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Archive for the ‘Asie du sud et de l’est’ Category

GIAP, LE GÉNÉRAL MEURT À 102 ANS

04 oct

deux articles publiés dans Le Monde vendredi 4 octobre 2013.

Deux avant la bataille décisive de Dien Bien Phu, le journaliste Jean Lacouture dressait déjà, le 5 décembre 1952, dans les colonnes du Monde, le portrait du général vietnamien, mort vendredi 4 octobre 2013, à l’âge de 102 ans.

En février 1946, Vô Nguyen Giap était ministre de l’intérieur du gouvernement présidé par Ho Chi-Minh depuis six mois. Il apparaissait déjà comme le meilleur lieutenant du vieux leader et les journaux vietminh de Hanoï le montraient constamment aux côtés du « président Ho ». Un mois plus tôt il avait « fait » des élections qui donnaient au Vietminh 90 % des voix et une écrasante majorité à la Chambre populaire.

L’homme fort » du régime ne s’imposait cependant pas d’emblée au visiteur qui voyait entrer dans le grand salon de l’ancien résident supérieur au Tonkin, un petit homme de trente-cinq ans environ, mince, un peu voûté ; le large visage coupé de lèvres épaisses aurait paru banal n’étaient le front énorme qui le dominait et les yeux un peu globuleux, mais brûlant d’un feu soutenu. La voix douce se faisait brusquement rugueuse, et le très bon français du leader communiste reprenait alors le rythme sautillant de l’accent vietnamien.

Nous avions naturellement parlé des possibilités d’insérer une indépendance vietnamienne dans la communauté française. Giap dit, abaissant à demi les paupières, et cachant mal une passion sans limite (à Saïgon, un de ses camarades l’avait défini devant nous : le « volcan sous la neige ». Oui, ou le machiavélien romantique) : « Si les conditions sur lesquelles nous ne transigerons pas, et qui peuvent se résumer en ces deux mots : indépendance et alliance, ne sont pas acceptées, si la France est assez myope pour déclencher un conflit, sachez que nous lutterons jusqu’à la mort, sans nous laisser arrêter par aucune considération de personnes, par aucune destruction… » Déjà le petit homme au grand front avait cessé de faire penser à un étudiant « bûcheur », mais dix jours plus tard, le 7 mars, c’est encore un tout autre homme qui se dressait sur le balcon du théâtre de Hanoï, saisissant à pleine main le micro, devant plusieurs dizaines de milliers de Hanoïens venus entendre expliquer par les leaders du Vietminh « pourquoi nous avons traité hier avec les Français ». Le large visage, vu de loin, prenait une puissance léonine. Et la voix, enflée par le micro, une intensité surprenante. Ce fut un tribun populaire, railleur d’abord, et puis violent, d’un cynisme étonnant, qui retourna la foule indécise. Il avait fondé son argumentation sur les nécessités tactiques, parlé de « simple pause », et donné Brest-Litovsk en exemple.

Il n’aima pas beaucoup se l’entendre rappeler, six semaines plus tard, lors de la conférence de Dalat. Chef de la délégation du Vietminh, il luttait pied à pied contre les arguments de la délégation française, dont le conseiller militaire était le général Salan. Dans la pénombre d’une chambre du Lang-Biang Palace, Giap s’expliquait : « J’ai parlé de Brest-Litovsk ? Peut-être. N’y voyez pas de duplicité… Mais nous nous tenons sur nos gardes. J’ai vu les forces de Leclerc. Comment ne tenteriez-vous pas de consolider vos positions ? C’est dans la logique des choses. Il nous faut donc, de notre côté, tenir le peuple en alerte. La lutte est devenue pacifique, à l’intérieur du cadre du traité. Mais elle continue… » Quelques jours plus tard, la lutte diplomatique, menée de part et d’autre avec intransigeance, conduisait la conférence à l’échec. « C’est un désaccord cordial », nous glissait Giap dans un demi-sourire. Trois mois plus tard on comprenait ce que Giap entendait par « dans le cadre du traité »…

Vo Nguyên Giap, intelligent, cultuvé et parmi les meilleurs stratèges du XXe

Le désaccord est devenu sanglant, et le diplomate ironique de Dalat est depuis cinq ans le général Giap, commandant en chef des forces armées du Vietminh, l’homme qui a décidé le massacre de Hanoï du 19 décembre 1946 et qui tient en échec depuis lors les meilleures troupes de l’Union française.

UNE EXISTENCE IMPITOYABLE

Il est né en 1911 à An-Xa, petit village de la province de Quang-Binh, dans le Nord-Annam. Son père cultivait un petit terrain et sa mère tissait la toile. Malingre, l’enfant apprit néanmoins de son père, petit lettré, les caractères chinois. Au collège de Hué il se fit remarquer à la fois par sa passion pour la poésie et son adhésion aux doctrines du vieux révolutionnaire Pham Boï-Chau, rentré depuis peu en Indochine et dont les pamphlets nationalistes enflammaient une partie de la Jeunesse.

Il organisa des grèves d’étudiants, fonda un journal manuscrit et collabora bientôt au Tieng Dan (La Voix du peuple), dirigé par un leader nationaliste déjà célèbre, Huynh Tuc-Hang (qui devait d’ailleurs lui succéder au début de mars 1946 comme ministre de l’intérieur du Vietminh). Entré à 19 ans au parti communiste, il était bientôt arrêté.

Écouter le documentaire « Giap, un mythe vietnamien », diffusée dans l’émission Interception de France Inter en mars 2012.

Quand trois ans après Giap sortit de la prison de Hué, ses parents ne trouvèrent plus les moyens de le nourrir. Il gagna Hanoï, où un professeur du lycée, M. Dang Thaï-Mai, futur leader vietminh, l’hébergea et le prépara au baccalauréat. Il devenait bientôt le précepteur des jeunes frères de son professeur, puis épousait leur sœur. Étudiant en droit, Giap collaborait au journal Le Peuple.

En 1939, lors de l’interdiction du parti communiste, il échappa à une perquisition. Mais plusieurs de ses amis et sa femme étaient arrêtés. Il ne la revit pas. Elle devait mourir en prison, deux ans plus tard (et l’on ne peut oublier cet épisode tragique dès qu’il s’agit de définir Giap, homme de passions totales…). Il réussit à gagner la Chine. Quand il arrive à Yun-Nan-Fou, à trente ans, Vô Nguyen Giap est déjà l’une des trois ou quatre meilleures têtes du PCI (Parti Communiste Indochinois) En décembre 1944, désigné par le « Tong Bo », ou comité central du parti, Giap revient, le premier parmi les leaders du Vietminh, dans la haute région tonkinoise pour prendre le commandement de petits groupes de guérilleros qui luttent d’abord avec une certaine efficacité contre l’administration française et qui, se retournant ensuite contre les « Japs », permettront au Vietminh de se targuer plus tard d’une « résistance » antijaponaise dont le caractère symbolique ne pouvait échapper à l’état-major nippon.

Mais la carrière militaire de Giap est commencée…

L’HOMME DE GOUVERNEMENT

Un tandem unique, le visionnaire HO et le maître des stratégies militaires et de la négociation

Avec Ho Chi Minh, en 1950.

Dans le premier cabinet Ho Chi-Minh, Giap reçoit non le portefeuille de la guerre, mais celui de l’intérieur, celui de l’  » ordre révolutionnaire « . Sa poigne évitera à Hanoï les horreurs de massacres tels que ceux qui le 2 septembre ensanglantèrent Saigon. Mais elle s’appliquera bientôt à une épuration dont les nationalistes non communistes seront les nombreuses victimes.

Entre tous les leaders vietminh, Giap s’impose bientôt comme le  » politique  » par excellence, face aux théoriciens formés à Moscou et aux extrémistes de culture chinoise tels que Ha Ba-Kang, Ho Tung-Mau et Tran Huy-Lieu. Il est alors l’homme des compromis et des coalitions, de la tactique de  » front national « , d’autant plus opportune qu’en France le tripartisme est au pouvoir. Il est aussi tout simplement le plus intelligent et sera l’un des artisans de l’accord du 6 mars 1946 : reconnaissance de fait du gouvernement Ho Chi-Minh et de la  » liberté du Vietnam au sein de l’Union française « .

Le début de la conférence franco-vietnamienne de Fontainebleau marque son apogée politique : Ho Chi-Minh est parti pour la France, et c’est Giap, nommé entre temps président du comité de défense, qui prend en main, pour ne plus les abandonner, les responsabilités fondamentales. Dans son Histoire du Vietnam de 1940 à 1952, Philippe Devillers a résumé cette phase des relations franco-vietnamiennes et de la carrière du leader communiste en ce titre d’un chapitre : « Giap forge ses armes ». Quatre mois plus tard il était en mesure d’opposer à l’ultimatum de Haïphong d’autres menaces et de les mettre à exécution. Qui définira jamais la part exacte des responsabilités dans le déclenchement du coup de force du 19 décembre 1946 ? On pense généralement que c’est Giap qui l’imposa à un Ho Chi-Minh malade et déçu.

