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Archive for the ‘Chroniques et opinions’ Category

GIAP, LE GÉNÉRAL MEURT À 102 ANS

04 oct

deux articles publiés dans Le Monde vendredi 4 octobre 2013.

Deux avant la bataille décisive de Dien Bien Phu, le journaliste Jean Lacouture dressait déjà, le 5 décembre 1952, dans les colonnes du Monde, le portrait du général vietnamien, mort vendredi 4 octobre 2013, à l’âge de 102 ans.

En février 1946, Vô Nguyen Giap était ministre de l’intérieur du gouvernement présidé par Ho Chi-Minh depuis six mois. Il apparaissait déjà comme le meilleur lieutenant du vieux leader et les journaux vietminh de Hanoï le montraient constamment aux côtés du « président Ho ». Un mois plus tôt il avait « fait » des élections qui donnaient au Vietminh 90 % des voix et une écrasante majorité à la Chambre populaire.

L’homme fort » du régime ne s’imposait cependant pas d’emblée au visiteur qui voyait entrer dans le grand salon de l’ancien résident supérieur au Tonkin, un petit homme de trente-cinq ans environ, mince, un peu voûté ; le large visage coupé de lèvres épaisses aurait paru banal n’étaient le front énorme qui le dominait et les yeux un peu globuleux, mais brûlant d’un feu soutenu. La voix douce se faisait brusquement rugueuse, et le très bon français du leader communiste reprenait alors le rythme sautillant de l’accent vietnamien.

Nous avions naturellement parlé des possibilités d’insérer une indépendance vietnamienne dans la communauté française. Giap dit, abaissant à demi les paupières, et cachant mal une passion sans limite (à Saïgon, un de ses camarades l’avait défini devant nous : le « volcan sous la neige ». Oui, ou le machiavélien romantique) : « Si les conditions sur lesquelles nous ne transigerons pas, et qui peuvent se résumer en ces deux mots : indépendance et alliance, ne sont pas acceptées, si la France est assez myope pour déclencher un conflit, sachez que nous lutterons jusqu’à la mort, sans nous laisser arrêter par aucune considération de personnes, par aucune destruction… » Déjà le petit homme au grand front avait cessé de faire penser à un étudiant « bûcheur », mais dix jours plus tard, le 7 mars, c’est encore un tout autre homme qui se dressait sur le balcon du théâtre de Hanoï, saisissant à pleine main le micro, devant plusieurs dizaines de milliers de Hanoïens venus entendre expliquer par les leaders du Vietminh « pourquoi nous avons traité hier avec les Français ». Le large visage, vu de loin, prenait une puissance léonine. Et la voix, enflée par le micro, une intensité surprenante. Ce fut un tribun populaire, railleur d’abord, et puis violent, d’un cynisme étonnant, qui retourna la foule indécise. Il avait fondé son argumentation sur les nécessités tactiques, parlé de « simple pause », et donné Brest-Litovsk en exemple.

Il n’aima pas beaucoup se l’entendre rappeler, six semaines plus tard, lors de la conférence de Dalat. Chef de la délégation du Vietminh, il luttait pied à pied contre les arguments de la délégation française, dont le conseiller militaire était le général Salan. Dans la pénombre d’une chambre du Lang-Biang Palace, Giap s’expliquait : « J’ai parlé de Brest-Litovsk ? Peut-être. N’y voyez pas de duplicité… Mais nous nous tenons sur nos gardes. J’ai vu les forces de Leclerc. Comment ne tenteriez-vous pas de consolider vos positions ? C’est dans la logique des choses. Il nous faut donc, de notre côté, tenir le peuple en alerte. La lutte est devenue pacifique, à l’intérieur du cadre du traité. Mais elle continue… » Quelques jours plus tard, la lutte diplomatique, menée de part et d’autre avec intransigeance, conduisait la conférence à l’échec. « C’est un désaccord cordial », nous glissait Giap dans un demi-sourire. Trois mois plus tard on comprenait ce que Giap entendait par « dans le cadre du traité »…

Vo Nguyên Giap, intelligent, cultuvé et parmi les meilleurs stratèges du XXe

Le désaccord est devenu sanglant, et le diplomate ironique de Dalat est depuis cinq ans le général Giap, commandant en chef des forces armées du Vietminh, l’homme qui a décidé le massacre de Hanoï du 19 décembre 1946 et qui tient en échec depuis lors les meilleures troupes de l’Union française.

