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Denis Coderre et Valérie Plante lors du débat organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, au Centre Sheraton

Denis Coderre et Valérie Plante lors du débat organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain Photo : Radio-Canada

GIAP, LE GÉNÉRAL MEURT À 102 ANS

deux articles publiés dans Le Monde vendredi 4 octobre 2013.

Deux avant la bataille décisive de Dien Bien Phu, le journaliste Jean Lacouture dressait déjà, le 5 décembre 1952, dans les colonnes du Monde, le portrait du général vietnamien, mort vendredi 4 octobre 2013, à l’âge de 102 ans.

En février 1946, Vô Nguyen Giap était ministre de l’intérieur du gouvernement présidé par Ho Chi-Minh depuis six mois. Il apparaissait déjà comme le meilleur lieutenant du vieux leader et les journaux vietminh de Hanoï le montraient constamment aux côtés du « président Ho ». Un mois plus tôt il avait « fait » des élections qui donnaient au Vietminh 90 % des voix et une écrasante majorité à la Chambre populaire.

L’homme fort » du régime ne s’imposait cependant pas d’emblée au visiteur qui voyait entrer dans le grand salon de l’ancien résident supérieur au Tonkin, un petit homme de trente-cinq ans environ, mince, un peu voûté ; le large visage coupé de lèvres épaisses aurait paru banal n’étaient le front énorme qui le dominait et les yeux un peu globuleux, mais brûlant d’un feu soutenu. La voix douce se faisait brusquement rugueuse, et le très bon français du leader communiste reprenait alors le rythme sautillant de l’accent vietnamien.

Nous avions naturellement parlé des possibilités d’insérer une indépendance vietnamienne dans la communauté française. Giap dit, abaissant à demi les paupières, et cachant mal une passion sans limite (à Saïgon, un de ses camarades l’avait défini devant nous : le « volcan sous la neige ». Oui, ou le machiavélien romantique) : « Si les conditions sur lesquelles nous ne transigerons pas, et qui peuvent se résumer en ces deux mots : indépendance et alliance, ne sont pas acceptées, si la France est assez myope pour déclencher un conflit, sachez que nous lutterons jusqu’à la mort, sans nous laisser arrêter par aucune considération de personnes, par aucune destruction… » Déjà le petit homme au grand front avait cessé de faire penser à un étudiant « bûcheur », mais dix jours plus tard, le 7 mars, c’est encore un tout autre homme qui se dressait sur le balcon du théâtre de Hanoï, saisissant à pleine main le micro, devant plusieurs dizaines de milliers de Hanoïens venus entendre expliquer par les leaders du Vietminh « pourquoi nous avons traité hier avec les Français ». Le large visage, vu de loin, prenait une puissance léonine. Et la voix, enflée par le micro, une intensité surprenante. Ce fut un tribun populaire, railleur d’abord, et puis violent, d’un cynisme étonnant, qui retourna la foule indécise. Il avait fondé son argumentation sur les nécessités tactiques, parlé de « simple pause », et donné Brest-Litovsk en exemple.

Il n’aima pas beaucoup se l’entendre rappeler, six semaines plus tard, lors de la conférence de Dalat. Chef de la délégation du Vietminh, il luttait pied à pied contre les arguments de la délégation française, dont le conseiller militaire était le général Salan. Dans la pénombre d’une chambre du Lang-Biang Palace, Giap s’expliquait : « J’ai parlé de Brest-Litovsk ? Peut-être. N’y voyez pas de duplicité… Mais nous nous tenons sur nos gardes. J’ai vu les forces de Leclerc. Comment ne tenteriez-vous pas de consolider vos positions ? C’est dans la logique des choses. Il nous faut donc, de notre côté, tenir le peuple en alerte. La lutte est devenue pacifique, à l’intérieur du cadre du traité. Mais elle continue… » Quelques jours plus tard, la lutte diplomatique, menée de part et d’autre avec intransigeance, conduisait la conférence à l’échec. « C’est un désaccord cordial », nous glissait Giap dans un demi-sourire. Trois mois plus tard on comprenait ce que Giap entendait par « dans le cadre du traité »…

Vo Nguyên Giap, intelligent, cultuvé et parmi les meilleurs stratèges du XXe

Le désaccord est devenu sanglant, et le diplomate ironique de Dalat est depuis cinq ans le général Giap, commandant en chef des forces armées du Vietminh, l’homme qui a décidé le massacre de Hanoï du 19 décembre 1946 et qui tient en échec depuis lors les meilleures troupes de l’Union française.

UNE EXISTENCE IMPITOYABLE

Il est né en 1911 à An-Xa, petit village de la province de Quang-Binh, dans le Nord-Annam. Son père cultivait un petit terrain et sa mère tissait la toile. Malingre, l’enfant apprit néanmoins de son père, petit lettré, les caractères chinois. Au collège de Hué il se fit remarquer à la fois par sa passion pour la poésie et son adhésion aux doctrines du vieux révolutionnaire Pham Boï-Chau, rentré depuis peu en Indochine et dont les pamphlets nationalistes enflammaient une partie de la Jeunesse.

Il organisa des grèves d’étudiants, fonda un journal manuscrit et collabora bientôt au Tieng Dan (La Voix du peuple), dirigé par un leader nationaliste déjà célèbre, Huynh Tuc-Hang (qui devait d’ailleurs lui succéder au début de mars 1946 comme ministre de l’intérieur du Vietminh). Entré à 19 ans au parti communiste, il était bientôt arrêté.

Écouter le documentaire « Giap, un mythe vietnamien », diffusée dans l’émission Interception de France Inter en mars 2012.

Quand trois ans après Giap sortit de la prison de Hué, ses parents ne trouvèrent plus les moyens de le nourrir. Il gagna Hanoï, où un professeur du lycée, M. Dang Thaï-Mai, futur leader vietminh, l’hébergea et le prépara au baccalauréat. Il devenait bientôt le précepteur des jeunes frères de son professeur, puis épousait leur sœur. Étudiant en droit, Giap collaborait au journal Le Peuple.

En 1939, lors de l’interdiction du parti communiste, il échappa à une perquisition. Mais plusieurs de ses amis et sa femme étaient arrêtés. Il ne la revit pas. Elle devait mourir en prison, deux ans plus tard (et l’on ne peut oublier cet épisode tragique dès qu’il s’agit de définir Giap, homme de passions totales…). Il réussit à gagner la Chine. Quand il arrive à Yun-Nan-Fou, à trente ans, Vô Nguyen Giap est déjà l’une des trois ou quatre meilleures têtes du PCI (Parti Communiste Indochinois) En décembre 1944, désigné par le « Tong Bo », ou comité central du parti, Giap revient, le premier parmi les leaders du Vietminh, dans la haute région tonkinoise pour prendre le commandement de petits groupes de guérilleros qui luttent d’abord avec une certaine efficacité contre l’administration française et qui, se retournant ensuite contre les « Japs », permettront au Vietminh de se targuer plus tard d’une « résistance » antijaponaise dont le caractère symbolique ne pouvait échapper à l’état-major nippon.

Mais la carrière militaire de Giap est commencée…

L’HOMME DE GOUVERNEMENT

Un tandem unique, le visionnaire HO et le maître des stratégies militaires et de la négociation

Avec Ho Chi Minh, en 1950.

Dans le premier cabinet Ho Chi-Minh, Giap reçoit non le portefeuille de la guerre, mais celui de l’intérieur, celui de l’  » ordre révolutionnaire « . Sa poigne évitera à Hanoï les horreurs de massacres tels que ceux qui le 2 septembre ensanglantèrent Saigon. Mais elle s’appliquera bientôt à une épuration dont les nationalistes non communistes seront les nombreuses victimes.