La guerre s’ouvrait. Et le président du comité de défense, devenu généralissime, prenait le maquis et devenait le premier maître à bord. A la radio désormais sa voix allait alterner avec celle du président – encore que depuis deux ans l’un et l’autre aient dû souvent céder le pas au secrétaire général du « Parti ouvrier », Doang Xuan-Khu, ou à Truong Chinh, l’un des premiers compagnons d’exil de Giap.

LE STRATÈGE

Le « général » Giap allait-il égaler le militant, le tribun, le diplomate ? Dût-on susciter sa colère, on verra en lui le Trotski de la révolution vietnamienne. Chez lui l’organisateur domine naturellement le stratège, et depuis deux ans le premier a peut-être porté tort au second. Car certains mettent au passif de cet étonnant chef de guerre deux fautes importantes : l’acceptation des grandes batailles et la création de vastes unités régulières, divisions comprises. Les deux erreurs sont liées : grandes unités lourdes en vue de grandes batailles. D’où renoncement à la tactique plus  » payante  » de guérilla généralisée. Mais la faute essentielle de Giap ce fut, selon l’un des meilleurs observateurs de la guerre du Vietnam, un « péché d’orgueil ». Lorsque le général de Lattre fut envoyé à Saigon, Giap prononça à la radio une étonnante allocution : « Les Français viennent d’envoyer à l’armée populaire un adversaire digne d’elle. Nous le battrons sur son terrain. » Et ce fut Vinh-Yen, la première grande bataille de la guerre, les vagues d’assaut des hommes noirs jetées sur les mitrailleuses françaises, une hécatombe. Deux fois encore, à Dong-Trieu et à Ninh-Binh, Giap allait renouveler son défi à de Lattre. Deux fois ses meilleurs régiments remontèrent décimés vers la montagne ou les collines calcaires qui surplombent au sud la rizière du delta. Hanoï s’éloignait de Ho Chi-Minh.

À 65 ans en 1976, l'homme est au meilleur de sa performance

Mais en dépit d’erreurs de conception, surprenantes chez ce réaliste, on convient volontiers dans les milieux militaires qu’il a souvent fait preuve d’une véritable habileté manœuvrière, et que l’offensive sur Ninh-Binh notamment révèle un authentique chef de guerre. C’est néanmoins par l’emploi de la guérilla que Giap fait peser sur ses adversaires la plus lourde menace. Et non seulement la guérilla militaire, mais aussi la politique. Sur ce dernier plan le jeu qu’il mène est d’une virtuosité déconcertante : il sait choisir le moment favorable, l’opération la plus gênante pour ses adversaires, la plus impressionnante aussi pour l’opinion publique de Hanoï, de Saigon ou de Paris. Politique, propagande et stratégie sont en chacune de ses actions constamment liées.

La guerre totale, dont il a donné le signal voilà six ans, il la mène avec une rigueur de leader communiste et de chef de guerre asiatique. « … Nous ne nous laisserons arrêter, disait-il, par aucune considération de personnes, par aucune destruction. » Giap a tenu parole.

Jean Lacouture

Il restera dans l’histoire l’un des grands chefs de guerre du XXe siècle, le seul àavoir successivement défait la France et tenu tête aux Etats-Unis d’Amérique. Le général Vo Nguyên Giap est mort vendredi 4 octobre à l’âge de 102 ans.

La prise du camp retranché français de Diên Biên Phu en mai 1954 et la chute de Saïgon en avril 1975 demeurent les faits d’armes de ce leader au calibre exceptionnel : autorité personnelle, génie de la logistique, tacticien hors pair. Ces succès, indéniables, font du général Vo Nguyên Giap le dernier d’une lignée de grands stratèges vietnamiens qui, au fil des siècles, ont barré avec succès la route du Sud aux Chinois après les avoir chassés de leur sol. Pour sa part, Giap a largement contribué à faire échouer le retour des Français au Vietnam et, dans la foulée, en pleine Guerre froide, à casser la relève que voulaient assurer les Américains.

Né le 25 août 1911 dans un village du Vietnam central, issu d’une famille de modestes lettrés, Giap a vécu sa jeunesse dans une atmosphère de nationalisme militant : démêlés avec la Sûreté française, dont deux années en prison, de 1930 à 1932. Il passe son bac (français) en 1934, puis enseigne l’histoire et le français à Hanoï, au lycée Thang Long, creuset de militants anticolonialistes. En 1937, à l’époque du Front populaire, il adhère au PC clandestin vietnamien.

Dès lors, son itinéraire est tracé. En mai 1940, en compagnie de Pham Van Dông, futur premier ministre (1954-1986), Giap se rend en Chine pour y rencontrer, pour la première fois, Hô Chi Minh, fondateur du PC en 1930. Il a épousé en 1939 une militante originaire de la même province que lui, qui lui a donné un enfant en 1940. Il ne la reverra jamais : peu de temps après son départ, elle est arrêtée par la Sûreté française. Vicieusement torturée, elle meurt en prison, dit-on, en se suicidant. Giap ne l’apprendra que quelques années plus tard.

FASCINÉ PAR BONAPARTE

Au Lycée Thang Long, à la veille de la seconde guerre mondiale, ses élèves l’avaient surnommé « le général » ou bien, plus précisément, « Napoléon ». Si Giap s’est nourri des expériences de ses illustres prédécesseurs qui, au fil des siècles, ont infligé de cinglantes défaites aux envahisseurs chinois, il a aussi étudié dans le détail les campagnes de Bonaparte. Les premiers lui ont appris l’art d’utiliser le terrain, de s’adosser à la cordillère indochinoise, d’assurer ses arrières, d’attirerdans des pièges ses adversaires.

Dien Bien Phu, de son PC il dirigea les batailles qui furent un échec pour l'armée française

Des tactiques de Bonaparte, Giap a retenu en particulier « l’effet de surprise ». En ce qui concerne Diên Biên Phu, nous a-t-il raconté un demi-siècle plus tard, « le chef de nos conseillers chinois s’était prononcé pour une attaque rapide » du camp retranché français situé dans une plaine limitrophe du Laos. L’attaque est fixée au 25 janvier 1954, à 17 heures, soit peu avant la tombée de la nuit. A la dernière minute, Giap s’accorde un délai supplémentaire de 24 heures. Puis il « donne l’ordre de retirer les troupes, y compris l’artillerie «  » La décision la plus difficile de ma carrière de commandant en chef ».

Pourquoi ? « Pour attaquer, j’ai attendu d’entendre à la radio le général Navarre déclarer que la marée Vietminh est étale… », nous a-t-il expliqué. Navarre est alors le chef du corps expéditionnaire français en Indochine et c’est lui qui a décidé d’établir un camp retranché proche de la frontière entre le Laos et le Vietnam pour y attirer les divisions du Vietminh. « Etale », répète Giap en souriant. « Et je suis passé à l’action ! » Le 23 mars. Le PC du général de Castries, commandant du camp retranché, sera occupé le 7 mai, moins de deux mois plus tard.

Giap nous a également rapporté le développement suivant. Quelques semaines avant l’ultime « offensive générale » communiste qui se terminera avec la capitulation de Saïgon le 30 avril 1975, la rade stratégique de Danang, dans lecentre du pays, est encerclée par les troupes communistes. « Le gouvernement de Saïgon, celui de Nguyên Van Thiêu, a donné l’ordre au chef local, le général Ngô Quang Truong, de tenir ‘jusqu’à la mort’. Je donne l’ordre à la division 312 d’attaquer Danang. Son commandant me répond : ‘L’ennemi est assez fort, jevous demande sept jours’. Je lui dis : ‘Je prévois que Ngô Quang Truong va seretirer par la mer. Combien de temps lui faudra-t-il ?’ ».

>> Ecouter le cinéaste Pierre Schendorffer sur le général Giap, dans l’émission « Cinq colonnes à la une », en 1964.

« Au moins trois jours », finit par lui répondre, en communication radio, le chef de la 312. « Alors, je vous donne trois jours. Ordre est donné aux troupes de se déplacer en plein jour, de descendre la RN1. Vous serez bombardés par l’artillerie de la marine adverses, mais cela n’est pas grave », dit Giap. « Ainsi, a-t-il poursuivi, non seulement la poche de Danang est réduite mais nous avons disposé de plusieurs divisions supplémentaires pour l’attaque finale de Saïgon »« Je leur ai simplement dit : ‘foncez sur Saïgon !’ ». Une fois de plus, l’effet de surprise, la « concentration des troupes »« l’audace », voilà ce que Giap a également retenu de son analyse des campagnes de Bonaparte (il ne parle pas de Napoléon Ier, l’empereur, le politique, qui le fascine nettement moins).

