le fais pour moi, bien sûr, car je ne pourrais pas vivre sans poser de questions et tenter d’y répondre, sans inventer des personnages de fiction pour mieux comprendre la réalité… mais l’écriture n’existe pas tant qu’elle n’a pas touché L’AUTRE.

En vingt ans d’expression par l’écrit, Abla Farhoud centre le noyau de ses réalisations et le sens de ce qu’elle fait : Depuis 1982, j’ai écrit une douzaine de pièce de théâtre et deux romans. J’écris pour comprendre. Pour saisir l’insaisissable… J’essaie d’aller toucher ma douleur (et ma joie de vivre) pour que L’AUTRE en me lisant puisse toucher à la sienne. Quand cela arrive, c’est merveilleux, et ça arrive de plus en plus souvent…

Dans son livre le plus récent, Splendide Solitude, elle écrit sur les dernières pages : Ce que j’appelle solitude se précise de plus en plus, depuis que j’ai résolu de la voir en face. Ce que j’appelle maintenant solitude est un délabrement des sens, un démembrement du corps, un éclatement du cerveau, une désorientation des organes, une appartenance perdue, une déconnexion terrestre, une perte de sens, une dislocation des liens, un enterrement du vivant. Je deviens non seulement étrangère à moi-même, mais à tout ce qui s’appelle Vie.

Abla Farhoud, écrivaine, parole singulière et femme qui se définit dans l’espace des liens, de la relation interculturelle, elle fait le pont, met en contact : Je suis une courroie de transmission.
Petite, j’expliquais la société occidentale à mes parents. Moi, je vivais dedans, eux, à l’extérieur, tout occupés à vivre leur vie d’immigrants dépossédés de ce qu’ils avaient connu. Ils ne voyaient que l’extérieur, l’apparence, la différence. Plus grande, j’écris en français, non pas pour mes parents, mais pour ceux qui nous ont accueillis, qui, tout comme mes parents, ne voient souvent que l’extérieur, les apparences, la différence… tout occupés à vivre leur vie. J’essaie de faire le passage entre le visible et l’invisible, l’extérieur et l’intérieur, la différence et la ressemblance…
La littérature permet de saisir la dimension humaine des êtres. Noir ou Blanc, homme ou femme, Oriental ou Occidental, quelle importance, ne sommes-nous pas tous des humains, des mortels
?

NADINE LTAIF

C’est dans ce regard, celui qu’elle porte avec feu et tendresse qu’il est possible de trouver la question perpétuelle de la poétesse, maîtresse de la parole et chirurgienne du silence. Nadine Ltaif écrit dans Élégies du Levant (Noroît, 1995) Végétation luxuriante/ je suis et j’ai toujours été/ étrangère/ dans ce pays/ et ailleurs. Nulle part est mon origine/ je l’ai cherché dans les mythes. Je ne trouverai pas d’écho/ et personne ne m’offrira de miroir/ sauf ma mère/ d’où je dérive.

La brillante étudiante qui obtint une maîtrise ès Arts en études françaises de l’Université de Montréal à 25 ans a quatre œuvres de poésie qui jalonnent les quatorze dernières années : Les métamorphoses d’Ishtar, Guernica, Montréal, 1987, 70p. Entre les fleuves, Guernica, Montréal, 1991, 51p (finaliste pour le prix Nelligan 1991). Le livre des dunes, Le Noroît, 1999, 75p. Nadine Ltaif s’exprime depuis treize années dans l’univers de l’enseignement du français, elle traduit aussi des textes d’auteurs de l’arabe vers le français, fait de la recherche et possède à son palmarès la réalisation d’un vidéo pour l’ONF “ L’égalité entre les hommes et les femmes est-elle acquise? ” un document de 37 minutes. Elle démocratise cette forme d’expression parfois secrète et souvent mystérieuse, qu’est la poésie, pour le plus grand nombre. Tables rondes, colloques, participations à des lectures publiques, mais aussi des entrevues à la radio et surtout, comme une vocation active de vulgarisation, de mise en rythmes et d’interprétation plurielle, des poèmes, des articles, des nouvelles qui permettent de mettre la littérature à la portée des autres.

Nadine Ltaif, qui siège sur des jury du Conseil des arts du Canada; situe l’acte d’écrire Je peux dire que pour moi l’écriture est un acte singulier qui n’est pas représentatif d’une communauté. La poétesse va plus loin, malgré sa sobriété légendaire, elle a le don suprême d’être précise dans le choix des mots car elle manie le Verbe avec la dextérité et l’incomparable économie que de rares virtuoses possèdent. En effet, lu dans Le livre des dunes six vers éloquents au point d’avoir l’écho du non dit : Cruel le silence des séparations/ car il n’y a pas de mots/ pour exprimer les silences. Elles allaient, ivres de leur présence/ aveuglées de lumière, funambules/ au-dessus de l’impossible.