Entre tous les leaders vietminh, Giap s’impose bientôt comme le  » politique  » par excellence, face aux théoriciens formés à Moscou et aux extrémistes de culture chinoise tels que Ha Ba-Kang, Ho Tung-Mau et Tran Huy-Lieu. Il est alors l’homme des compromis et des coalitions, de la tactique de  » front national « , d’autant plus opportune qu’en France le tripartisme est au pouvoir. Il est aussi tout simplement le plus intelligent et sera l’un des artisans de l’accord du 6 mars 1946 : reconnaissance de fait du gouvernement Ho Chi-Minh et de la  » liberté du Vietnam au sein de l’Union française « .

Le début de la conférence franco-vietnamienne de Fontainebleau marque son apogée politique : Ho Chi-Minh est parti pour la France, et c’est Giap, nommé entre temps président du comité de défense, qui prend en main, pour ne plus les abandonner, les responsabilités fondamentales. Dans son Histoire du Vietnam de 1940 à 1952, Philippe Devillers a résumé cette phase des relations franco-vietnamiennes et de la carrière du leader communiste en ce titre d’un chapitre : « Giap forge ses armes ». Quatre mois plus tard il était en mesure d’opposer à l’ultimatum de Haïphong d’autres menaces et de les mettre à exécution. Qui définira jamais la part exacte des responsabilités dans le déclenchement du coup de force du 19 décembre 1946 ? On pense généralement que c’est Giap qui l’imposa à un Ho Chi-Minh malade et déçu.

La guerre s’ouvrait. Et le président du comité de défense, devenu généralissime, prenait le maquis et devenait le premier maître à bord. A la radio désormais sa voix allait alterner avec celle du président – encore que depuis deux ans l’un et l’autre aient dû souvent céder le pas au secrétaire général du « Parti ouvrier », Doang Xuan-Khu, ou à Truong Chinh, l’un des premiers compagnons d’exil de Giap.

LE STRATÈGE

Le « général » Giap allait-il égaler le militant, le tribun, le diplomate ? Dût-on susciter sa colère, on verra en lui le Trotski de la révolution vietnamienne. Chez lui l’organisateur domine naturellement le stratège, et depuis deux ans le premier a peut-être porté tort au second. Car certains mettent au passif de cet étonnant chef de guerre deux fautes importantes : l’acceptation des grandes batailles et la création de vastes unités régulières, divisions comprises. Les deux erreurs sont liées : grandes unités lourdes en vue de grandes batailles. D’où renoncement à la tactique plus  » payante  » de guérilla généralisée. Mais la faute essentielle de Giap ce fut, selon l’un des meilleurs observateurs de la guerre du Vietnam, un « péché d’orgueil ». Lorsque le général de Lattre fut envoyé à Saigon, Giap prononça à la radio une étonnante allocution : « Les Français viennent d’envoyer à l’armée populaire un adversaire digne d’elle. Nous le battrons sur son terrain. » Et ce fut Vinh-Yen, la première grande bataille de la guerre, les vagues d’assaut des hommes noirs jetées sur les mitrailleuses françaises, une hécatombe. Deux fois encore, à Dong-Trieu et à Ninh-Binh, Giap allait renouveler son défi à de Lattre. Deux fois ses meilleurs régiments remontèrent décimés vers la montagne ou les collines calcaires qui surplombent au sud la rizière du delta. Hanoï s’éloignait de Ho Chi-Minh.

À 65 ans en 1976, l'homme est au meilleur de sa performance

Mais en dépit d’erreurs de conception, surprenantes chez ce réaliste, on convient volontiers dans les milieux militaires qu’il a souvent fait preuve d’une véritable habileté manœuvrière, et que l’offensive sur Ninh-Binh notamment révèle un authentique chef de guerre. C’est néanmoins par l’emploi de la guérilla que Giap fait peser sur ses adversaires la plus lourde menace. Et non seulement la guérilla militaire, mais aussi la politique. Sur ce dernier plan le jeu qu’il mène est d’une virtuosité déconcertante : il sait choisir le moment favorable, l’opération la plus gênante pour ses adversaires, la plus impressionnante aussi pour l’opinion publique de Hanoï, de Saigon ou de Paris. Politique, propagande et stratégie sont en chacune de ses actions constamment liées.

La guerre totale, dont il a donné le signal voilà six ans, il la mène avec une rigueur de leader communiste et de chef de guerre asiatique. « … Nous ne nous laisserons arrêter, disait-il, par aucune considération de personnes, par aucune destruction. » Giap a tenu parole.

Jean Lacouture

Il restera dans l’histoire l’un des grands chefs de guerre du XXe siècle, le seul àavoir successivement défait la France et tenu tête aux Etats-Unis d’Amérique. Le général Vo Nguyên Giap est mort vendredi 4 octobre à l’âge de 102 ans.

La prise du camp retranché français de Diên Biên Phu en mai 1954 et la chute de Saïgon en avril 1975 demeurent les faits d’armes de ce leader au calibre exceptionnel : autorité personnelle, génie de la logistique, tacticien hors pair. Ces succès, indéniables, font du général Vo Nguyên Giap le dernier d’une lignée de grands stratèges vietnamiens qui, au fil des siècles, ont barré avec succès la route du Sud aux Chinois après les avoir chassés de leur sol. Pour sa part, Giap a largement contribué à faire échouer le retour des Français au Vietnam et, dans la foulée, en pleine Guerre froide, à casser la relève que voulaient assurer les Américains.

Né le 25 août 1911 dans un village du Vietnam central, issu d’une famille de modestes lettrés, Giap a vécu sa jeunesse dans une atmosphère de nationalisme militant : démêlés avec la Sûreté française, dont deux années en prison, de 1930 à 1932. Il passe son bac (français) en 1934, puis enseigne l’histoire et le français à Hanoï, au lycée Thang Long, creuset de militants anticolonialistes. En 1937, à l’époque du Front populaire, il adhère au PC clandestin vietnamien.

Dès lors, son itinéraire est tracé. En mai 1940, en compagnie de Pham Van Dông, futur premier ministre (1954-1986), Giap se rend en Chine pour y rencontrer, pour la première fois, Hô Chi Minh, fondateur du PC en 1930. Il a épousé en 1939 une militante originaire de la même province que lui, qui lui a donné un enfant en 1940. Il ne la reverra jamais : peu de temps après son départ, elle est arrêtée par la Sûreté française. Vicieusement torturée, elle meurt en prison, dit-on, en se suicidant. Giap ne l’apprendra que quelques années plus tard.

FASCINÉ PAR BONAPARTE

Au Lycée Thang Long, à la veille de la seconde guerre mondiale, ses élèves l’avaient surnommé « le général » ou bien, plus précisément, « Napoléon ». Si Giap s’est nourri des expériences de ses illustres prédécesseurs qui, au fil des siècles, ont infligé de cinglantes défaites aux envahisseurs chinois, il a aussi étudié dans le détail les campagnes de Bonaparte. Les premiers lui ont appris l’art d’utiliser le terrain, de s’adosser à la cordillère indochinoise, d’assurer ses arrières, d’attirerdans des pièges ses adversaires.

Dien Bien Phu, de son PC il dirigea les batailles qui furent un échec pour l'armée française

Des tactiques de Bonaparte, Giap a retenu en particulier « l’effet de surprise ». En ce qui concerne Diên Biên Phu, nous a-t-il raconté un demi-siècle plus tard, « le chef de nos conseillers chinois s’était prononcé pour une attaque rapide » du camp retranché français situé dans une plaine limitrophe du Laos. L’attaque est fixée au 25 janvier 1954, à 17 heures, soit peu avant la tombée de la nuit. A la dernière minute, Giap s’accorde un délai supplémentaire de 24 heures. Puis il « donne l’ordre de retirer les troupes, y compris l’artillerie «  » La décision la plus difficile de ma carrière de commandant en chef ».