CONFIANCE TOTALE DE SES LIEUTENANTS

Créée seulement à la fin de seconde guerre mondiale, l’armée du Vietminh s’exécute sans broncher. En 2004, à notre grand étonnement, Giap s’est exclamé : « Le retour de l’île d’Elbe, c’est formidable ! », dans une allusion aux troupes royales envoyées par Louis XVIII pour barrer la route à l’empereur et qui, au lieu de le faire, se rallient à ce dernier. Pour Giap, c’est un clin d’œil aux rapports qu’il a établis avec ses propres lieutenants : ils lui obéissent au doigt et à l’œil, ils lui font une totale confiance.

Giap s’est également avéré un génie de la logistique. Il nous a rappelé un jour la formule utilisée par Bonaparte lors de la campagne d’Italie« Là où une chèvre passe, un homme peut passer ; là où un homme passe, un bataillon peut passer ».« A Diên Biên Phu, avait-il poursuivi, pour livrer un kilo de riz aux soldats qui menaient le siège, il fallait en consommer quatre pendant le transport. Nous avons utilisé 260 000 porteurs, plus de vingt mille bicyclettes, 11 800 radeaux, 400 camions et 500 chevaux ». Sous protection d’une forêt dense, les pièces d’artillerie du Vietminh ont été démontées pour être acheminées sur les collines qui surplombent le camp retranché, où elles ont été réassemblées.

Toutefois, dans le domaine de la logistique, la réalisation la plus étonnante a été, dans les années 60, la « piste Hô-Chi-Minh », immense dédale de pistes abritées dans la jungle et de boyaux qui descendent du nord vers le sud en empruntant le sud laotien et le nord-est cambodgien afin de contourner le dispositif de défenseaméricain dans le Sud. Une « voie à sens unique », diront plus tard les bô dôi, les bidasses nord-vietnamiens. Mais les Américains ne parviendront jamais à coupercette ligne de ravitaillement – hommes, munitions, matériels, chars, blindés – même en recourant à des bombardements massifs, aux défoliants, aux parachutages de centaines de milliers de mines et de pièges anti-personnels.

L’AUTORITÉ DILUÉE D’HÔ CHI MINH

Toutefois, personne n’est prophète à domicile et Giap en fera l’amère expérience. Père d’une indépendance qu’il a proclamée le 2 septembre 1945 devant une foule enthousiaste d’un million de gens à Hanoï, Hô Chi Minh a toujours dû composeravec les éléments intransigeants qui dominent le politburo du PC vietnamien. Apartir du milieu des années 60, son autorité se dilue. Il devient une icône sans grande influence plusieurs années avant sa mort en 1969. Le général Giap perd son principal point d’appui.

Giap honoré et conscient de sa place dans l'histoire u Vietnam

Entre Giap et Lê Duân, éternel secrétaire général du PC, le torchon brûle dès 1966, à telle enseigne que, quand les communistes attaquent une centaine de villes du Sud en 1968 – la fameuse offensive du Têt –, Giap a été envoyé enEurope de l’Est. Il ne sera rappelé au commandement en chef, avec tous pouvoirs, qu’en 1972 pour organiser avec succès la défense du Nord, notamment de Hanoï, contre les terribles bombardements aériens américains auxquels participent les B-52, forteresses volantes.

La victoire de 1975 place Giap sur la touche, à l’exemple d’autres stratèges vietnamiens, jugés trop brillants et trop influents pour ne pas être dangereux. Ce fût notamment le cas, au début du XVe siècle, de Nguyên Trai, fin lettré et grand général, condamné à l’exil intérieur pour ne pas faire d’ombre à son empereur, Lê Loi.

En 1976, année de la réunification officielle du Vietnam, Giap perd le commandement des forces armées. Quatre ans plus tard, le ministère de la défense lui est retiré. Lors du Ve Congrès du PC, en 1982, il n’est pas réélu au bureau politique. En public, Giap ne dit jamais rien et continue d’avoir recours à la langue de bois du communiste discipliné. On le montre aux anniversaires des victoires et ses propos sont censurés. Il lui arrive de passer des mois sans apparaître en public. La propagande officielle lui refuse même la reconnaissance du rôle décisif qu’il a joué dans la victoire de 1975, en transformant, de main de maître, le repli des troupes du Sud en débâcle.

Ecouter le documentaire « Giap, un mythe vietnamien », diffusée dans l’émission Interception de France Inter en mars 2012.

Quand Lê Duc Tho – l’un des ténors du noyau dur du PC et le vis-à-vis de Henry Kissinger lors des négociations de Paris – s’éteint en 1990, Giap tente dereprendre en mains le parti. Mais sa tentative, à l’époque de l’effondrement du Mur de Berlin, fait long feu. Au cours d’un débat à huis clos du Comité central du PC, un délégué lui arrache même des mains un micro, selon le général Pham Xuân Ân (1927-2006). En 1996, Giap est chassé du Comité central et perd, six mois plus tard, son portefeuille de vice-premier ministre en charge de superviser l’économie.

RETOUR SUR LA SCÈNE POLITIQUE

Puis, le temps fait son œuvre, de nouvelles générations de dirigeants se mettent en place, l’information circule plus librement avec le développement exponentiel de la Toile. Giap est toujours là. Il retrouve des coudées plus franches. Comme il a gardé toute sa tête, il en profite pour dire de temps à autre son mot. C’est le cas lorsqu’éclate, en 2009, la controverse sur l’exploitation par des Chinois des énormes gisements à ciel ouvert de bauxite sur les hauts plateaux du Sud.

Les Français, puis les Soviétiques, avaient refusé de le faire, de peur de provoquerun désastre écologique. Giap écrit son hostilité à ce projet à deux reprises au bureau politique. Il connaît le dossier : il était encore ministre, en charge de l’économie, quand, au début des années 90, les experts soviétiques sont venus établir leur rapport. La campagne contre l’exploitation de la bauxite place le gouvernement sur la défensive et le contraint à des ambitions plus modestes.

Devenu centenaire en 2011, très affaibli physiquement, souvent sous perfusion et hospitalisé, Giap ne s’est pratiquement plus manifesté. Entre-temps, comme tous les Vietnamiens qui ont mené une vie censée être exemplaire, Giap a commencé, de son vivant, à faire l’objet d’un culte. Il est en passe de devenir un génie tutélaire. Pour ne pas être de reste, le gouvernement a décidé, en 2012, de lui consacrer un musée.

Hô Chi Minh a eu un réflexe de génie. Quand Giap est allé le rejoindre en juin 1940 dans le sud de la Chine, il n’était âgé que de 29 ans et n’avait aucune formation militaire. Comment le révolutionnaire déjà chevronné – l’oncle Hô avait alors la cinquantaine – a-t-il deviné que le jeune militant avait l’étoffe d’un grand capitaine ? Hô lui a confié la formation des forces d’autodéfense puis la fondation de l’armée populaire vietnamienne. Dès 1948, il en a fait un général de corps d’armée, rang que Giap occupait encore le jour de sa mort.

Jean-Claude Pomonti

 

VERTIGES SUBLIMES ET COULEURS DES SAISONS INTIMES

01 nov

Photo Nathalie Fontaine

Le livre contient une cinquantaine de poèmes mis en harmonie en deux sections. La première, Vertiges sublimes, la moins longue, met en valeur les charmes de la beauté sous toutes ses formes, beauté des rimes, beauté des mots et la puissance de l’évocation de nos liens avec la nature intime des êtres et le bonheur que nous procurent la musique et les rythmes.

Nos regards en union
Avec la paix

Nos regards en harmonie
Comme la paix.

Toucher au coeur de nos êtres
Fil de paix

Toucher unique de la rencontre
Émotion de paix

Toucher de promesse fertile
Sentiment de paix.

Quand se retrouvent les corps
Dans le bain de la paix

Quand se resserrent les liens
Sur la trame de la paix

Quand se restaurent les âmes
Sous le nuage de la paix.

Union prémonitoire
Union providentielle
Union prénuptiale.

La lune est complice du soleil
Nous sommes côte à côte
Une réalité magique
Cette aventure unique de la paix.

Fleurs de mai, Chant, Flûte, Exil, Sonate ultime, ces titres disent combien la douceur du verbe et cette force mélodique de la poésie de notre collègue, sont devenus une marque spécifique de l’artiste qui unit son inspiration africaine, son amour des mots de la langue française et la présence palpable et constante de la musique, intime parente des mots.