Il y a un contrat de vie dont la teneur est profonde : Nous aspirons par contre à une meilleure compréhension des autres. C’est une fenêtre ouverte entre soi et le monde. Partager un espace, c’est aussi partager l’identité des autres cultures. Elle s’explique : Au Liban j’étais aussi chrétienne que musulmane, car mes meilleures copines l’étaient. Ici j’ai pu connaître la culture asiatique, la religion bouddhiste, la religion hindou et les cultures amérindiennes. Je partage ma vie avec un Québécois et pour mon fils je souhaite qu’il comprenne les notions de partage et d’ouverture.

Tout est langage dit l’auteure dans Élégies du Levant. Seule la générosité dans toute son ampleur ouvre des espaces non explorés dans l’univers intime et sur la courbe d’espérance du vécu de notre collectivité.

Nadine Ltaif aspire à : Quand je pourrai écrire un chant/ une voix seule/ telle l’unique/ l’éternelle voix d’alto/ dans la Passion selon saint Mathieu/ s’élèvera/ s’ouvrira un passage/ dans la souffrance. De la prison de la souffrance/ elle sortira/ et réussira/ par son exercice/ à trouver le timbre de la liberté. Présent, l’infini bénéfice d’une présence sans cesse nouvelle et tonique : Je souhaite que le lecteur trouve écho à son espoir comme à son désespoir, et qu’en lisant, il ne se sente plus seul.

LILY TASSO

Lily Tasso est une témoin de notre temps, mais surtout une pionnière au véritable sens du terme. Première souvent dans ses étapes de vie les plus significatives. Issue d’une famille d’origine libanaise, c’est au Caire qu’elle est née. Brillantes études, avec ses parents, elle fait des séjours en Inde et dans plusieurs pays d’Europe et enfin, en 1954, le Canada, le Québec, l’établissement à Montréal. Jeune intellectuelle formée aux meilleures écoles, pétrie de culture profonde héritée de traditions plusieurs fois millénaires, Lily Tasso, avec sa curiosité remarquable, son intérêt profond pour l’âme humaine, son regard intelligent et interrogateur, ses méfiances légendaires et critiques en matière d’éthique ainsi que son sens inné de la rigueur, est née pour être journaliste.

Au début des années soixante, deux ans au Nouveau Journal et tout de suite dès 1963 elle est engagée au quotidien La Presse. Fidèle dans sa pensée comme dans son action aux valeurs du respect, de la liberté, de la dignité, de la responsabilité et de l’égalité, Lily Tasso déploie à la Presse ses talents et réalise une œuvre hors-pair au cours de plus de trente années de reportages et de productions journalistiques. Toutes les situations, presque tous les sujets Lily Tasso les aborde et les traite sous un angle où les dimensions sociales et les aspects les plus humains sont valorisés.

Les milliers d’articles écrits par Lily Tasso pourraient faire l’objet d’une étude ou servir de sujet de thèse. Elle a couvert l’actualité, dépassée l’immédiateté pour constamment mettre en relief et présenter une idée maîtresse : l’avancement de la situation des femmes et les droits des minorités. Deux pôles essentiels à la compréhension de l’œuvre journalistique de Lily Tasso. Elle a donc, dans cette même perspective, été la première à créer des rubriques et à donner la parole aux marginalisés, aux exclus, aux handicapés.

Première. Lily Tasso a donné au journal La Presse une ouverture sur le réel total au noyau de la diversité de la ville de Montréal, première à valoriser le visage cosmopolite de la métropole. Première journaliste d’ici à tisser la fibre de l’interculturel, tissage et métissage, Lily Tasso l’a conjugué en rédigeant des pages hebdomadaires, en créant le premier calendrier interculturel illustré par des articles informatifs et des textes d’interviews sur presque toutes les communautés ethnoculturelles de Montréal. Présente dans le quotidien de la rue Saint-Jacques, de manière moderne et dense : photos en couleurs, informations essentielles sur les pays d’origine et, par dessus tout, Lily Tasso a innové en donnant la parole aux personnalités les plus représentatives des principales communautés, comme à celles qui créent des ponts, et à celles qui font des liens entre les composantes humaines de notre ville. À la fin des années 80 et au début des années 90, elle a systématisé cette approche au point de servir de modèle, même aux confrères anglophones, pourtant déjà largement accueillants, dans leurs médias, aux citoyennes et aux citoyens originaires d’ailleurs qui contribuent à la construction de notre société.

Secrétaire générale, puis présidente de l’Association internationale de la presse féminine et familiale (AIJPF), Lily Tasso est membre du Conseil de la langue française et du jury du prix de journalisme René Lévesque. Elle a eu l’occasion de recevoir quelques distinctions, toutes méritées : Prix Judith Jasmin en 1982, mention dans la section des communications pour le Prix du rapprochement interculturel en 1991, Ordre des francophones d’Amérique en 1992 et Femme de mérite de la Fondation du YWCA de Montréal en 1997.

Quand on la questionne sur sa motivation, Lily Tasso est directe : Ignoti nulla cupido. Cet aphorisme d’Ovide (on ne désire pas ce qu’on ne connaît pas), a souvent été ma devise tout au long de ma carrière. Il a orienté mon action et mes choix dans mes engagements professionnels. Faire connaître et aimer les “ autres ”, les inconnus, femmes et hommes de tout âge, d’ici ou venus d’ailleurs.