Pourquoi ? « Pour attaquer, j’ai attendu d’entendre à la radio le général Navarre déclarer que la marée Vietminh est étale… », nous a-t-il expliqué. Navarre est alors le chef du corps expéditionnaire français en Indochine et c’est lui qui a décidé d’établir un camp retranché proche de la frontière entre le Laos et le Vietnam pour y attirer les divisions du Vietminh. « Etale », répète Giap en souriant. « Et je suis passé à l’action ! » Le 23 mars. Le PC du général de Castries, commandant du camp retranché, sera occupé le 7 mai, moins de deux mois plus tard.

Giap nous a également rapporté le développement suivant. Quelques semaines avant l’ultime « offensive générale » communiste qui se terminera avec la capitulation de Saïgon le 30 avril 1975, la rade stratégique de Danang, dans lecentre du pays, est encerclée par les troupes communistes. « Le gouvernement de Saïgon, celui de Nguyên Van Thiêu, a donné l’ordre au chef local, le général Ngô Quang Truong, de tenir ‘jusqu’à la mort’. Je donne l’ordre à la division 312 d’attaquer Danang. Son commandant me répond : ‘L’ennemi est assez fort, jevous demande sept jours’. Je lui dis : ‘Je prévois que Ngô Quang Truong va seretirer par la mer. Combien de temps lui faudra-t-il ?' ».

>> Ecouter le cinéaste Pierre Schendorffer sur le général Giap, dans l’émission « Cinq colonnes à la une », en 1964.

« Au moins trois jours », finit par lui répondre, en communication radio, le chef de la 312. « Alors, je vous donne trois jours. Ordre est donné aux troupes de se déplacer en plein jour, de descendre la RN1. Vous serez bombardés par l’artillerie de la marine adverses, mais cela n’est pas grave », dit Giap. « Ainsi, a-t-il poursuivi, non seulement la poche de Danang est réduite mais nous avons disposé de plusieurs divisions supplémentaires pour l’attaque finale de Saïgon »« Je leur ai simplement dit : ‘foncez sur Saïgon !' ». Une fois de plus, l’effet de surprise, la « concentration des troupes »« l’audace », voilà ce que Giap a également retenu de son analyse des campagnes de Bonaparte (il ne parle pas de Napoléon Ier, l’empereur, le politique, qui le fascine nettement moins).

CONFIANCE TOTALE DE SES LIEUTENANTS

Créée seulement à la fin de seconde guerre mondiale, l’armée du Vietminh s’exécute sans broncher. En 2004, à notre grand étonnement, Giap s’est exclamé : « Le retour de l’île d’Elbe, c’est formidable ! », dans une allusion aux troupes royales envoyées par Louis XVIII pour barrer la route à l’empereur et qui, au lieu de le faire, se rallient à ce dernier. Pour Giap, c’est un clin d’œil aux rapports qu’il a établis avec ses propres lieutenants : ils lui obéissent au doigt et à l’œil, ils lui font une totale confiance.

Giap s’est également avéré un génie de la logistique. Il nous a rappelé un jour la formule utilisée par Bonaparte lors de la campagne d’Italie« Là où une chèvre passe, un homme peut passer ; là où un homme passe, un bataillon peut passer ».« A Diên Biên Phu, avait-il poursuivi, pour livrer un kilo de riz aux soldats qui menaient le siège, il fallait en consommer quatre pendant le transport. Nous avons utilisé 260 000 porteurs, plus de vingt mille bicyclettes, 11 800 radeaux, 400 camions et 500 chevaux ». Sous protection d’une forêt dense, les pièces d’artillerie du Vietminh ont été démontées pour être acheminées sur les collines qui surplombent le camp retranché, où elles ont été réassemblées.

Toutefois, dans le domaine de la logistique, la réalisation la plus étonnante a été, dans les années 60, la « piste Hô-Chi-Minh », immense dédale de pistes abritées dans la jungle et de boyaux qui descendent du nord vers le sud en empruntant le sud laotien et le nord-est cambodgien afin de contourner le dispositif de défenseaméricain dans le Sud. Une « voie à sens unique », diront plus tard les bô dôi, les bidasses nord-vietnamiens. Mais les Américains ne parviendront jamais à coupercette ligne de ravitaillement – hommes, munitions, matériels, chars, blindés – même en recourant à des bombardements massifs, aux défoliants, aux parachutages de centaines de milliers de mines et de pièges anti-personnels.

L’AUTORITÉ DILUÉE D’HÔ CHI MINH

Toutefois, personne n’est prophète à domicile et Giap en fera l’amère expérience. Père d’une indépendance qu’il a proclamée le 2 septembre 1945 devant une foule enthousiaste d’un million de gens à Hanoï, Hô Chi Minh a toujours dû composeravec les éléments intransigeants qui dominent le politburo du PC vietnamien. Apartir du milieu des années 60, son autorité se dilue. Il devient une icône sans grande influence plusieurs années avant sa mort en 1969. Le général Giap perd son principal point d’appui.

Giap honoré et conscient de sa place dans l'histoire u Vietnam

Entre Giap et Lê Duân, éternel secrétaire général du PC, le torchon brûle dès 1966, à telle enseigne que, quand les communistes attaquent une centaine de villes du Sud en 1968 – la fameuse offensive du Têt –, Giap a été envoyé enEurope de l’Est. Il ne sera rappelé au commandement en chef, avec tous pouvoirs, qu’en 1972 pour organiser avec succès la défense du Nord, notamment de Hanoï, contre les terribles bombardements aériens américains auxquels participent les B-52, forteresses volantes.

La victoire de 1975 place Giap sur la touche, à l’exemple d’autres stratèges vietnamiens, jugés trop brillants et trop influents pour ne pas être dangereux. Ce fût notamment le cas, au début du XVe siècle, de Nguyên Trai, fin lettré et grand général, condamné à l’exil intérieur pour ne pas faire d’ombre à son empereur, Lê Loi.

En 1976, année de la réunification officielle du Vietnam, Giap perd le commandement des forces armées. Quatre ans plus tard, le ministère de la défense lui est retiré. Lors du Ve Congrès du PC, en 1982, il n’est pas réélu au bureau politique. En public, Giap ne dit jamais rien et continue d’avoir recours à la langue de bois du communiste discipliné. On le montre aux anniversaires des victoires et ses propos sont censurés. Il lui arrive de passer des mois sans apparaître en public. La propagande officielle lui refuse même la reconnaissance du rôle décisif qu’il a joué dans la victoire de 1975, en transformant, de main de maître, le repli des troupes du Sud en débâcle.

Ecouter le documentaire « Giap, un mythe vietnamien », diffusée dans l’émission Interception de France Inter en mars 2012.

Quand Lê Duc Tho – l’un des ténors du noyau dur du PC et le vis-à-vis de Henry Kissinger lors des négociations de Paris – s’éteint en 1990, Giap tente dereprendre en mains le parti. Mais sa tentative, à l’époque de l’effondrement du Mur de Berlin, fait long feu. Au cours d’un débat à huis clos du Comité central du PC, un délégué lui arrache même des mains un micro, selon le général Pham Xuân Ân (1927-2006). En 1996, Giap est chassé du Comité central et perd, six mois plus tard, son portefeuille de vice-premier ministre en charge de superviser l’économie.

RETOUR SUR LA SCÈNE POLITIQUE

Puis, le temps fait son œuvre, de nouvelles générations de dirigeants se mettent en place, l’information circule plus librement avec le développement exponentiel de la Toile. Giap est toujours là. Il retrouve des coudées plus franches. Comme il a gardé toute sa tête, il en profite pour dire de temps à autre son mot. C’est le cas lorsqu’éclate, en 2009, la controverse sur l’exploitation par des Chinois des énormes gisements à ciel ouvert de bauxite sur les hauts plateaux du Sud.

Les Français, puis les Soviétiques, avaient refusé de le faire, de peur de provoquerun désastre écologique. Giap écrit son hostilité à ce projet à deux reprises au bureau politique. Il connaît le dossier : il était encore ministre, en charge de l’économie, quand, au début des années 90, les experts soviétiques sont venus établir leur rapport. La campagne contre l’exploitation de la bauxite place le gouvernement sur la défensive et le contraint à des ambitions plus modestes.