Accords entre les principes naturels
Et les actes humains
Le cœur et la tête
L’esprit
Et la force vitale

Le plexus solaire
En fond de médiastin

Au centre de l’être
Le reflet de l’équilibre

Miroir parfait

La vie primaire
Respire au rythme des océans

La terre, le feu, l’air.

Fusion dans le métal de l’avenir
Où pousse la gerbe des astres?

Mais dans la poésie de Yves Alavo, une action lyrique où les couleurs sont fortes, les thèmes
comme l’amour, la beauté unis :

Éphémère parfum.

Tour en surface

Langue qui coule
Près du sexe.

Pores épanouis
Forte sensation
Tension
Plaisir
Explosion.

Ambre
Et rouge
Doux chatouillement
Bleu
Et jaune.

Éclat de hanches

Lumière du vertige
Flexible, flou, fort.

Fusée de tendres
Baisers
Pluie de paix.

La deuxième partie du livre est consacrée Couleurs des saisons intimes à notre vie canadienne et québécoise, une vie qui se déroule aux pas des saisons, avec cette magie sans cesse renouvelée, année après année :

Le vent est présent
L’eau de l’étang brille de mille scintillements.

Lumière des regards amoureux

Lumière jaune des reflets intimes

Lumière verte des branches sensibles

Lumière bleue des baisers savoureux

Lumière transparente des caresses sensuelles

Lumière rouge des étreintes émouvantes

Lumière blanche des souffles vitaux

Lumière noire des fureurs rebelles.

Se laisser porter par le vent
Flotte des esprits touchés
Courant doux des vagues célestes.

Une section assez enracinée dans notre vie culturelle et dans notre histoire artistique. L’auteur y a intégré les hommages à plusieurs institutions qui ont changé notre métropole, mais aussi l’univers international de la vie culturelle et qui agissent au cœur de la lutte pour l’affirmation et la reconnaissance de notre vision du monde. Le festival international de poésie de Trois-Rivières, le centre d’art OBORO, pour leurs 25 années et Le Montréal arts interculturels pour ses 10 ans d’existence. Des textes qui se comprennent quand on connaît le dévouement de l’auteur pour les arts et la culture et surtout pour un meilleur statut des artistes.

Dans cette partie du livre le chant de nos saisons et de la nature magnifiée prennent toute la place, douce musique à écouter. Pour plus de nostalgie saisonnière :

ÉTÉ JAUNE

Soleil de dignité
Été des lumières
Sur les plages de nos hanches
Brillent les élans sensuels.

Sur la pointe des feuilles
Il brille.

Ce matin, le soleil est jaune
Les éclats de l’été
Explosent
Sur les lèvres du ciel
Au matin sublime
Les yeux, yeux aussi explosent.

Brillance des rayons
Rayons propulsés par l’amour.

Cette écume des lueurs
Aux clartés estivales
Jaunit sans cesse.

Lumière de juin
Chaleurs de juillet
Maturité d’août.

Cette lumière de l’été
Taille nos regards et nos émotions
Jaune rayonnant et infini.

Très important aussi, une révolution a marqué les années 2000, l’élection d’un fils de l’Afrique et de l’Amérique à la tête des États Unis. L’auteur rend hommage à la lignée de personnes qui ont, tant ici qu’ailleurs, permis cet avènement. Lisez donc dans ce livre le poème La vague bleue :

À Barack Obama
Front commun du Kenya et du Kansas
Chevalier d’un mouvement de démocratie participative
Solidarité à la base
Des forces vives de la communauté
Tissu social sur la trame des ferments syndicaux

Force motrice de l’immense vague bleue
Qui rassemble des jeunes et des vieux,
Des riches et des pauvres,
Des démocrates et des républicains,
Des Noirs, des Blancs,
Des Hispaniques, des Asiatiques,
Des Amérindiens,
Des homosexuels, des hétérosexuels,
Des handicapés et des non-handicapés.

L’année 2008 marque
Un moment historique
Près des deux tiers (64,1 %) des électeurs
Ont participé
Au scrutin national,
Un taux inégalé depuis 1908.

Notes biographiques sommaires de Yves ALAVO

Monsieur Yves Alavo provient du milieu universitaire et des médias, diplômé en philosophie, journaliste professionnel et titulaire d’une maîtrise en communications de l’Université de Montréal. Il est auteur de nombreux ouvrages sur les questions de la diversité culturelle et collabore depuis plusieurs décennies à des publications dans le domaine socioculturel.

Poète il a publié Bleu de lune et soleil d’or chez Christian feuillette éditeur, il a reçu en novembre 2008 le Prix de l’Association québécoise des professeurs de langue française (AQPLF) et de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL). Un autre ouvrage, Vertiges sublimes et couleurs des saisons intimes, sera lancé mardi 9 novembre 2010 à la Maison de la culture Ahuntsic.

Après la fonction publique provinciale (Commission des droits de la personne, Immigration et communautés culturelles), il a travaillé sur la scène internationale sous l’égide de la société Radio-Canada, avec Journalisme en démocratie pour le perfectionnement des journalistes professionnels des médias écrits et électroniques (techniques de recherche, méthodes d’entrevue, éthique et déontologie). Depuis dix ans, il œuvre à titre de conseiller au sein de la fonction publique municipale (Ville de Montréal) où il a travaillé aux relations interculturelles et au Développement culturel. En juin 2009 il entre au Service du Développement et des opérations en soutien à la Coordination en biodiversité.

Yves Alavo vient de recevoir, le 22 juin 2010 un diplôme d’honneur de l’Université de Montréal (Faculté des arts et des sciences) en appréciation et pour célébrer sa réussite professionnelle et sa contribution de façon exemplaire à l’avancement de la société.

 

TCHOÏ, CHOON-HEE KIM

17 août

Choon Hee Kim, Agathe Tchoi est connue dans la communauté coréenne, c’est une personne qui déploie ses talents dans la vie communautaire et l’organisation d’événements. Elle enseigne le Français aux immigrants et se situe dans un engagement social et religieux.

Des études de doctorat de troisième cycle, titulaire d’un diplôme de littérature française contemporaine, diplômée en phonétique, autant d’études approfondies à La Sorbonne de Paris en France. Dévouée à la pratique de la langue française depuis plus de trente ans dont les vingt-six dernières au Québec, professeur, interprète, présentatrice à la Radio Internationale de Séoul (Corée) et ici au canal communautaire coréen de Montréal, Choon Hee Kim travaille aussi comme « pigiste » à titre de traductrice et d’interprète pour la plupart des services publics provinciaux (Palais de Justice, les Cours municipales) et fédéraux (Immigration, police). Professeur de littérature française dans une université coréenne de confession protestante elle avait la vie dure comme catholique et femme mariée dans un campus dont la direction était plus favorable aux femmes célibataires; des irritants et des conflits qui ont pesé dans la balance lors de son départ de la Corée.

Journaliste, à partir de Montréal, pour le Korea Times, critique littéraire et auteur de nombreux essais, Mme Tchoi a aussi traduit (du Français au Coréen) de nombreux ouvrages, des monographies et des autobiographies. Mais, c’est surtout sur le plan de la vie sociale et communautaire, notamment via son engagement religieux, elle est religieuse séculière, Tertiaire Franciscaine et conseillère pastorale du Diocèse du Grand-Montréal, Choon Hee Kim est engagée.

Mme Tchoi a deux enfants avec son époux, un ingénieur civil (consultant en génie industriel pour SNC-Lavalin) originaire de la Mandchourie ( ville de Harbin) où il était lieutenant-colonel, fils d’une famille riche. Les pays où ont vécu ses parents lui ont permis de parler le Russe, le Chinois, le Japonais. Il est revenu en Corée a seize ans. En arrivant à Montréal, c’est son mari qui a eu le coup de foudre car il retrouvait ici le climat et la beauté nostalgique de sa Mandchourie natale.

Choon Hee est très fière de ses deux enfants, « Leurs choix de carrières se sont faits plutôt en fonction des valeurs de compassion, d’engagement, de solidarité et de générosité qu’en recherche de profit, d’argent et de gloire commerciale ». La fille, l’aînée (27 ans), est éducatrice spécialisée auprès d’enfants autistes à Boston aux Etats-Unis où elle est mariée. Le garçon (24 ans), est spécialiste en activités sportives et de plein air avec une dimension touchant l’environnement et l’écologie. Il est animateur d’un centre de conditionnement physique à London en Ontario. Il intervient aussi auprès des jeunes en difficulté, à titre de bénévole.