Regard franc et objectif sur son œuvre, Lily Tasso explique : Pour donner une voix à ceux et à celles qui n’en avaient pas, j’ai essayé de les écouter et de leur donner la parole dans mes reportages. Je pense que mes articles publiés au cours de 1981, année internationale des personnes handicapées, ont eu beaucoup d’écho. Par ailleurs, durant mes quelque dix dernières années à La Presse, de 1983 à 1992, je me suis penchée de manière très particulière sur l’intégration des communautés ethnoculturelles.

Comment voit-elle l’avenir des relations entre la majorité et les différentes communautés d’appartenance ? Lily Tasso propose, comme elle l’a toujours fait, pas de critique stérile, ce n’est pas son style, elle déclare : Il faut inlassablement poursuivre la lutte contre les préjugés et encore davantage, à cause des événements tout récents qui engendrent la méfiance. Initiatives originales, projets de toutes sortes émanant de nombreux organismes et soutenus par les autorités, pédagogie des médias, et surtout pédagogie innovatrice, persuasive et entraînante dans tous nos établissements d’enseignement. Dans le but de viser à amener dans notre société un pluralisme profond et non de surface.

AMEL BELHASSEN MAALAOUI

Il existe des personnes qui respirent l’équilibre et dont la vie dans son déroulement semble, sans cesse, produire pour eux et les leurs, à travers leurs engagements, un ensemble de situations, d’histoires de vies, de rencontres qui sont autant de sujets d’intérêt qui méritent d’être part de notre conscience historique, car ils ne font que la façonner.

Amel Belhassen se présente avec cette ligne directe et une lucidité qui parle plus de son esprit d’analyse et de loyauté envers elle, vis-à-vis de ses convictions profondes : Je suis canadienne d’origine tunisienne et mère de deux enfants. Je suis chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal et donne actuellement un cours sur la condition de la femme immigrante. De par mon origine ethnoculturelle et mon statut d’immigrante, la question de l’immigration me passionne et la compréhension des conditions de vie des immigrants et immigrantes en pays d’accueil (le vécu des femmes, l’accès au marché du travail des immigrants et immigrantes, etc.) constitue mon principal axe de recherche dans le milieu académique ainsi que dans le milieu communautaire.

Son parcours académique est précis. Entre le moment où elle obtient sa maîtrise en sociologie de l’Université de Tunis en 1983 et celui où elle obtient une autre maîtrise, cette fois de l’Université du Québec à Montréal en 1994, il y eu le départ du pays natal et la nouvelle vie au Québec dès 1984, comme boursière de l’Agence canadienne de développement international. Le titre de son mémoire de maîtrise est éloquent sur ses intérêts : Le nouveau modèle industriel : le cas d’IBM Canada. Les thèmes clés sont : la transformation du marché du travail au Canada, les modes de gestion des ressources humaines. Ses choix sont orientés vers la sociologie économique, les politiques d’immigration internationale, Amel Belhassen prépare son doctorat. De 1994 à 1998 : scolarité de doctorat en sociologie à l’université du Québec à Montréal. Examen de synthèse passé avec succès. Les sujets sont : les approches sociologiques de l’immigration (rôle de l’État, intégration au marché du travail, débats autour des traitements sociologiques de l’insertion socioprofessionnelle (les différents aspects de l’insertion, l’influence du marché du travail, etc.).

Amel Belhassen prépare donc la soutenance de sa thèse de doctorat dont le sujet porte sur les stratégies d’insertion des immigrants dans le marché du travail à Montréal. Avant d’arriver au Québec, elle avait travaillé en Tunisie pour le Ministère du travail dont elle dirigeait le Service de la formation, depuis, ses activités professionnelles lui ont permis, à titre de chargée de cours ou de coordonnatrice d’équipe pour des projets d’envergure, de participer à différentes structures : Réseau québécois des chercheurs féministes, Institut de formation autochtone du Québec, Centre d’études arabes et de développement, Réseau des chercheures africaines de la diaspora, Rassemblement arabe à Montréal et Centre de recherches et d’études en sociologie et technologie de l’UQAM.

En phase avec les femmes immigrantes de toutes origines, mais surtout attentive au développement de ses compatriotes, Amel Belhassen fonde en 1996, et copréside depuis ce temps, l’Association tunisienne des mères du Canada. Elle explique : Notre association s’est donnée comme objectif d’aider, à travers les mères (mamans), les familles immigrantes à s’adapter à leur nouveau contexte d’accueil. Nos actions et champs d’intervention couvrent plusieurs aspects de la vie quotidienne des familles immigrantes tels que:

la gestion de la diversité en milieu scolaire, la prévention de la violence faite aux femmes, le soutien aux femmes victimes de violence conjugale, l’insertion des femmes immigrantes sur le marché du travail. Les activités de notre association ont suscité un grand intérêt dans le milieu. Cet intérêt s’est manifesté par le grand nombre des mères et des personnalités publiques qui ont participé à nos activités ainsi que des organisations et des commanditaires arabes ou canadiens qui ont accepté d’être associés, sous diverses formes, à ces activités.