Devenu centenaire en 2011, très affaibli physiquement, souvent sous perfusion et hospitalisé, Giap ne s’est pratiquement plus manifesté. Entre-temps, comme tous les Vietnamiens qui ont mené une vie censée être exemplaire, Giap a commencé, de son vivant, à faire l’objet d’un culte. Il est en passe de devenir un génie tutélaire. Pour ne pas être de reste, le gouvernement a décidé, en 2012, de lui consacrer un musée.

Hô Chi Minh a eu un réflexe de génie. Quand Giap est allé le rejoindre en juin 1940 dans le sud de la Chine, il n’était âgé que de 29 ans et n’avait aucune formation militaire. Comment le révolutionnaire déjà chevronné – l’oncle Hô avait alors la cinquantaine – a-t-il deviné que le jeune militant avait l’étoffe d’un grand capitaine ? Hô lui a confié la formation des forces d’autodéfense puis la fondation de l’armée populaire vietnamienne. Dès 1948, il en a fait un général de corps d’armée, rang que Giap occupait encore le jour de sa mort.

Jean-Claude Pomonti

SAINT-PIERRE NOTRE ÉCOLE : CINQUANTE ANS

Chers Amies et Amis, officiels et toutes et tous les anciens,

Tu es notre école et les frères les animateurs de cette famille, de cet espace de vie. Nous sommes honorés de vivre avec Toi, de vivre ensemble, ce moment béni des cinquante ans de présence de la congrégation, des cinquante ans de vie de tous les frères qui ont participé à cet immense projet éducatif et important projet de foi engagée. La poésie est pour moi la manière de dire notre fierté et notre joie mais aussi de louer le Seigneur.

Nous sommes sûrement un nombre restreint d’anciens, parmi les premières promotions à pouvoir y être à titre d’anciens Frères de Saint-Gabriel et d’anciens de l’École Saint-Pierre, un privilège que j’assume avec beaucoup de fierté et d’humilité. Ces quelques vers pour porter nos voix en une cadence qui est celle de nos vies et qui monte en cette matinée comme une louange.

Garder des nos origines des liens qui définissent une certaine identité

1. Cinquante ans de sourires aux comètes de la paix
2. Cinquante ans d’accolades au temps des rêves
3. Cinquante ans de voix chantant à l’unisson la Bohème
4. Cinquante ans d’oiseaux volant en formation
5. Cinquante ans de sirènes perçant les flots
6. Cinquante ans de cithares pour la musique princière
7. Cinquante ans d’étoiles au firmament du bonheur
8. Cinquante ans de flambeaux à la gloire du cœur
9. Cinquante ans de rayons des forces cordiales
10. Cinquante ans aux sources des faveurs célestes
11. Cinquante ans de fleurs illuminant l’espace
12. Cinquante ans pour les chutes des douceurs spirituelles
13. Cinquante ans de vagues pour chanter l’amour
14. Cinquante ans de vers pour louer l’honneur
15. Cinquante ans de saveurs glorifiant l’harmonie
16. Cinquante ans de soleils de fierté immense
17. Cinquante ans de lueurs de tendresse extrême
18. Cinquante ans d’éclairs pour éclater les émotions
19. Cinquante ans de lunes de sensualité nouvelle et éternelle
20. Cinquante ans pour les eaux de la pureté totale
21. Cinquante ans de souffles d’inspiration profonde
22. Cinquante ans de lignes pour marquer la fierté
23. Cinquante ans sur les sentiers de l’aventure
24. Cinquante ans à faire pousser les herbes pour verdir les champs
25. Cinquante ans à donner et à transmettre aux jeunes
26. Cinquante ans à inventer tous les jours
27. Cinquante ans à créer de nouvelles manières d’être
28. Cinquante ans à écouter pour mieux servir
29. Cinquante ans à traduire dans la vie les théories et les méthodes
30. Cinquante ans à apprendre aux jeunes la patience
31. Cinquante ans à former les cœurs et les esprits
32. Cinquante ans à modeler un environnement
33. Cinquante ans pour l’écoute et la compréhension
34. Cinquante ans pour parler au nom de la foi
35. Cinquante ans pour agir au mon de la science
36. Cinquante ans pour marcher sur les chemins de la créativité
37. Cinquante ans à chercher et à poursuivre des recherches
38. Cinquante ans aussi pour partager des convictions
39. Cinquante ans, parfois dans le doute, souvent dans l’imprévisible
40. Cinquante ans pourtant avec énergie et fierté
41. Cinquante ans en mission pour le bien commun
42. Cinquante ans en classe, sur les airs de vie et en lien avec la communauté
43. Cinquante ans de routine et d’innovation
44. Cinquante ans de combats et de découragement
45. Cinquante ans de célébration et de joie
46. Cinquante ans de surprises et d’angoisse
47. Cinquante ans de sacrifice et d’enthousiasme
48. Cinquante ans de riches rencontres et de nouvelles créations
49. Cinquante ans de développements inédits et de bonheur
50. Cinquante ans de flèches pour un anniversaire de promesse et de liberté.

Garder le cap sur l'avenir

Yves ALAVO
Au jour du 20 octobre 2011.
50e Anniversaire de présence des Frères de Saint-Gabriel à l’École Saint-Pierre.

MAI 68- MAI 2008, VERS UN NOUVEAU PRINTEMPS ?

MAI 68- MAI 2008, VERS UN NOUVEAU PRINTEMPS ?
Mois magique, historique métaphore du changement véritable, figure et thème universels de  toute révolution fondée sur les principes de l’équité, sur la recherche de la dignité du travail et des travailleurs, sur la lutte pour les droits humains fondamentaux, dont les droits socioéconomiques, monument de la libération féminine et de l’émancipation masculine de tous les atavismes politiques et psychologiques, Mai 68 est essentiel à la mémoire et à l’histoire du 20e siècle.  Premier vent de changement vraiment mondial, précurseur de la vague altermondialiste.

Commémorer ce printemps des âmes pour toute une génération, fonctionne comme une relecture, mais avec les lunettes actuelles.  Cette démarche nous impose une capacité d’analyse qui nous permet de dire que l’ancrage de toutes les revendications sociales, que la montée des aspirations politiques, ainsi que le déploiement des combats économiques de mai 68, sont d’une actualité criante.  Le souffle de la liberté face aux impérialismes, la ténacité des luttes paysannes et la détermination des masses ouvrières et des techniciens spécialisés face au capitalisme devenu encore plus féroce en 2008, sont à raviver et à maintenir.

Ces démonstrations et ces engagements de l’époque sont une nécessité plus vitale aujourd’hui.  Nous ne pouvons pas être nostalgiques ou romantiques, nous devons utiliser le tremplin de mai 68 pour aller plus en avant afin de contribuer à enraciner solidement notre engagement total pour plus de liberté et plus de justice sociale et politique.  S’impose aujourd’hui un combat mieux structuré, se justifie une stratégie faite de concertation entre toutes les classes socioéconomiques plus rationnelle.

Nous avons accumulé des reculs monumentaux dans tous les secteurs de l’activité humaine, tant individuelle que collective.  Les inégalités de toutes sortes sont plus grandes entre individus, entre nations entre peuples.  Les écarts entre les riches et les autres sont encore plus criants au 21e siècle qu’ils ne l’ont jamais été.  Nos systèmes administratifs, nos machines sociales et politiques carburent à l’injustice, roulent au profit sans honte et sans vergogne, se développement grâce à l’exploitation sauvage et érigent des économies voraces, des instruments destructeurs de la dignité humaine, partout sur la planète.