Son action est motivée par l’exemple de son mari. « Je n’ai pas cherché à faire carrière en venant ici car avec l’éducation des enfants sans aide de la grande famille restée en Corée, je suis devenue travailleuse autonome, ma vie a changé et j’ai surtout mis l’accent sur l’engagement social et communautaire. Pour moi, je ne cherche pas la réussite professionnelle. Ma foi est prioritaire et représente un axe autour duquel je structure ma vie, ma mission est de jeter des ponts entre notre communauté et toutes les composantes de notre société. Une des réalisations dont je suis fière, c’est la création de l’église coréenne catholique de Montréal en 1978, mais aussi lors de la consécration cardinalice de Mgr Jean-Claude Turcotte au Vatican, j’ai été choisie, par le fruit d’un tirage au sort, pour l’accompagner. Nous avons une communauté catholique de 700 membres (L’Église Ste Elizabeth de Portugal dans le quartier St Henri) dont en moyenne 300 participent régulièrement aux offices hebdomadaires. Nous organisons des événements, comme des concerts dont les profits vont être envoyés à une mission dirigée par un prêtre franciscain, coréen américain, pour les réfugiés venus de Corée du Nord et qui souffrent de la famine ».

Dans un monde qui devient de plus en plus « petit » à cause de la proximité et de l’instantanéité que créent les moyens de communication, Mme Tchoi appelle les Québécois à ouvrir encore plus largement leurs horizons « Retrouvez vos racines car sans elles il n’y a pas de vie possible, mais faites la vie dure aux préjugés. Nous devons être fidèles à nos sources comme le montre le documentaire sur le Canada, une histoire populaire ».

 
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MILTON TANAKA

17 août

Animateur social et organisateur communautaire, spécialiste des communications et des affaires culturelles, consultant du Fonds Japon-Canada pour le Conseil des arts du Canada. Il maîtrise cinq langues (français, anglais, japonais, portugais et espagnol).

Formé en sciences sociales à l’Université de Sao Paulo au Brésil, Milton Tanaka y a suivi des cours en production théâtrale, précisément à l’École nationale d’art dramatique de Sao Paulo, Brésil (1982-1983). Au Japon, il est l’élève du Maître Kazuo Ohno à Yokohama, il apprend la danse moderne Butoh de 1986 à 1988. Milton Tanaka fréquente aussi l’Institut Nichibei de Tokyo où il s’initie à l’économie japonaise (Nikkei Shimbun) de 1991 à 1995. A Montréal, Milton Tanaka étudie aux HEC en vue d’obtenir une maîtrise en administration (MBA).

Artiste et organisateur, maîtrisant presque tous les arts de la scène, Milton Tanaka, issu de la communauté japonaise du Brésil a été le coordonnateur de la production scénique du Centre national des Arts à Sao Paulo au Brésil de 1983 à 1985. Puis il voyage aux pays des ancêtres, le Japon, où durant deux ans de 1986 à 1988, il travaille au Théâtre national Kokuritsu Gekijo de Tokyo comme assistant en production de scène. Puis, il organise des défilés de mode et dirige les relations de presse du Issey Miyake Design Studio de Tokyo au Japon de 1988 à 1990. Les six années suivantes (1991 à 1996), l’ambassade du Canada à Tokyo, lui confie la direction des expositions, des spectacles et de toutes les foires commerciales.

Arrivé à Montréal (1996-1997), il trouve à ses talents polyvalents des événements comme le Festival des films du monde, le Festival des films FANTASIA de Montréal, le Festival international du Nouveau cinéma et des nouveaux médias de Montréal. Il est coordonnateur des délégations asiatiques (Japon, Chine, Corée) et suprême diversité, son côté lusophone, il est né au Brésil, lui permet d’être le porte-parole de réalisateurs du Portugal et du Brésil pour toutes les manifestations des événements cinématographiques dont nous venons de parler.

Agent culturel et responsable de la programmation des expositions, il dirige aussi les activités culturelles du Jardin et du Pavillon japonais au Jardin botanique de Montréal (1998-1999). Milton Tanaka participe et apporte un concours remarquable au Festival du patrimoine asiatique de Montréal, il y est assistant administratif et consultant en développement de la promotion ainsi que pour les événements artistiques. Au cours de l’année 2000, Milton Tanaka a travaillé comme consultant pour le Conseil des arts du Canada, s’occupant de développer des projets à dimension culturelle entre le Japon et le Canada, financés par le Fonds Japon-Canada.

Méthodique, passionné au point d’apparaître perfectionniste, Milton Tanaka veille aux aspects les plus précis des événements qui servent à en évaluer la qualité et le professionnalisme. La mise en scène, les présentations des artistes, la pureté du son, l’ordonnancement et même le protocole des cérémonies, Milton Tanaka y veille, agit, suit, intervient, véritable homme-orchestre entre les intervenants techniques, les artistes et le public. Dans de telles circonstances, Milton est comme un danseur de ballet, agile, souple, rapide, tout roule. Il monte sur scène faire les présentations allant d’une langue et traduisant les propos d’une vedette et s’exprime dans une autre langue, il peut jouer ainsi au moins sur cinq claviers en parallèle.

L’engagement communautaire, le bénévolat sont des constantes dans la vie de Milton Tanaka : coordonnateur de 1982 à 1986 du Centre Ponkan Brésil-Japon, membre fondateur de l’Association des Québécois et Amis du Québec à Tokyo, Japon de 1994 à 1996. A Montréal, il coordonne les expositions et les « performances » du NAN (Réseau d’artistes canadiens-japonais de Montréal). Ses prises de position sont réfléchies, notamment en ce qui concerne les relations entre les médias et les minorités dites « visibles », il analyse : « L’impact des communautés ethnoculturelles sur les deux sociétés d’accueil que sont le Québec français et le Canada anglais est un phénomène encore peu compris par la majorité des réseaux de diffusion qui sont administrés, selon le concept de deux nations fondatrices. La solution à envisager ne semble pas être d’établir des quotas… mais des mécanismes d’appui à la production (thèmes, scénarios) pour que les minorités visibles se trouvent davantage concernés par les contenus des médias ».

Milton Tanaka reste optimiste en ce qui à trait à l’avenir des relations entre majorité et minorités au Québec sous l’angle essentiel du pouvoir des médias : « Sa période initiale d’affirmation culturelle passée et atteignant, actuellement, sa maturité comme société distincte, le Québec a besoin de la contribution des immigrants comme source de renouvellement de sa croissance et de sa compétitivité. Reste à voir si les médias de communication de masse, miroirs de la société, accompagneront ce défi ». Grand voyageur, Milton Tanaka a visité tous les pays de l’Asie, la Nouvelle-Calédonie, la Russie, plusieurs pays européens, l’Australie, le Mexique, L’Argentine, le Brésil natal bien sûr et Cuba. Les années qui viennent se présentent pour lui, comme plusieurs personnalités jeunes de différentes origines, en espaces d’expansion qui devraient les conduire vers une participation encore plus importante à la vie publique, civique et socio-politique ici pour le bénéfice de notre société.

 
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MICHAEL FUKUSHIMA

17 août

Depuis seize ans, ce jeune et brillant réalisateur qui débuta en dirigeant son entreprise Paperfilms Animation à Toronto, travaille dans la création d’œuvres d’animation et façonne de nouveaux espaces pour le déploiement de l’interactivité. De 1990 à 1996 Michael Fukushima est directeur du Studio d’animation à l’Office national du film du Canada à Montréal. En 1996, Michael Fukushima se rapproche plus directement de la création, il est réalisateur et responsable de l’animation au Studio de l’interactivité pour les enfants de l’Office national du film, bureau de Montréal.

Cet homme se dévoue entièrement à vivre en harmonie à un point tel que lorsque nous lui posons la question quant à sa motivation, sa réponse est immédiate: «Ma raison d’être dans le cadre de mon engagement communautaire et professionnellement en tant que réalisateur à l’ONF, se traduit en deux mots-clefs: l’accessibilité et le transfert de compétence (mentoring). Je me consacre à faire en sorte que l’avenir soit meilleur pour les personnes intéressantes et créatives. Je fais tout pour les aider en mettant des moyens à leur disposition afin qu’ils puissent donner toute leur mesure». Il est très explicite en ce qui concerne le volet communautaire de son action:«En 1988 quand il y a eu l’entente sur la reconnaissance historique des dommages fait à la communauté japonaise par le Canada, un moment important de transition venait modifier la dynamique de notre communauté. Cette entente s’est traduite par un Fonds compensatoire du gouvernement canadien versé à la communauté canadienne japonaise. Cela nous a permis de mieux nous prendre en main et de produire un modèle pour toutes les autres communautés qui veulent obtenir la reconnaissance publique des injustices historiques vécues par leurs membres. Le rôle de ma communauté a été de relever le défi afin de créer des possibilités pour les chefs de file des générations montantes».