Amel Belhassen centre son action autour de sa mission qui est de construire des ponts dans une harmonie qui lui permet de dégager un axe entre sa vie de citoyenne, son engagement communautaire et son déploiement académique et professionnel. Elle en parle avec passion : En plus de mon engagement au sein de ma communauté arabe, je suis active au sein de certains organismes québécois pour faire connaître nos conditions de travail et de vie dans la société d’accueil. En ce sens, je collabore, à titre de membre du Réseau québécois des chercheures féministes, à une recherche sur les difficultés d’insertion des femmes chercheures d’origines diverses dans le milieu universitaire. Prévue pour le mois de fevrier 2002, la publication de cette recherche vise à faire ressortir la précarité et la marginalisation des femmes chercheures venues d’ailleurs dans le milieu de la recherche universitaire.

Nous pouvons comprendre ce qui la motive : faire connaître la culture arabe aux Canadiens et Québécois afin de les amener à changer les perceptions qu’ils se font de la femme arabe et de ne plus la considérer comme recluse, soumise à la domination de l’homme, etc. Permettre aux femmes arabes de connaître la culture de la société d’accueil, et d’avoir une meilleure connaissance des institutions et des valeurs démocratiques afin de pouvoir vivre pleinement leur citoyenneté.

Elle poursuit un objectif concret dans sa détermination sereine de chercheure et de femme de terrain, contribue à la libération des femmes immigrantes dont certaines sont captives à cause des lois sur le parrainage : Bien que sa durée ait été ramenée à trois ans au Québec, le parrainage demeure inacceptable à bien des égards pour les conjointes parrainées. Le parrainage contribue à placer la femme immigrante dans une situation de vulnérabilité et la maintenir dans la dépendance à son mari (violence conjugale). Nous allons soumettre des recommandations au gouvernement fédéral pour réformer la Loi sur l’immigration afin d’accorder aux épouses la résidence permanente sans qu’elles soient soumises aux règles du parrainage.

L’avenir des relations entre ses communautés d’appartenance et la majorité, Amel Belhassen le situe à un autre niveau : Cette intégration se fait dans le respect des spécificités de chaque groupe et ce, dans le but de développer des relations harmonieuses entre les divers groupes sociaux. Le type de relation que la majorité peut avoir avec un groupe minoritaire ne pourrait pas être déterminé par un événement précis. Rappelons que la communauté arabe vient d’une immigration assez ancienne et a su, au fil du temps, s’ouvrir sur la culture dominante, s’intégrer dans la société d’accueil en préservant ses spécificités culturelles. Pour finir, nous dirons que dans un monde en évolution permanente, les peuples doivent apprendre à vivre ensemble et à relever des défis permettant le mieux être de l’être humain indépendamment de son appartenance ethnique, culturelle ou religieuse.

JOËL DES ROSIERS

Joel Des Rosiers
Joel Des Rosiers

Quatre décennies en terre québécoise ont conduit le garçonnet de dix ans, de l’époque, à cheminer : études brillantes, choix de profession, la médecine, plus spécialement la chirurgie et en plus une spécialisation en psychiatrie. Dès 1987 à 36 ans il publie aux éditions Triptyque un premier recueil de poésie, Métropolis Opéra , deux autres recueils suivront : Tribu (1990) finaliste du Prix du Gouverneur général du Canada et Savanes (1993). En 1996, Joël Des Rosiers est remarqué par la Société des écrivains canadiens qui lui décerne un prix comme le fait aussi la Ville de Laval pour un essai, Théories Caraïbes. Un extrait de ce livre nous renseigne sur le projet généreux de l’auteur : « Parole d’eau salée, étrangère à la langue et comme incantatoire, qui ne cesse de la rendre plus profonde, à mi-chemin de l’origine et du monde. Et le poète ajouta : le drapeau va au paysage immonde et notre patois étouffe le tambour ».

VÉTIVER, son quatrième recueil de poésie vient de sortir (1999). Cantique qui dessine un spectre sensuel de l’enfance à l’oméga des sens, odeurs, sèves, sang, corps, fascinante chronologie de l’âme errante guidée par les rythmes viscéraux. Mémoire. La Ville de Montréal lui attribue le Grand Prix littéraire, reconnaissance importante qui situe Joël Des Rosiers dans le club véritable où ses écrits le portent, son œuvre est traduite sur tous les continents, de nombreuses thèses lui sont consacrées.

Nous situons l’écrivain dans la tradition des prêtres dahoméens du Vaudou au Pays Fon. Divinateur et intermédiaire entre les dieux et les humains. Prêtre ou prêtresse, officiant de la Parole, du Verbe qui soigne. Joël Des Rosiers dissèque, n’est-ce pas son métier ? Désireux volontaire ou en vertu d’un rêve secret, se relier à une Tradition, une pratique ancestrale d’accoucheur du merveilleux et de guérisseur des corps-esprits, le poète Des Rosiers trouve dans l’écriture une zone d’expansion naturelle de sa personnalité.