Le tissu fin de nos acquis sociaux, de nos moyens politiques, des nos pouvoirs économiques et de nos identités culturelles, s’il est plus superficiellement et plus formellement solide à cause des chartes que nos batailles ont mis au monde, grâce aux conventions nationales et internationales fruits de nos souffrances et des droits reconnus sur papier dans les déclarations et les amendements que nous avons imposé et fait adopter démocratiquement; ce tissu est d’autant plus fragilisé dans sa structure qu’il laisse voir un progrès là où l’érosion  en profondeur de nos droits sociaux, polit

Un regard prospectif nous permet d’établir, continent après continent, un bilan très mitigé de l’état mondial des droits humains et des luttes de tous les peuples pour leur libération.  Au moment concomitant, où se marquent 40 ans des luttes de Mai 68 et 60 ans depuis la proclamation et l’entrée en vigueur en 1948 de la Déclaration universelle des droits de la personne, les figures du Mahatma Gandhi, de Nelson Mandela, de Martin Luther King jr. se profilent face à celles de Ernesto Guevara, de Steve Biko, de Mère Térésa.

Les victoires des peuples d’Amérique du Sud (Brésil, Bolivie, Chili, Venezuela, Cuba, Pérou, Paraguay) sur les dictatures militaires et tortionnaires, la globalisation des contestations écologistes pour un développement humain durable et juste, nous encouragent.  Les avancées de certaines communautés africaines pour éradiquer l’analphabétisme, pour créer les fondations de systèmes de santé fonctionnels, et pour gérer des coopératives de commerce équitable, mais surtout le rayonnement de la contestation des artistes africains engagés, nous réconfortent.

Encore mieux, les déploiements asiatiques d’économies dont certaines s’articulent autour du microcrédit ainsi que la prise en main par les communautés de base de leur destin socioéconomique, nous donnent des motifs d’espoir.  Et plus, les nouvelles orientations européennes des socialistes pour proposer un nouveau contrat social (Congrès de Reins en novembre 2008) face à la dictature du marché, ajoutés les résultats des forums sociaux mondiaux pour une véritable société civile universelle, en vue aussi l’extraordinaire campagne présidentielle du candidat démocrate Barack Obama, autant de raisons d’espérer qui font naître une solidarité nouvelle des nations et des peuples, ce dont Mai 68 est le ferment le plus puissant.

Le Petit lexique de l’économie sociale au Collège Ahuntsic

Petit Lexique de L’EScartons-logo

Lancement du Petit lexique d’économie sociale
au Collège Ahuntsic

Une cérémonie a été organisée à la Bibliothèque Laurent-Michel-Vacher du Collège Ahuntsic, le jeudi 29 novembre, pour souligner le lancement du Petit lexique d’économie sociale, en présence de membres du personnel et de nombreux invités.

Mme Nancy Neamtan, présidente et directrice générale du Chantier de l’économie sociale qui a préfacé le livre, s’est adressée aux invités. Plusieurs entreprises d’économie sociale étaient représentées à l’événement, notamment La maison du développement durable, la Tohu, Imprime-emploi et Espace-temps. La Conférence régionale des élus de Montréal (CRE de Montréal ) a également participé au lancement, reconnaissant ainsi le bien-fondé de la démarche du Collège auprès des entreprises montréalaises d’économie sociale.

Objectif de l’ouvrage

Le lexique a été réalisé pour souligner « 2012 Année internationale des coopératives » et pour sensibiliser la communauté collégiale au langage de l’économie sociale et des coopératives. Plus d’une trentaine d’employés du Collège ont participé à cet ouvrage collectif. Les auteurs se sont donné comme mission de définir dans un langage accessible un terme de leur choix en économie sociale. En 2013, le lexique sera utilisé à titre expérimental dans un contexte pédagogique, dans un cours se rapportant à l’économie sociale, ce secteur si innovant et dynamique de l’économie québécoise.

Genèse du projet

Depuis toujours, le Collège Ahuntsic accueille des étudiants provenant de tous les milieux socio-économiques. Au fil des ans, plusieurs projets ont été mis sur pied par le Collège ou par les membres de sa communauté pour tenter de réduire des inégalités ou pour mieux répondre aux besoins spécifiques de certains étudiants. En 2011, Mme Paule Mauffette a mené une recherche exploratoire portant sur la pertinence pour le Collège Ahuntsic de s’engager dans le secteur de l’économie sociale. Elle en a conclu qu’il y avait une volonté dans l’établissement de se rapprocher des milieux de l’économie sociale afin d’élargir le champ d’action du Collège en tant que maison d’enseignement et de formation de la main d’œuvre. La production du Petit lexique de l’économie sociale s’inscrit dans la foulée de cette décision de travailler en mode de collaboration et de développement avec les entreprises d’économie sociale.

Pour se procurer un ou plusieurs exemplaires du Petit lexique de l’économie sociale, on doit en faire la demande par écrit à l’adresse collectif.innovation@collegeahuntsic.qc.ca. Le lexique est offert gracieusement aux entreprises d’économie sociale qui précisent l’usage qu’ils comptent en faire.

à voir :
http://novae.ca/actualites/2012-12/un-guide-de-l%E2%80%99economie-sociale

LIONEL MESSI, TROUBADOUR ET PRESTIDIGITATEUR DU BALLON ROND

Enfant prématuré, Lionel Messi, adulte à 25 ans à 1 m 69 de taille, cet attaquant vient de battre un record exceptionnel (1972 Gerd Müller 85 buts et 2012 Lionel Messi 91 buts en une année civile) dans une période de l’histoire du football mondial qui elle est plutôt différente de celle au cours de laquelle son prédécesseur, l’allemand Müller, a réussi son exploit.

Jamais, je crois pouvoir l’affirmer, car Messi a déjà trois ballons d’or, un joueur de club de très haut niveau, comme l’est le Futball Club de Barcelona (FCB), ne répétera cette série de buts, souvent d’anthologie, en une seule année civile, sur notre planète. Quelques artistes du ballon rond, atteignent ce statut, selon leurs spécialités et les caractéristiques de jeu de leur environnement d’évolution. Des noms émergent en comparaison et juste par analogie : Edson Arentès Do Nascimiento (Pelè), Just Fontaine, Kopa, Alfredo Di-Stefano, Roger Milla, Zinedine Zidane, Frantz Bekenbauer, Gerson, Tostao, Didi, Vava, Lev Yachine, Iker Casillas, Diego Armando Maradona, Johann Cryuff, Iniesta.

Joie de jouer en équipe et de marquer des buts d'anthologie

De tous les praticiens-phénomènes qui ont, par leur jeu, leurs aptitudes physiques, leurs composantes physiologiques, psychomotrices et leurs qualités intellectuelles, marqué ce sport populaire et accessible, le plus pratiqué sur la face de la terre, peu ont, avec constance, avec art et méthode, mais aussi avec un génie polymorphe, porté aussi haut les standards avancés, en conception et dans l’exécution, des partitions footballistiques locales, nationales et internationales. Leo Messi, vient d’écrire une œuvre distincte et d’une immense portée.

La principale caractéristique du jeu de Lionel Messi est sa coordination /anticipation / exécution d’une fluidité qui intègre une combinatoire séquentielle neuro kinesthésiologique, d’une facture asymétrique. Sa morphologie n’explique pas tout son talent dynamique, sa vision périphérique, précise est au moins égale à celle d’un autre génie du ballon rond, Zizou, pour les amis. Messi est peut-être un des rares magiciens des pelouses à anticiper sur les anticipations de ses partenaires autant que sur celles de ses adversaires. Par ailleurs, il a un jeu complet, au service de l’équipe, défendant avec autant de précision et de stratégie, qu’attaquant, dans une harmonie coulante ou brisée, selon les phases tactiques de déroulement du match. Alors, ses accélérations, ses dribbles et ses contre-dribbles chaloupés, ses feintes mobiles, comme celles d’un danseur de claquettes, ses coups de pattes ou ses crochets inégaux en longueur et variés dans leur courbes, finissent par donner le tournis à toutes les défenses du monde. Tel est Messi, danseur / trapéziste /athlète / chef instrumentiste et prestidigitateur de la planète foot.