Professionnellement, Michael Fukushima est cohérent, «Mes objectifs professionnels sont similaires à mes objectifs sociaux, d’abord faire disparaître la perception que l’ONF est un milieu fermé. Mon travail consiste à donner des chances aux artistes qui sont créatifs, qui ont du talent et des idées, ils doivent pouvoir s’exprimer à L’ONF. Mes réalisations ont permis de faire en sorte que nous produisions des films qui ont gagné des trophées qui ont fait la réputation de l’ONF, au Canada et sur la scène internationale. Nous avons ainsi bâti l’excellence en matière de création sur un patrimoine construit pendant 60 années. Je suis un contact pour les personnes des minorités qui veulent découvrir l’Office national du film».

Depuis 1988, Michael Fukushima est président pour la section québécoise de l’Association nationale des canadiens japonais et membre de l’exécutif national de l’association. Il dirige le Fonds national de développement de l’association, il est aussi le co-fondateur du Réseau des artistes d’origine japonaise de Montréal NAN (Nikkei Artists Network in Montreal), il siège sur le comité de direction du Bulletin mensuel du Montreal Japanese Canadiian et il a été membre du comité canadien d’évaluation de l’année de l’Asie Pacifique.

Il s »exprime sur la communauté japonaise de Montréal « J’ai réussi, je pense à assurer que, pour une communauté relativement petite (2500 personnes), nous ayons un taux d’activité qui fasse que nous sommes présents sur la scène publique et que nous sommes reconnus, au quotidien, pour ce que nous faisons et pour notre sens de la loyauté et notre engagement qui font que nous atteignons nos objectifs. Notre communauté est en profonde mutation. 94% des unions se font désormais avec des personnes non-japonaises. Cela signifie que sous peu, nous ne pourrons plus nous identifer sous le couvert de l’appartenance ethnique, mais nous allons plutôt le faire en fonction des réseaux que nous créons et de la pertinence même de notre communauté. Ainsi nous devrons sans cesse nous remettre en question afin d’actualiser notre identité ». Son analyse est tout de même gonflée d’optimisme : « Depuis 1949, nous sommes perçus comme une communauté modèle, bien intégrée, très mobile, matériellement avantagée. Cela ne devrait pas changer dans un futur proche si nous continuons à ne pas dormir sur nos lauriers. J’espère que nous continuerons à être reconnus pour notre engagement social et communautaire, mais encore pour notre intégration dans la société et notre tolérance ».

 
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LUCILLE CHUNG

17 août

Jamais, au Canada, au Québec, à Montréal où elle est née, nous n’avions eu, pour une artiste, les joies, les honneurs, le plaisir et toute cette vague d’admiration et la passion sublime pour Lucille CHUNG, comme l’écrivait en 1991 le critique Claude Gingras : la ravissante enfant a joué avec une netteté et une musicalité prodigieuses. En effet, elle n’a que 10 ans quand, jouant pour ses débuts avec l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), à l’invitation de Charles Dutoit, elle se révèle immédiatement comme une soliste hors pair.

En 1989 (16 ans), Lucille Chung joue, soliste de rêve, pour tous les concerts de la tournée asiatique de l’OSM. Ce qui nous comble d’admiration dans le jeu de la pianiste, c’est : la souplesse de son phrasé manuel, le jeu passionné et plein de touches construites sur un raffinement dont la source est un don précieux de musicalité et, par-dessus tout, cette force magnifique de concentration qui confère à son jeu, une expression originale et un rythme unique qu’elle imprime aux œuvres qu’elle recrée pratiquement dans ses interprétations.

LA REINE LUCILLE, le seul titre qui lui sied, et que spontanément lui donnent, de par le monde, les mélomanes sur tous les continents. Elle est au piano, dans la vie, dans tous les concerts, l’artiste prodigieuse qui joue avec tous les grands orchestres canadiens, ainsi qu’avec les meilleurs des grands ensembles internationaux. Mesurez-vous réellement le niveau et la classe très exceptionnels du talent de Lucille Chung?

Sa feuille de route est déjà remarquable : elle s’est produite avec les Virtuoses de Moscou et l’Orchestre de Philadelphie. Nous avons pu l’entendre avec les chefs d’orchestres tels que Krysztof Penderecki et Vladimir Spivakov. Elle a donné des récitals au Kennedy Centre à Washington, D.C., au Concertgebouw à Amsterdam et au Ford Centre for the Performing Arts à Toronto. Elle a aussi joué en Allemagne, au Pays-Bas, en Belgique, en France, en Italie, en Espagne, en Autriche, en Hongrie, en Russie, en Lithuanie, en Slovaquie, au Japon, en Corée et au Brésil.

Lucille Chung est diplômée du Curtis Institute of Music et de la Julliard School, où elle a été l’élève de Seymour Lipkin. Elle a étudie aussi avec Karl-Heinz Kämmerling au Mozarteum de Salzbourg. En 1997, Lucille Chung a obtenu le Konzertexam Diplom de la Hoschule für Musik « Frantz Liszt » de Weimar alors que son professeur était Lazar Berman. Actuellement elle se perfectionne à L’Accademia Pianistica « Incontri con Maestro » à Imola en Italie. Mentionnons que Lucille Chung est vraiment polyglotte, elle parle couramment le Français, l’Anglais, le Coréen, l’Italien, l’Allemand et le Russe.

Reconnue dans l’univers international de la haute culture et de la musique sans frontières, Lucille Chung s’est vite fait un nom. Elle remporte dès 1989 le Premier prix du Concours international de piano Stravinsky. En 1992, elle décroche le deuxième prix et un prix spécial au prestigieux Concours international de musique de Montréal. L’année suivante elle reçoit, de manière très exceptionnelle, pour l’authenticité et l’immensité de son talent, de ses efforts et de ses performances, le Prix d’excellence du Gouverneur général du Canada. En 1994, elle se fait remarquer en enlevant le deuxième prix du Premier concours international Frantz Liszt de Weimar.

Année faste en 1998, Lucille Chung brille plusieurs fois par la maturité de son jeu, l’assurance de sa coordination oculaire et manuelle, une exécution raffinée et tramée de passion pure et une élégance pleine d’émotion. Elle est première aux concours internationaux dont : les concours de Pescara, Pinerlo et Rivera del Conero et obtient une nomination pour un Prix Opus pour son enregistrement des concerti de Mendelssohn publié sous le « label » Fonovox-CBC/Radio-Canada. En 1999, elle s’affirme avec brio, vigueur et séduction. La sonorité de ses touches et la virtuosité maîtrisée de son jeu de doigts précis et fluide lui valent le Prix Virginia Parker décerné par le Conseil des arts du Canada.

La saison 2000-2001 de Lucille Chung comprend plusieurs concerts comme soliste avec l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Charles Dutoit, l’Orchestre philharmonique de la Lorraine en France, le Windsor Symphony au Canada, d’autres prestations au Settembre Musica de Turin en Italie, à Winnipeg, Montréal, Québec au Canada. Elle enregistrera aussi, en solo, l’intégrale des Etudes de Ligeti et un programme complet de Scriabin sous étiquette Palexa. Trente concerts sont déjà dans son escarcelle, planifiés au Canada, au Japon et une première au Wigmore Hall en 2001-2002.

Lucille Chung joue avec une fraîcheur rare, son jeu est caractérisé par une liberté intérieure et une variété de nuances et de couleurs sonores ainsi que par une surprenante harmonie mélodique et une fluidité musicale que peu de solistes possèdent. Lucille Chung est en état de grâce au piano, joie sereine et méditation vibrante dans chaque note qu’elle place faisant vivre, comme une magicienne du trapèze, les œuvres les plus complexes. Lucille Chung est la pianiste du 21e siècle.

 
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HÛN BANG

17 août

Violoniste, consultant en musique, conseiller musical et artistique, concepteur d’événements, producteur de projets artistiques et administrateur Hûn Bang est le fondateur de l’Orchestre Métropolitain de Montréal. Virtuose du violon, Hûn Bang est le génie inventif des liens globaux qui se développent, depuis cinq ans surtout, entre la Corée et le Québec. Il est arrivé il y a trente ans, à l’âge de vingt-trois ans, au Québec. Son parcours est fait de réalisations impressionnantes, celles d’un homme d’action qui veut désormais: «créer des liens plus étroits entre les jeunes Coréens et les jeunes Québécois afin de consolider les amitiés par la musique et la culture et de faciliter leur intégration harmonieuse dans la vie québécoise. L’avenir de notre communauté est dans les mains de notre deuxième génération. Il est extrêmement important de les aider et de les guider afin qu’ils puissent exprimer pleinement leurs idées dans la société québécoise».