Univers de l’harmonie, la poésie réconcilie les pôles de tension, ceux que voient les autres, les non-initiés. Joël Des Rosiers vogue dans cet univers sublime, jongleur habile au firmament des sons. Il se trace une voie, sentier de l’incantation vers les rives terribles du royaume des divinités.

ÉMILE OLLIVIER

Émile Ollivier
Émile Ollivier

Bientôt trente cinq ans de vie au Québec, l’enseignement joint constamment à la gymnastique de l’écriture, un passionné de la vie. Sociologue, docteur et professeur agrégé titulaire spécialisé en éducation, militant de la formation et de l’alphabétisation de celles et ceux qui sont les témoins au service des professeurs des adultes. Emile Ollivier rayonne grâce à sa personnalité et à son souffle patient, déterminé, compétent et perspicace.

Le disque, le théâtre de la vie, l’engagement social, la recherche et les publications universitaires, des conférences sur tous les continents, des honneurs aussi. Tous mérités. Mais encore et toujours, Émile Ollivier invente un style de vie, celui d’un exilé, observateur mieux équipé que les résidents car lui, le nomade de l’intelligence, apparaît aux non-initiés comme un sédentaire tranquille. Émile Ollivier est un révolté serein. Je le crois jeune et combattant au long cours. Chantre de la liberté. Les romans les plus importants sont des jalons sur sa route d’écrivain : Paysage de l’aveugle (1977), Mère solitude (Albin Michel, Paris, 1983), La Discorde aux cent voix (Albin Michel, Paris, 1986) qui remporte le premier prix 1987 du Journal de Montréal, Passages (Hexagone, Montréal, 1991) qui lui vaut le prestigieux Grand Prix littéraire de la Ville de Montréal, Les Urnes scellées (Albin Michel, Paris, 1995), Mille eaux (Gallimard, Paris, 1999).

Président de l’Institut canadien d’éducation des adultes (ICEA), membre de la Commission canadienne de l’UNESCO, Chevalier de l’Ordre national du Québec, porte-parole national de la semaine sur la citoyenneté, membre du Conseil de la langue française, membre du Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal, Prix Carbet de la Caraïbe, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française, invité au Salon du livre de Paris.

« …car la vie est un royaume d’ombres et le Temps nous hante. Ne regardez pas les personnages, ils ne font que passer sur la scène mais leurs gestes sont éternels. Ne vous interrogez ni sur l’époque ni sur la durée. Dites-vous seulement qu’un jour, c’est arrivé. » extrait de La discorde aux cent voix, page 15. Désormais, comme déjà, Emile Ollivier, Sage, à son corps défendant, présente une autorité si naturelle qu’elle en devient encore plus imposante. Pourtant il demeure ce lutteur magnifique aux prises avec la vie qu’il ne cesse d’apprécier et d’aimer.

DANY LAFERRIÈRE

Dany Laferrière
Dany Laferrière

Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, publié en 1985. Tout un titre, celui de son premier roman, plus tard adapté au cinéma et traduit pour faire un succès superbe aux États-Unis. Dany Laferrière traçait son scénario de départ pour une carrière qui attirait ainsi l’attention avec tous les ingrédients de la curiosité, de l’humour, de la dérision et une façon de mettre en boîte une société dont les réflexes, les choix, les jugements et tous les préjugés s’alignent automatiquement sur les plus bas dénominateurs communs. L’écrivain Dany Laferrière se situe au point de convergence d’une volonté d’être respecté dans le présent, pour ce qu’il est, en faisant ce qu’il aime le plus, écrire et en même temps, brandir aux yeux des « obtus » le flambeau de leur propre ignorance.

Dany Laferrière est d’abord le réalisateur de sa composition, celle à laquelle il rêve. Il est précis : sur la pochette de Faire l’amour avec…, celle des Éditions J’ai lu, nous lisons « Des fantasmes, ce n’est pas ce qui manque dans la tête de ce jeune Noir. Assis devant sa vieille Remington 22, il rêve de gloire littéraire en écrivant son chef d’œuvre, Paradis du dragueur nègre. Chester Hines est son maître; le sexe, sa religion. Toutes les Miz de Montréal rêvent de s’envoyer en l’air avec un nègre. ». En 1987 sur la couverture de son deuxième roman Eroshima, une affirmation Montréal est sa ville où il puise joyeusement son inspiration et où il cultive frénétiquement son jardin imaginaire en attendant la Bombe parmi les gens qu’il aime ou qu’il admire le plus.

Avec L’odeur du café en 1991, Dany Laferrière, publie un récit, 200 pages. Les manipulateurs de ce qu’on appelle les médias disaient que l’écrivain devenait un personnage médiatique, une façon mesquine de nuire à l’auteur. Ce récit sur son enfance, sur le temps de l’innocence. L’écriture est coupée en angles comme les crochets courts et puissants du boxeur champion du monde Félix Trinidad dit Tito. Jamais deux sans trois. Le quatrième livre est un roman Le goût des jeunes filles, publié en 1992.