4 ballons d'or certifient l'exceptionnelle contribution à l'art footballistique

Combien de fois, Messi a-t-il surpris, gardiens de buts, latéraux et centraux dans les surfaces de réparation, sur les alentours des points de tir des pénaltys, au sol ou dans les airs, par une frappe imprévisible, par un crochet triple impossible à effectuer selon les normes de la gravité, par une double accélération sur un mètre et demi entre le piquet du coup-de-pied de coin et le premier poteau immédiat? Combien de fois ses passements de jambes en rythme africain et en samba ou alors en capoeira ou en tango ont figés d’admiration et d’envie, joueurs solidaires et forcenés des stades ? Très difficile de répondre à de telles questions car des chaussures à crampons de Messi monte pour l’éternité la poésie gestuelle et conceptuelle du troubadour vivant et intemporel.

Yves Alavo

ÉCOLE DES SABLES UN BILAN 2011, JANT-BI. DANSE CONTEMPORAINE AFRICAINE


STAGES

Stage des ainés
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Conçu pour les ainés de plus de 50 ans, ce stage de 2 semaines (du 10 au 22 janvier 2011) animé par Elizabeth Cameron Dalman (Australie) et Germaine Acogny a proposé une découverte de la culture sénégalaise et la pratique d’une danse douce et harmonieuse. Le mouvement, le rythme, les instruments traditionnels, le conte et la poésie se sont alliés à la brise de l’Océan Atlantique et aux murmures de la savanne pour insuffler le bien être du corps et de l’esprit.
La joie de vivre et de danser ont réuni 18 participants : une première édition, une grande réussite !

Stage Transmission – Phase 2
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La deuxième phase du stage de transmission de la technique de danse Africaine Moderne de Germaine Acogny réservé à d’anciens stagiaires a réuni des danseurs de Hollande, Espagne, USA, Ethiopie, Togo, Bénin, Sénégal et RDC du 26 janvier au 16 mars 2011.
Les participants se sont perfectionnés dans cette technique afin d’être en mesure d’en faire usage dans leur travail pédagogique et leur développement chorégraphique personnel.
Stage Correspondances
« Danses Africaines/Danses Hip Hop »
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Ce stage de formation professionnelle ouvert aux danseurs de toute l’Afrique s’estdéroulé du 4 avril au 11 juin 2011. Renouer, explorer, déconstruire et réinventer les correspondances entre  les danses traditionnelles et contemporaines africaines et les danses Hip Hop : ces objectifs ont amené 41 danseurs africains de 20 pays différents à se rencontrer pour un échange, une émulation et une inspiration mutuelle avec l’aide de professeurs spécialisés pour une danse innovante et originale qui dépasse les frontières identitaires et pose de nouveaux jalons pour la danse de demain.
Les pays suivants étaient représentés : Afrique du Sud, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée Equatoriale, Kenya, Madagascar, Mali, Mozambique, Nigeria, RDC, Tchad, Togo, Ouganda, Sénégal.
Stage « Croisement des Chemins »
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Ce 14ème Stage de Formation Professionnelle en Danses Traditionnelles et Contemporaines d’Afrique, « Croisement des chemins » se déroule depuis le 18 juillet et jusqu’au 27 août 2011; il donne la possibilité aux danseurs, chorégraphes, professeurs du monde entier de découvrir la richesse, la variété, l’essence et la complexité des Danses Africaines et d’améliorer par ce moyen leurs compétences techniques et créatives. C’est aussi l’occasion de la rencontre entre les univers professionnels variés de danseurs du monde entier avec une quinzaine de danseurs africains, tous anciens sablistes, réinvités pour ce stage international. De nouveaux horizons pour tous !

ACCUEIL ET RESIDENCES

Stage Multiculti

Une première pour l’Ecole des sables : l’association Multiculti a organisé un séjour de deux semaines à l’Ecole des Sables et a accueilli une trentaine de personnes d’Europe et desEtats Unis amoureuses  de  la danse africaine et venues passer les fêtes de fin d’année en Afrique.
Le succès de ce stage laisse penser que l’expérience sera reconduite en décembre 2012.
Echange Toubab Dialaw
Après une première visite en 2008, le collège Jacques Prévert de Lyon a organisé un deuxième séjour à l’Ecole des Sables du 27 février au 7 mars 2011 à travers le projet « Echange Toubab Dialaw ».
Les liens créés entre les jeunes filles françaises et sénégalaises se sont renforcés autour de la danse et ont abouti à de nouveaux projets concernant notamment la mise en place de la bibliothèque de l’école de Toubab Dialaw.
Résidence de création

La Compagnie Rêvolution dirigée par Anthony Egéa (France) a élu domicile pendant tout le mois de mars 2011 à l’Ecole des Sables. La pièce « Rage » en est le fruit ; elle réunit six danseurs issus du Gabon, Mali, République Centrafricaine, Burkina Faso, Union des Comores et Congo. Anthony Egea, inspiré par l’énergie et la danse métissée de ces danseurs, propose un travelling sur une AFRIQUE contemporaine où les scènes de vie s’égrainent. La Première est prévue le 2 février 2012 à Bordeaux.
Plateforme Danse

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A  l’initiative du Goethe institut de Dakar s’est tenue à l’Ecole des sables la plateforme de danse : Network Meeting Contemporary Dance of West Africa, réunissant desdanseurs, chorégraphes, pédagogues de différents pays de l’Afrique occidentale et centrale. L’objectif était de permettre à ces professionnels de se rencontrer  pour échanger, instaurer de nouveaux réseaux entre les artistes variés et de promouvoir la danse contemporaine en Afrique. Cette initiative a permis la rencontre des acteurs expérimentés et de ceux qui sont sur le chemin de l’émergence artistique et chorégraphique. Après un « Bilan et Perspective de la Danse Contemporaine depuis le lancement de la rencontre de la Danse en 1990. » les thèmes suivants ont été abordés: « Rapport entre l’Héritage et la Danse Contemporaine », « Définition ou Conception de la Danse Contemporaine », « Formation-Financement-Diffusion-Structure »,« Danse contemporaine et son public/ Pour qui dansons nous ? », « Rapport entre la Musique et la Danse ». Les moments de réflexion ont alterné avec desmasterclass.  La plateforme a été dirigée par Soleymane Coly de Côte d’Ivoire.
COMPAGNIE JANT BI
Tandis que « Waxtaan » a continué ses tournées à travers le monde : du 2 au 23 octobre 2010 au USA, en novembre 2010 et janvier 2011 en Allemagne, le Sénégal a accueilli en décembre 2010 la 3ème édition du Fesman, Festival Mondial des Arts Nègres. Un despoints culminants de cette manifestation hors norme a été la représentation de la pièce les  Ecailles de la Mémoire par les Cie Jant-Bi et  Urban Bush Woman (New York) au Théâtre Daniel Sorano de Dakar et à St Louis.
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Cette pièce s’est tissée à partir de la relation très étroite entre Jawole Willa Jo Zollar (Etats-Unis) et Germaine Acogny (France/Sénégal) et leurs compagnies respectives – les 7 femmesdes Urban Bush Women de New York et les 7 hommes de la compagnie JANT-BI. Elle développe les thèmes de la mémoire, la résistance et de l’amour et fait apparaître les liens entre afro-américains et africains.
FLY : Five First Ladies of Dance
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Germaine Acogny, Carmen de Lavallade, Dianne
Mcintyre, Bebe Miller et Jawole Willa Jo Zollar, grandes dames de la danse (entre 60 et 80 ans), ont repris leur voyage FLY à travers les Etats Unis en novembre et décembre 2010. Ce projet ,initié par 651 Arts à New York, a permis à ces artistes pionnières de la danse afro-américaine et africaine de présenter leur solo au cours d’une soirée partagée hors du commun.