Voici campé le portrait, fait de touches multiples et sans cesse nouvelles, de Hûn Bang. A 17 ans, il est déjà primé comme jeune artiste de l’année de l’Ecole Supérieure des arts de Séoul en Corée. Cinq ans de vie à Paris en font un diplômé du Conservatoire de Versailles, de l’Ecole normale de musique de Paris et du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, des cours de violon, spécialisation en musique de chambre, avec de célèbres professeurs (Marcel Reynal, Pierre Nérini, Victor Gentil, Tony Aubin). Il passe ensuite un an comme boursier de l’Université de Hartford aux Etats-Unis (Hartt College of Music) et trois ans (1971-1974) dans la ville de Québec et à Montréal au Conservatoire de musique du Québec, il est violon-solo de l’orchestre du Conservatoire. Au cours de la même période, il poursuit son perfectionnement aux États-Unis (Aspen School of Music, Meadowmount School of Music) en France, comme boursier du Gouvernement français (Académie Internationale de Nice) et en Autriche (Académie de musique de Vienne).

Le violoniste a un palmarès immense, des créations, des interprétations qui lui ont permis de toucher les publics les plus variés sur tous les continents et surtout de mettre en valeur tant en musique classique qu’en musique contemporaine, les compositeurs et les musiciens québécois. Il a travaillé à l’Orchestre symphonique de Montréal, à l’Orchestre symphonique de Québec, à l’Ensemble de la Société de musique contemporaine du Québec, à l’Orchestre de Radio-Canada et aux Grands ballets canadiens. Il a aussi été le violoniste de Gilles Vigneault de 1973 à 1996. Il en parle, comme d’un ami, d’un frère «Nous avons fait ensemble des tournées, il m’a beaucoup appris, c’est mon grand frère. Cela m’est arrivé d’aller chez lui à St-Placide pour lui demander des conseils. C’est moi qui ai choisi de vivre au Québec. A New-York quand j’ai été au Consulat canadien, venant de Paris où j’avais connu mai 68, j’ai rencontré un Québécois qui n’en revenait pas de voir un « Chinois » qui parle français, ne sachant pas ce qu’est un Coréen. Jai donc connu après, octobre 70 à Québec».

La vision de son cheminement est claire «De 1979 à 1987 j’ai fondé l’Orchestre métropolitain où j’ai occupé le poste de directeur général, je l’ai mis sur la carte. Le jour de mes quarante ans je suis parti pour devenir adjoint au directeur artistique du Festival international de Lanaudière au cours des saisons 1988 et 1989. En 1987, j’ai participé au Asian Philharmonic Orchestra, au Japon à Tokyo; ce sont les premières chaises des meilleurs orchestres du monde qui jouent. J’ai pris conscience qu’après plus de vingt ans (23 ans exactement) je n’avais rien fait en Asie, je revenais à la source après avoir surtout fait beaucoup pour donner du travail aux jeunes Québécois et m’être consacré à la promotion des talents d’ici. Pendant 24 heures je suis donc retourné, à partir de Tokyo, en Corée découvrir un pays changé. J’ai repris contact avec des amis et je suis allé souvent en Corée au cours des années 1991 et 1992. Je me suis ainsi rendu compte que je pouvais faire quelque chose pour les jeunes Coréens qui vivent au Québec».

Depuis cette période, il a fondé et il est le directeur artistique de l’Orchestre des Coréens de Montréal (un orchestre à vocation éducative surtout), du Cercle des musiciens coréens de Montréal et de la Société culturelle Québec-Corée qui présente depuis l’automne 1997 la Fête de Tchou’Sok-Jé (Semaine culturelle coréenne à Montréal). La journée Tchou’Sok célèbre la moisson abondante et honore les ancêtres, c’est traditionnellement une période de réjouissance. C’est la plus grande fête coréenne qui date de plus de 2000 ans. Il explique le début et le sens de son engagement communautaire: «A cette époque j’ai pris conscience que je pouvais aider les jeunes Coréens et je me suis rendu compte qu’il y a plusieurs centaines d’enfants coréens adoptés par des familles québécoises et les jeunes de la deuxième génération de Coréens nés ici. Nous avons fait un rapprochement entre eux avec l’aide d’Enfants d’Orient pour donner aux jeunes l’occasion de mieux comprendre la diversité des communautés culturelles afin de mieux bâtir leur avenir en réalisant leurs rêves et leurs espoirs, avec fierté et en tant que citoyens à part entière de la société québécoise dans la joie et l’enthousiasme». Nous voyons dans cette intuition et à travers le dévouement de Hûn Bang sa volonté profonde de contribuer à l’intégration sociale et civique des jeunes, un levier solide de sa motivation pure.

Ce concepteur de projets a déjà à son actif des réussites superbes comme faire chanter Céline Dion en Corée (1997). Il a ouvert un nouveau marché pour les instruments du luthier Denis Cormier, en 1993 et c’est encore lui qui a lancé Kashtin. Il avance le dossier du Cirque du Soleil depuis quelques temps, il va réussir. Pour juin 2001, il prépare la première Semaine culturelle québécoise en Corée. «Je trouve qu’il y a deux peuples qui se ressemblent, les Coréens et les Québécois. Cette semaine est plus large que les arts, il y aura aussi l’économie, l’industrie etc…Son slogan est explicite sur sa personnalité rayonnante. Un visage lumineux et plein d’un éclat d’intelligence sans cesse en flamme : «Là où je travaille, j’ai besoin de la volonté de créer et de sourire».

 
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SZE-KIT YVONNE LO

17 août

Il y a six ans Yvonne Lo découvrait le bénévolat, à l’occasion de la 19e assemblée générale annuelle du Service à la famille chinoise du Grand-Montréal (SFCGM). En dehors de ses études, de sa vie strictement professionnelle, elle est déjà reconnue pour son dynamisme, sa vitesse d’adaptation et de nombreuses qualités dont le sens de l’organisation et une ponctualité de métronome. Le visage éclatant, le sourire intelligent, la pétillance à la fine pointe des pupilles, Yvonne Lo a un sens subtil de l’humour, elle est toujours en action, un temps d’avance sur les plus rapides. Diplômée du Collège Dawson en commerce après avoir terminé ses études secondaires à l’Ecole Mont-Royal en français, elle poursuit des études en gestion des systèmes d’information à l’Université McGill.

Comme sur un champ d’action immense, Yvonne Lo déploie ses talents en tant que bénévole effectuant de nombreux services administratifs au profit du Centre Man-Sau des aînés chinois de Montréal : mise à jour des listes et des coordonnées, planification des activités, réception des appels téléphoniques. Il y a quelques années elle fut l’organisatrice principale du Programme d’enrichissement d’été pour les enfants chinois de Montréal, âgés de six à douze ans. Elle y avait donné toute son énergie, planification des activités récréatives et surtout, pour elle développer des liens, une « bonne communication » entre les bénévoles et les enfants. Elle excelle, si cela se dit, dans tout ce qui touche aux relations publiques, elle est douée pour créer des contacts, pour mettre les personnes à l’aise, servir et aider les clients, établir des espaces de confiance, donner tout pour que tous soient heureux.

Mais s’il y a une personne qui est animée de détermination et dont l’enthousiasme communicatif la rend de plus en plus charmante et attachante, c’est Yvonne Lo. Elle trouve dans le bénévolat, en tant que responsable du Programme du développement du bénévolat ethnoculturel du Service à la famille chinoise du Grand-Montréal, le levier idéal qui lui permet d’utiliser ses connaissances en informatique pour solidifier la structure du département des bénévoles, monter des banques de données afin de faciliter l’action bénévole, créer un site web.

Par-dessus tout quand elle aura réussi ses diplômes dans ce domaine, l’informatique, elle va s’inscrire au cours intensif en travail social de McGill et ainsi réaliser son rêve : « Je veux devenir travailleuse sociale. Je suis heureuse quand je travaille pour la communauté, je réalise que je suis utile. En faisant ce que je fais, je pense que mes amis sont pour moi une raison de motivation et en même temps je sais que j’ai une influence sur eux car je vois que plusieurs participent aux activités communautaires. J’appartiens à la deuxième génération et nous n’avons plus la barrière linguistique, nous maîtrisons le Français, l’Anglais, le Chinois. Nous constituons un lien et un changement entre la façon dont nous vivons et celle dont nous sommes perçus. Je fais le pont entre les membres de la communauté qui sont unilingues et le monde dans lequel nous vivons qui est multilingue ».