Désormais c’est de Miami que Dany Laferrière écrit. La distance nécessaire, le recul stimulant et fécond qui définit les contours de l’autonomie et permet, depuis la Floride, pour lui, une proximité avec un contexte d’inspiration et un univers effervescent. L’envol vers des horizons plus larges se dessine en 1993 avec un cinquième livre, un roman Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit? « Je voulais faire quelque chose de différent des autres… » dit l’auteur dans le livre. L’année suivante Chronique de la dérive douce La quarantaine un texte de poésie et de réflexion. 1996, Pays sans chapeau un roman chez un nouvel éditeur, fini VLB, maintenant c’est Lanctôt. Dany Laferrière en est à son huitième ouvrage. « Ce que je peins, c’est le pays que je rêve. Et le pays réel? Le pays réel, monsieur, je n’ai pas besoin de le rêver. ». La chair du maître, en est le titre plus de 300 pages. 1997.

Depuis, la consécration, une notoriété gagnée, une verve solide et cette hargne sereine du marathonien du verbe. Vivant, habile et sachant manier l’humour, Dany Laferrière brille par son esprit pétillant et une imagination chatoyante toujours renouvelée. Original, intelligent, il vit de l’écriture car c’est son oxygène.

ANTHONY KAVANAGH

Anthony Kavanagh
Anthony Kavanagh

C’est en 1989 que le tout jeune Anthony Kavanagh remporte avec brio le titre des Auditions nationales Juste pour rire, la foule est en délire et croule de rire. Le sujet : le racisme. En quelques minutes il explose avec un talent, une présence sur scène communicative et attendrissante. Son énergie est gratifiante, son regard sur la société réaliste, juste et pourtant prophétique.

Tel le plus brillant des « porteurs de ballon » professionnel ou à la manière des « jabs » de Mohamed Ali, ANTHONY KAVANAGH, véritable torche olympique de l’humour, porte le rire et communique la joie, le désir de dépassement, la force de vivre, de ville en ville, de spectacle en spectacle. L’ouragan Kavanagh à la radio Les Midis fous de CKOI, l’émission Cent Limites, comédien dans Super sans plomb, animateur de son propre show ( 65 émissions en direct) au quotidien et Anthony, Le Festival juste pour rire dont il est la révélation en 1992. Il passe à toutes les émissions des télévisions francophones et anglophones canadiennes en 1995-1996 et 1997, Anthony Kavanagh fait la première partie de Julio Iglesias et de Natalie Cole, se produit au Comedy Club New-Yorkais et remporte un concours devant 600 comédiens anglophones pour une série sur le réseau ABC puis, deux tournées pancanadiennes avec Céline Dion, ensuite, une participation au Festival de l’humour de Cologne (Allemagne), la première partie des spectacles de Céline à Bercy et au Zénith de Paris.

Dès 1998, Anthony Kavanagh apprivoise l’Europe, 138 spectacles du One man Show KAVANAGH au théâtre Trévise de Paris, les émissions culturelles et de variétés : Taratata, La Fureur, Ça sa discute, Drucker, Les années tubes, Nulle part ailleurs, quatre spectacles à guichets fermés à L’Olympia de Paris (1999). Tous les records sont battus en un temps record, il devient le premier de chez nous à atteindre un succès aussi foudroyant outre-Atlantique, il tourne en Belgique, en Suisse et revient en France en 2000.

Avec générosité et un charisme qui stimule les autres, Anthony Kavanagh donne du temps et de l’argent, mais surtout appuie des causes sociales : La marche du club 2/3, l’International juste pour jeunes, La Fondation Diane Hébert pour le don d’organes et la Fondation québécoise de la migraine et des céphalées. La scène est son univers, son lieu d’expression, il s’y révèle, en paroles parfois caustiques, mais aussi comme chanteur et « bruiteur » capable des performances qui font que nous le comparons à Henri Salvador et Louis de Funès ensemble, un cocktail tonifiant qui se déchaîne et touche aux sommets de l’art. Les facettes multiples du talent de KAVANAGH, les performances sublimes d’efforts physiques et de prouesses verbales et intellectuelles dont il a le secret témoignent largement de sa classe, hors du commun.

NORMAND BRATHWAITE

Normand Brathwaite
Normand Brathwaite

Depuis sa sortie du Cégep Lionel Groulx en 1977, où il était entré pour faire de la production plutôt que du théâtre, Normand Brathwaite qui avait été repéré par ses professeurs et orienté en interprétation théâtrale, a défié constamment les énormes préjugés sociaux qui se dressaient devant lui et il a su imposer son talent. Ligue nationale d’improvisation et théâtre expérimental avec Robert Gravel et Jean-Pierre Ronfard, puis, je m’en souviens encore, un rôle à la télévision (1978-1982) Chez Denise dans la série de Denise Filiatrault; Normand est tout de suite adopté par le grand public.