Germaine ACOGNY : Songook Yaakaar (Affronter l’Espoir)
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Avec son nouveau solo, Songook Yaakaar, Germaine Acogny nous livre une parole sur l’Afrique, ses grandeurs et ses failles, sans détour ni violence, mais avec courage. Dans ce solo, dansé, parlé, engagé et universel, elle prouve qu’elle reste une aventurière prête au risque. Il a été présenté en Première à  la Biennale de la danse, Lyon / France en septembre 2010 et a été retransmis par Arte Live Web (toujours accessible sous forme d’extrait sur www.numeridanse.tv).

Une tournée européenne a emmené Germaine Acogny en Belgique dans le cadre du Cinquantième anniversaire des indépendances africaines dont elle a été la marraine, en Allemagne, en Italie, en France et bien sûr au Sénégal en juin dernier.
A VENIR

Un projet « culotté » à l’Ecole des Sables: la naissance de la Compagnie Jant-Bi femmeset une première création en cours ! Le pendant féminin de la compagnie Jant-Bi (uniquement masculine) a vu le jour début 2011 autour de l’implication de jeunes danseuses sénégalaises formées à l’Ecole des Sables sous le double regard de Germaine et Patrick Acogny. Nous sommes très fiers de préciser que 5 d’entre elles sont issues du village de Toubab Dialaw.
Après le succès international de Waxtaan, pièce chorégraphique pour 8 danseurs et 5 musiciens hommes, la collaboration entre Germaine et Patrick Acogny signe un nouveau défi tout en continuant l’exploration des danses patrimoniales. Le duo mère & fils propose  Afro-dites, kaddu Jigeen ! Une pièce mordante d’ironie, d’humour et d’amour sur la société urbaine sénégalaise.
Un regard décapant sur les coutumes, les habitudes quotidiennes, sur les paradoxes et contradictions africaines de la vie contemporaine. Afro-Dites, c’est l’histoire de 7 femmes sénégalaises qui prennent la parole, de leur regard sur la société, sur les hommes, la famille, l’immigration, les enfants, la religion, l’amour, le devoir. 7 femmes remplies de drôleries, de lucidité, de tristesse parfois, mais surtout pleines d’un formidable optimisme… 7 femmes qui partagent leur intimité, leur vulnérabilité et par là-même, nous montrent leur grande force et leur soif de la vie.
L’Afrique danse certes, mais elle sait se faire sérieuse, impertinente, drôle, surtout quand les femmes prennent la parole.
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Afro-dites, kaddu Jigeen !
Les partenaires de l’Ecole des Sables
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HECTOR PÉREZ GONZALÈZ : ARTISTE POUR LA JUSTICE SOCIALE

Le nouveau chargé de projets ou coordonnateur de Visions sur l’art Québec, est en soi le parfait candidat à la trilogie équité, accessibilité et diversité, qui résonne comme un slogan universel pour une société qui aspire à un mieux-être collectif.  La trame de sa vie, celle qui permet, au fond, d’en comprendre le fil conducteur, c’est la constance et l’infatigable application à vivre en exerçant son métier, artiste du visuel, comme un sacerdoce afin de réduire le nombre d’exclus.  Artiste pour agir afin de favoriser l’intégration ou l’inclusion des personnes handicapées dans la société, dans son ensemble, en stimulant leur développement personnel ce qui contribue à accroître l’estime de soi.

Toute la démarche d’Hector Pérez Gonzàlez vise, à partir du mentorat ou du partage d’expériences, de la mise en commun de techniques, par l’adhésion à une vision esthétique, effort qui permet de bâtir un tremplin pour mieux se situer en s’exprimant.  Cette action sur soi contribue à faire prendre conscience à chacun du pouvoir considérable de l’art pour briser les barrières et élever les esprits.  L’art pour vaincre les préjugés et, via la force de la solidarité interdisciplinaire (apport des psychologues, des éducateurs, des intervenants sociaux et des thérapeutes), arriver à une intégration, à une immersion dans toutes les sphères de la société des personnes ayant des limitations.

Né à Cuba, il y a fait tout son cursus scolaire et universitaire : l’Académie des Beaux-arts de la Havane, l’École de design industriel, a pris des formations auxquelles il a ajouté le marketing et ensuite, en arrivant au Québec, l’apprentissage de la langue française.  Hector Pérez Gonzàlez se bat inlassablement comme artiste professionnel, comme enseignant, comme humain afin que l’art soit un outil de justice sociale, de partage économique et surtout le moyen d’expression d’une société qui a de la peine à reconnaître l’existence et à accepter la participation à la création de la richesse collective de celles et de ceux que les aléas de la vie forcent à affronter des barrières qui sont souvent plus difficiles à vaincre que les limitation physiques, intellectuelles ou psychologiques qui les handicapent.

Vivre en harmonie grâce aux vertus de l’art, mais surtout comme artiste, designer et intervenant social, mettre ses talents au service de l’équité dans la société afin que chaque personne puisse s’épanouir et se sentir utile et partie prenante; telle est la quête de cet artiste hors normes, Hector Pérez Gonzàlez.

Artiste membre d’un collectif engagé pour plus de justice, pour une affirmation des droits de la personne au sein de sa société d’origine, Hector Pérez Gonzàlez, au cours des vingt dernières années, a exercé un nombre important  de fonctions et assumé des responsabilités au cœur du monde des arts et de la culture : artiste, enseignant, spécialiste des relations publiques et des communications, technicien en décoration, concepteur et gestionnaire.  Bonnes présence et participation avec VSAQ et confiance pour une participation au développement de notre société québécoise, canadienne, pour le bénéfice collectif le plus large..

Yves Alavo

Membre du C.A. de VSAQ

Un lien :  http://www.vallartainstitute.com/Hector-Perez.php

MESSAGE DES ÉVÊQUES DU SÉNÉGAL A L’OCCASION DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE DE FEVRIER 2012

Chers concitoyens,
1. L’élection présidentielle au Sénégal – dont le premier tour est fixé au dimanche 26 février 2012 – s’annonce déterminante pour l’avenir de notre pays.
Cette première élection, après la célébration de cinquante années de souveraineté internationale, est porteuse d’enjeux majeurs, qui suscitent un climat de tension particulièrement aiguë, avec des risques de débordements imprévisibles, si les différents acteurs ne savent pas raison garder.
Les défis à relever sont multiples et profonds. Ils sont, sans doute, le fait d’une crise mondiale multiforme qui n’épargne aucune Nation de la planète ; mais ils sont également, et surtout, celui d’une mal-gouvernance interne qui perdure depuis plusieurs décennies, marquée par une gestion des affaires de la cité sans horizon, partisane, sans souci des vrais besoins des populations.
Une telle forme de gestion a occasionné des dérives de tous genres, au nombre desquelles le recours à l’argent facile et à la corruption, au favoritisme et au laxisme, à l’accaparement de biens d’autrui, à la violence et à l’impunité, à la dépréciation des valeurs morales et au manque de respect de la personne humaine et de ses droits.
L’alternance, survenue en l’an 2000, et conduite par des partis politiques, soutenus par les populations, avait montré la forme de changement pacifique idéal, par la voie d’une élection libre, paisible et transparente, donc crédible et acceptée par tous.
C’est à la promotion de cette même forme de scrutin que nous, Evêques du Sénégal, appelons l’ensemble de nos compatriotes -tous acteurs confondus- pour que notre pays retrouve le rang d’exemple de démocratie, dans cette Afrique « de l’espérance », comme l’a qualifiée le Pape Benoît XVI, lors de sa récente visite au Bénin (18-20 novembre 2011).
2. En faveur de l’avènement d’un tel climat, nous plaidons pour le respect strict de l’esprit et de la lettre de la Constitution, gage de notre consensus national, qui garantit une bonne gouvernance, une bonne gestion de la chose publique et la paix ; mais aussi pour le respect de tous les textes portant sur la réglementation électorale.
Dans cette perspective, toutes les dispositions doivent être prises pour que le scrutin se déroule de manière régulière et que les organisateurs, à tous les niveaux, fassent preuve d’une conscience patriotique, d’un esprit de justice et d’une impartialité sans faille, afin d’éviter les contestations post-électorales sources de violence aux conséquences imprévisibles.