Le choc des préjugés, la violence du racisme et toutes ces manifestations d’ignorance ou de méchanceté qui divisent les groupes sociaux, les communautés, Yvonne Lo ne comprend pas « qu’aujourd’hui encore, au siècle des communications et du village global il y ait encore du racisme. J’ai l’impression que les langues parfois sont un outil de rapprochement. J’ai travaillé à l’accueil au Service à la famille chinoise du Grand-Montréal et j’ai vu des personnes qui étaient emprisonnées dans les limites de la communauté faute de parler le Français ou l’Anglais. Bien sûr il y a une dimension économique, parler une langue donne accès au marché du travail et à l’espace public. Partant de mon expérience personnelle j’ai réussi à convaincre de nombreux aînés à faire l’effort nécessaire pour maîtriser les langues dites officielles et sortir de l’isolement ».

Pour toute une génération, cette jeune femme marquera fortement le monde de l’action bénévole. Elle découvre de nouvelles approches, invente sur la trame parfois ambiguë de la chaîne sur laquelle se tissent les liens communautaires, des modes d’intervention qui sont à la fois modernes et très professionnels. Yvonne Lo dit : Le bénévolat joue un rôle important dans ma vie parce qu’il me permet de découvrir tant de personnes extraordinaires et en même temps je me découvre moi-même, j’apprends qui je suis et porte un regard différent sur la communauté chinoise ».

 
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LE THU HA

17 août

Depuis 1975 au Québec, Mme Lê Thu Hà (née Nguyên Pham) est la fondatrice (1984) et la présidente de l’Association des femmes vietnamiennes. Diplômée en lettres et en droit elle a œuvré longtemps en traduction, en travail social et en relations publiques. Elle a aussi traduit, non seulement des documents officiels, mais de nombreux livres du français ou de l’anglais au vietnamien. Sa passion première, c’est d’être professeur de français pour les immigrants, personnes de toutes les origines. Elle tire son inspiration de ses étudiants, des milliers de personnes à qui elle donne des cours depuis 21 ans, dans un centre où elle est aussi la personne référence. Souvent son rôle consiste à conseiller à faire connaître le pays (Québec), la géographie, l’histoire, les structures sociales et administratives, les institutions et les personnes qui les font vivre.

Sa motivation elle la tire aussi de ses deux garçons dont elle est fière. Son engagement social est multiforme, il est caractérisé par la générosité avec laquelle elle ne cesse de contribuer avec les femmes à faire connaître les richesses culturelles du Vietnam à travers les spectacles de danses, de théâtre, de musique, les expositions, les activités culturelles en collaboration avec les municipalités du Grand-Montréal et celles de la Rive-Sud. L’Association des femmes vietnamiennes est un moyen pour les femmes de s’entraider, de développer des liens de solidarité et de soutien. Pour plusieurs d’entre elles, l’association représente un levier pour s’adapter et mettre en commun les aspects affectifs et plus personnels de leur vie et de celle de leurs familles.

Lê Thu Hà s’est forgée un rayon d’action à la mesure de son énergie; elle déploie des efforts étonnants d’aisance au milieu des adultes à qui elle enseigne le Français avec une compétence admirée de tous. Durant les pauses, elle est encore en train de répondre aux questions, d’apporter aide et de donner des conseils et des références aux nombreux d’étudiants à qui elle a donné le meilleur d’elle-même durant plus de deux décennies. Une vraie travailleuse sociale, attentive, compatissante, qui écoute avec une ouverture d’esprit remarquable. Le Thu Ha est enthousiaste et très épanouie dans sa vie comme dans tout ce qu’elle fait.

Les ambitions de Mme Lê Thu Hà ont l’ampleur du rêve qui l’habite : favoriser l’intégration des nouveaux citoyens par une adaptation dont les conditions de vie doivent être soignées dans les moindres détails. Les relations entre les personnes de différentes origines sont pour elle le signe d’une plus grande tolérance dans notre société. Elle nous donne les exemples de mariages entre de jeunes vietnamiens et des jeunes dont les parents sont venus des autres continents, comme un Vietnamien qui vient de se marier avec une fille originaire de l’Équateur, elle parle aussi de ses garçons dont les copines sont de diverses origines.

De plus, désormais, Lê Thu Hà a vécu la majeure partie de sa vie, presque les 2/3, au Québec. Trente trois ans d’expérience dans l’enseignement, au niveau collégial, dans les centres de d’orientation et de formation pour les nouveaux arrivés venant du monde, dans les classes du soir pour les adultes. Professeur de Français surtout, mais aussi d’Anglais et de Français, langue seconde, pour la titulaire d’un baccalauréat ès Lettres de l’UQAM (Langues : Français et Anglais) Lê Thu Hà se donne cœur et âme, elle a la vocation. Si les institutions et les « décideurs » pouvaient ouvrir leurs horizons et agir en fonction des compétences pour sélectionner les cadres, Lê Thu Hà serait déjà une des directrices de nos écoles secondaires ou un fonctionnaire de haut niveau au sein du réseau de l’éducation. Verra t-elle de son vivant cette réalité ?

 
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SINA PONG

17 août

Après avoir connu les horreurs du régime des communistes extrémistes et génocidaires dits des  » Khmers Rouges  » au Cambodge, la jeune fille qui est arrivé au Canada il y a 20 ans est un modèle d’engagement communautaire pour tous.

Diplômée et experte en comptabilité, domaine dans lequel elle s’épanouit professionnellement, depuis onze ans elle travaille chez Kin. Yun. Nguonly et Associés, des comptables agréés et conseillers en administration. Sina Pong met ses nombreux talents au service de la communauté, plus large, d’origine asiatique. Parmi ses engagements bénévoles : elle a été trésorière bénévole de l’Association Khmère du Canada. Elle est organisatrice d’événements pour ramasser des fonds destinés aux enfants malheureux du pays d’origine, elle est la principale ressource pour les nouveaux venus qu’elle aide à initier aux rouages de notre société et à qui elle fait découvrir les trésors touristiques du Québec. Sina Pong rayonne d’un enthousiasme contagieux.

Son parcours est rectiligne car les souffrances vécues au Cambodge sous la terreur des émules de Pol Pot ont, à jamais, façonné chez cette jeune femme une personnalité solide, généreuse, exigeante pour elle, à la limite de la perfection. Elle possède une force de caractère qui est l’emblème de ceux et de celles qui ont connu, comme elle, la perte de frères (3 assassinés avec leurs familles)et de sœurs, de neveux et de nièces. Dans son Cambodge natal, elle a traversé les pires atrocités.

Réfugiée au Québec à l’âge de 14 ans, avec ses parents et les survivants de la famille, elle apprend le Français à l’école et au Collège Rosemont et l’Anglais à l’Université Western à London en Ontario. Une vie très différente s’offre à elle. Sina Pong fonce dans l’espace ouvert pour construire une vie nouvelle dans un contexte où elle apprécie la sécurité d’une société pacifique. Le lieu de convergence et de diffusion, de rencontre et de maintien des traditions cambodgiennes, de l’école de langue Khmère du samedi, c’est la Pagode de Montréal (rue de Nancy angle Jean Talon) où ont lieu les offices religieux et les grandes cérémonies du Nouvel An, des fêtes de l’automne.

Ce qui fascine chez Sina Pong, c’est le naturel avec lequel elle vit ses engagements, comme en une symbiose avec l’exercice de sa profession « Nous faisons la comptabilité de plusieurs des commerces et des entreprises asiatiques de Montréal. Nos services couvrent l’ensemble des besoins administratifs, les déductions à la source, les aspects fiscaux, les impôts, mais plus; car nous faisons de la traduction de la langue khmère vers le Français et l’Anglais et l’inverse, nous expliquons les lois de l’immigration quand cela est nécessaire, nous agissons en organisant de véritables ponts entre nos clients, les institutions et toute la société montréalaise. Nous avons aussi des clients non-asiatiques« .

« Ma mère me dit toujours en faisant du bien tu vis plus heureuse et tu es utile à la société. La personne qui nourrit mon action par ses principes de vie, son exemple, c’est ma mère. Mes parents ont eu beaucoup de courage. Mon père était comptable et ma mère commerçante, aujourd’hui, ils sont à la retraite.« . Le visage de Sina Pong s’illumine en évoquant cette femme de plus de soixante ans que nous avons rencontré : concentration d’énergie et de sagesse, le visage buriné par la vie comprise et dépassée, malgré les souffrances, et cette fierté profonde que sa fille incarne.

Les sévices vécus, la guerre totale et le génocide du Peuple Khmère par les affreux rouges du régime de Pol Pot, Sina Pong y a puisé l’ouverture d’esprit et l’émouvante tolérance, valeurs fondamentales qu’elle veut partager, « Je fait de mon mieux chaque jour » dit-elle.

 
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