Doté d’un charisme exceptionnel, intelligent et très humain dans ses contacts avec les autres, Normand Brathwaite paraît faire tout ce qui touche au spectacle avec une facilité déconcertante : musique, animation à la télévision, jeu sur scène, radio, cinéma. Cette aisance, le sourire, voire le rire conquérant qu’il communique, sa souplesse physique, le tonus que je qualifierais de tonus africain qu’il dégage, font chaque fois l’étonnement de tous. Normand Brathwaite est un bourreau de travail, un homme organisé qui semble vivre à un rythme étourdissant.

Après plus de vingt ans de succès remarquables à la télévision : l’Ingénieux Don Quichotte, les jeunes délinquants, Pop citrouille, Peau de banane, 101 avenue des Pins, Samedi de rire, 15 ans d’animation de la soirée de gala du Festival juste pour rire, la conception et l’animation depuis 1988 (Radio-Canada) du Gala des Prix Gémeaux, de 1988 à 1994 (à Radio-Québec), l’émission Beau et chaud (avec l’orchestre des Téteux avec qui il enregistrera un disque et fera une tournée en 1993) l’animation au quotidien (à Télémétropole,TVA) de Piment fort, les publicités des Producteurs de lait et de Réno-Dépôt, Normand Brathwaite est au sommet de sa carrière.

Ce jeune homme qui fait son chemin de manière superbe est l’animateur, depuis près de 10 ans de l’émission radiophonique la plus écoutée du matin Yé trop de d’bonne heure sur la station en modulation de fréquence la plus populaire du Québec, CKOI-FM. Depuis 1988, Normand Brathwaite a remporté des dizaines de prix : Prix Gémeaux du meilleur animateur, de la meilleure série de variétés, Prix du Multiculturalisme, le trophée Métrostar du meilleur animateur d’émissions de jeux et quizz…preuves de la reconnaissance du « milieu ».

Par son originalité, son génie de l’animation et sa personnalité, Normand Brathwaite a créé, développé et institué un standard, un style. Cette innovation qui lui revient a permis à toute une génération de nouvelles et de nouveaux en animation, surtout à la télévision, de pouvoir exister dans le « métier » et de s’y tailler une place. La manière Brathwaite est incontournable dans l’univers des médias, c’est d’abord une synthèse, une approche professionnelle faite de rigueur. Personne mieux que Normand l’incarne, pour tous il est un modèle car il a de l’influence, surtout auprès des jeunes, mais aussi auprès des vrais professionnels qui sont assez sûrs d’eux pour lui rendre hommage. Bravo Normand.

ZAL IDRISSA SISSOKHO : VIRTUOSE DE LA KORA

Zal Idrissa Sissokho est devenu depuis 2007, après la mort à l’âge de 80 ans du Djeli Boubacar Diabaté, LE spécialiste de la harpe-luth africaine, de la kora, instrument-témoin de la civilisation mandingue, Zal Idrissa Sissoko est devenu le plus en vue sur le continent canadien et l’héritier de fait et de droit en la matière.

Regardez Zal Idrissa SISSOKHO sur RéussirTV

Porteur et responsable de la conservation autant que de la diffusion du patrimoine social, historique, musicologique et des codes traditionnels, héritage des communautés, nations et cultures qui ont traversé et marqué de leur sceau des ères entières de civilisation en Afrique subsaharienne surtout, le Djeli (dans ce cas le Korafola) est à la fois sociologue, musicien, historien et ambassadeur légitime. Homme de culture et œuvrant en solitaire ou membre d’un collectif voué à une mission de défense et de promotion des valeurs traditionnelles, il est, par essence, agent de communication sociale.

Détenteur des douze clefs du mandingue, le griot, ou Djeli (jali), passé maître dans l’art de la parole, conservateur des « secrets plusieurs fois séculaires », il est le noyau le plus expressif (scientifique et pédagogue) de la dynamique globale de la « mémoire » au sein de la société et interprète privilégié du répertoire classique. Nous pouvons ainsi mieux situer la trajectoire de formation et d’apprentissage, mais encore l’éthique de création et d’interprétation, en un mot la place qu’occupe Zal Idrissa Sissokho dans la lignée historique et culturelle qui est la sienne : dépositaire de l’histoire impériale, mais aussi déclencheur des émotions par sa maîtrise de l’instrument de musique qu’est la KORA, libérateur des forces affectives et, fonction, chantre et musicien hors-pair.