3. La paix est un bien précieux. Elle nous est donnée par Dieu. Et comme tout don de Dieu, nous avons la responsabilité de la faire fructifier. Dans la situation actuelle de notre pays, nous devons tous nous en préoccuper au plus haut point, pour que le Sénégal soit davantage un pays de paix, de cohésion sociale et de stabilité.
Sur ce plan, nous avons conscience de la richesse de notre vivre ensemble marqué, pour l’essentiel, par des relations harmonieuses entre citoyens sénégalais de tous bords, quelles que soient, par ailleurs, nos appartenances ethniques, politiques et religieuses.
Le socle sur lequel tout cela est bâti est la citoyenneté que nous garantit notre Constitution laïque. Celle-ci définit notre Etat comme non confessionnel, mais reconnaissant la valeur fondamentale de la religion dans la vie des citoyens, et respectueux des différentes communautés religieuses. Il nous faut, plus que jamais, asseoir solidement ces fondements de notre République laïque, pour donner toute sa place à chaque citoyen et lui permettre d’exercer pleinement ses droits et devoirs de citoyen sénégalais à part entière.
4. Au moment où certains de nos compatriotes veulent légitimement briguer le suffrage des Sénégalais, il nous faut rappeler que celui qui détient l’autorité jouit d’un pouvoir, qui n’est légitime aux yeux de Dieu que dans la seule mesure où il est exercé, non pas de façon absolue, mais en vrai « lieu-tenant de Dieu ». C’est Dieu qui donne le vrai pouvoir, le pouvoir qui garantit le bonheur qu’il veut, Lui Dieu, pour tout homme, le pouvoir qui sert et protège le pauvre, le pouvoir qui se soucie de promouvoir la justice, la solidarité et la paix.
Si les prophètes de Dieu ont dénoncé des écarts dans l’exercice du pouvoir, c’est parce qu’il existe un idéal de gouvernance qui est fait de sagesse et d’esprit de service de tous et surtout des pauvres, un idéal de gouvernance qui a l’injustice en horreur.
Ayons donc le grand souci de confier la conduite de notre pays à un Chef d’Etat qui sache s’entourer d’une équipe de bâtisseurs d’une société plus juste, des bâtisseurs qui promeuvent le bien-être pour tous et mettent leurs compétences au seul service de l’intérêt supérieur de la Nation.

5. Aux candidats, nous demandons de faire preuve de grande culture démocratique, d’esprit de service, de souci de vérité, de vision prospective pour l’amélioration des conditions de vie des populations, en excluant toute diatribe inutile à l’égard de leurs adversaires et toutes promesses démagogiques en direction des populations.
Aux électeurs, nous demandons de prêter une oreille attentive aux discours de tous les candidats, de les soumettre à l’examen critique de leurs programmes ainsi qu’au discernement selon la Parole de Dieu. Celle-ci nous oriente sur le chemin de la paix, par la promotion de la justice, de la solidarité et de la réconciliation.
A tous les détenteurs de cartes d’électeurs, nous demandons d’aller accomplir effectivement leurs devoirs de citoyens quoi qu’il leur en coûte, selon leur seule conscience, librement et en toute responsabilité, affranchis de toute pression morale, matérielle ou financière. Qu’ils portent leur choix sur un dirigeant qu’ils jugent intègre et sincère, un patriote avéré qui ait foi en son pays, une personne enracinée dans les valeurs fondamentales de solidarité, de partage, de générosité, de justice, de paix et soucieuse des vertus morales de vérité, de droiture, de probité, de dignité.
Aux organisateurs de l’élection, aux observateurs et aux arbitres, nous demandons avec insistance, que toutes les dispositions soient prises, à tous les niveaux et à toutes les étapes, pour que le scrutin se déroule d’une manière régulière, libre et transparente, afin que soit évitée toute contestation post-électorale pouvant porter préjudice à la paix sociale.
Face aux grands chantiers qui attendent le Sénégal, ces toutes prochaines années, dans les domaines économique et social, mais aussi dans ceux de la morale et de l’éthique, nous conviendrons que rien ne se fera sans un retour définitif de la paix dans la partie sud du pays, en Casamance, région victime d’un conflit armé depuis trois décennies.
Pour ce faire, nous vous exhortons tous à la prière, et à l’écoute de la Parole de Dieu, mais surtout à mettre celle-ci en pratique. Ainsi éclairés par le Dieu de Paix, nous nous engagerons personnellement et collectivement à bannir toute forme de violence, et à créer les conditions d’une paix juste et véritable. La paix est toujours une tâche qui incombe à notre responsabilité, et sa construction nous engage tous. La prière seule ne suffit pas ! Ce sont et la prière et notre détermination à marcher sur les chemins du droit, de la vérité et de la justice, qui garderont notre pays en paix avec le secours de Dieu.
Assurément, si nous nous convertissons, et si nous nous appliquons à faire la volonté de Dieu, Dieu nous bénira. Il nous aidera à choisir le meilleur Chef d’Etat qui fera, avec tout le peuple, prospérer le Sénégal.
Tel est l’objet de notre prière que nous continuons de confier à Marie, Notre Dame de Poponguine, Reine du Sénégal.
« Notre Dame de Poponguine, Mère du Christ et Mère des hommes, obtiens de Dieu pour nous et pour ceux qui sont appelés à nous gouverner, la lumière et la force nécessaires à la promotion de la paix, de la prospérité et de la justice, ainsi que la concorde à l’intérieur du Sénégal et l’entente avec les autres peuples. Amen ! »

Fait à Mbour, le 11 janvier 2012

Les évêques du Sénégal

Card. Théodore Adrien SARR, Archevêque de Dakar
Mgr Jean Noël DIOUF, Evêque de Tambacounda
Mgr Jean Pierre BASSENE, Evêque de Kolda
Mgr Benjamin NDIAYE, Evêque de Kaolack
Mgr Ernest SAMBOU, Evêque de Saint Louis
Mgr Paul Abel MAMBA, Administrateur Apostolique de Ziguinchor
Mgr Alexandre MBENGUE, Administrateur Apostolique de Thiès(See attached file: Message des évêques du Sénégal a l’occasion de l’élection présidentielle de février 2012.doc)

Aux candidats déclarés, les évêques les incitent à «faire preuve de grande culture démocratique, d’esprit de service, de souci de vérité, de vision prospective pour l’amélioration des conditions de vie des populations en excluant toute diatribe inutile à l’égard de leurs adversaires et toutes promesses démagogiques en direction des populations».

En marge de leur face à face avec la presse, les évêques ont évoqué dix commandements à l’intention de tout électeur.
De prime abord, l’électeur doit voter selon sa conscience. Il doit respecter le choix des autres citoyens. Il doit chercher à mieux connaître chacun des candidats en vérifiant s’il est honnête, juste compétent, capable de gérer la nation pour le bien de tous.

L’électeur doit chercher à connaître les solutions que chaque candidat entend apporter aux problèmes des Sénégalais. Il ne doit pas vendre son vote pour un sac de riz, du sucre ou de l’argent. Il ne choisira pas les candidats qui prônent la violence ou menacent les autres. Il n’élira pas de candidats corruptibles, corrompus ou corrupteurs. Il ne choisira pas un candidat simplement à cause de sa religion, de son ethnie, de son appartenance familiale ou de sa popularité. L’électeur choisira le candidat qui est plus respectueux des valeurs morales. Il choisira le candidat qui aime le plus son pays et qui est déterminé à le servir et non à s‘en servir.