Habité d’une force métaphysique et artisan appartenant au clan des gens de parole, conseiller inséparable des rois, le jali, selon Ousmane Huchard Sow, Ph. D, anthropologue, muséologue et musicologue de grande renommée, exerce « à côté de ses tâches de maître de cérémonie à la cour royale, des fonctions de précepteur des princes. Le jali était aussi l’homme courageux, maître de la parole, qui était là pendant les expéditions dangereuses et sur les champs de bataille avec son instrument de musique, pour raviver l’ardeur guerrière des troupes et faire retrouver à certains leur courage défaillant… Seul le jali jouissait du privilège de pouvoir parler franchement et sans détour au roi, souvent avec habileté grâce à sa grande maîtrise du verbe, à des images poétiques et des mélodies sensibles. »

Ambassadeur, médiateur, tel est aujourd’hui, au sein de notre vie sociale et culturelle canadienne, québécoise et montréalaise, Zal Idrissa Sissokho. Pour lui, « l’artiste peut faire passer des messages parce qu’il a une tribune lors des spectacles. Parce qu’il parle de manière sensible, il a la possibilité de toucher les gens et de les faire réfléchir sur ce qui se passe autour d’eux. Contrairement au politicien qui a un intérêt partisan, l’artiste est libre d’offrir son opinion aux spectateurs, par ses paroles et sa musique. »

Interrogé sur son sens de la communauté et son engagement social et communautaire, il reste discret.  Nous l’avions souvent vu offrir temps, talent et se retrousser les manches, motiver les jeunes, mais encore prendre part gracieusement à des spectacles qui aident les jeunes de la rue, contribuent à amasser des fonds pour des œuvres de coopération et permettent aux décrocheurs de retrouver les bancs de l’école. L’ayant eu à l’usure, il finit par admettre : « Je participe à des spectacles bénéfices dont les causes touchent au domaine humanitaire, tels les jeunes musiciens du monde, les artistes contre la faim. Comme artiste professionnel originaire du Sénégal, il est naturel pour moi de m’impliquer, de donner de mon temps. Je le fais pas seulement comme artiste, mais comme citoyen du monde. »

DIGNITÉ

Une dizaine d’années de participation à notre vie culturelle lui ont permis de collaborer avec plusieurs artistes, professionnels comme lui : « Toutes les collaborations m’ont marqué. Mais principalement celle avec Dan Bigras pour le show du refuge. Cet homme investit beaucoup de lui-même pour donner de la dignité aux démunis, à ceux qui sont dans le besoin. Et c’est tout à son honneur.

Les causes qu’il défend sont aussi les miennes. L’inégalité sociale vient me chercher dans le plus profond de moi-même. Le monde irait mieux si tous les humains sur cette terre avaient quelque chose à se mettre sous la dent. »

Le Festival international de Jazz de Montréal, Les Francofolies, le festival Mémoire et racines de Joliette, le festival international Nuits d’Afrique, le festival des musiques du monde en plus de jouer à Fès au Maroc au Festival des musiques sacrées, à Pratto en Italie pour le Festival Musiques du monde et de nombreuses tournées dans l’Ouest canadien, des concerts au Québec et en Ontario, deux séjours importants comme musicien à Las Vegas au cœur de la production spectaculaire « O » du Cirque du Soleil, une année 2008 soulignée par sa participation au Conseil des arts de Montréal en tournée, avec son orchestre Buntalo en plus d’une douzaine de concerts dans le réseau des maisons ou centres culturels sur l’île de Montréal.

Du tonus à en revendre, une mélodie qui stimule, des notes qui perlent et vous habitent, telle est la puissance et la grâce des créations de Zal Idrissa Sissokho : rythme, sons ancestraux et cadences actuelles, notes magiques qui tantôt coulent, tantôt explosent, mariées aux autres accents de la savane, des rivages africains et, désormais, de nos saisons nordiques. La musique de Zal, comme il se fait appeler par ses fans, est celle d’un artiste complet, solide, sérieux et sympathique. Énergie calme et assurance professionnelle, il vit, deux fois plutôt qu’une, la joie profonde que confère la paternité ajoutée au soutien de sa conjointe, artiste elle aussi et mère comblée.

Zal  Idrissa Sissokho est engagé dans une dynamique de combat pour plus de justice, pour une société qui puisse profiter au mieux des atouts que lui procure la diversité et milite, surtout, avec Diversité artistique Montréal et ses partenaires que sont Musique Multi-Montréal, pour enfin faire émerger une production culturelle représentative de la diversité du milieu professionnel. Il est encore plus précis : « Beaucoup de projets me travaillent particulièrement celui de faire un documentaire portant sur la réalité de ce que les immigrants, mais surtout les Africains, vivent en Occident. En ce moment, les médias montrent une image inexacte des deux continents : une Afrique pauvre, toujours plus pauvre et un Occident où tout le monde est riche. Moi, pour avoir vécu aux deux endroits, je veux montrer que ce n’est pas la vérité vraie. Pour la reconnaissance des artistes de la diversité, il faudrait une plus grande accessibilité aux salles de spectacle, une plus grande présence à la télé et à la radio. Ce serait beaucoup plus facile pour nous de se faire connaître. »

Un CD Silaba, avec quelques titres qui sauront vous amuser :  « spagne silaba ,,, Sénégal,,,  Sanou merci », lancé à la mi-février 2008, un calendrier qui se meuble au fil des mois, une reconnaissance méritée qui ouvre une nouvelle zone d’enrichissement du patrimoine canadien, une notoriété croissante qui plante ses racines dans le sanctuaire de la diversité culturelle authentique, autant d’atouts qui constituent les meilleurs augures d’un avenir ouvert et fastueux pour le virtuose canadien de la kora.