UNE EXISTENCE IMPITOYABLE

Il est né en 1911 à An-Xa, petit village de la province de Quang-Binh, dans le Nord-Annam. Son père cultivait un petit terrain et sa mère tissait la toile. Malingre, l’enfant apprit néanmoins de son père, petit lettré, les caractères chinois. Au collège de Hué il se fit remarquer à la fois par sa passion pour la poésie et son adhésion aux doctrines du vieux révolutionnaire Pham Boï-Chau, rentré depuis peu en Indochine et dont les pamphlets nationalistes enflammaient une partie de la Jeunesse.

Il organisa des grèves d’étudiants, fonda un journal manuscrit et collabora bientôt au Tieng Dan (La Voix du peuple), dirigé par un leader nationaliste déjà célèbre, Huynh Tuc-Hang (qui devait d’ailleurs lui succéder au début de mars 1946 comme ministre de l’intérieur du Vietminh). Entré à 19 ans au parti communiste, il était bientôt arrêté.

Écouter le documentaire « Giap, un mythe vietnamien », diffusée dans l’émission Interception de France Inter en mars 2012.

Quand trois ans après Giap sortit de la prison de Hué, ses parents ne trouvèrent plus les moyens de le nourrir. Il gagna Hanoï, où un professeur du lycée, M. Dang Thaï-Mai, futur leader vietminh, l’hébergea et le prépara au baccalauréat. Il devenait bientôt le précepteur des jeunes frères de son professeur, puis épousait leur sœur. Étudiant en droit, Giap collaborait au journal Le Peuple.

En 1939, lors de l’interdiction du parti communiste, il échappa à une perquisition. Mais plusieurs de ses amis et sa femme étaient arrêtés. Il ne la revit pas. Elle devait mourir en prison, deux ans plus tard (et l’on ne peut oublier cet épisode tragique dès qu’il s’agit de définir Giap, homme de passions totales…). Il réussit à gagner la Chine. Quand il arrive à Yun-Nan-Fou, à trente ans, Vô Nguyen Giap est déjà l’une des trois ou quatre meilleures têtes du PCI (Parti Communiste Indochinois) En décembre 1944, désigné par le « Tong Bo », ou comité central du parti, Giap revient, le premier parmi les leaders du Vietminh, dans la haute région tonkinoise pour prendre le commandement de petits groupes de guérilleros qui luttent d’abord avec une certaine efficacité contre l’administration française et qui, se retournant ensuite contre les « Japs », permettront au Vietminh de se targuer plus tard d’une « résistance » antijaponaise dont le caractère symbolique ne pouvait échapper à l’état-major nippon.

Mais la carrière militaire de Giap est commencée…

L’HOMME DE GOUVERNEMENT

Un tandem unique, le visionnaire HO et le maître des stratégies militaires et de la négociation

Avec Ho Chi Minh, en 1950.

Dans le premier cabinet Ho Chi-Minh, Giap reçoit non le portefeuille de la guerre, mais celui de l’intérieur, celui de l’  » ordre révolutionnaire « . Sa poigne évitera à Hanoï les horreurs de massacres tels que ceux qui le 2 septembre ensanglantèrent Saigon. Mais elle s’appliquera bientôt à une épuration dont les nationalistes non communistes seront les nombreuses victimes.

Entre tous les leaders vietminh, Giap s’impose bientôt comme le  » politique  » par excellence, face aux théoriciens formés à Moscou et aux extrémistes de culture chinoise tels que Ha Ba-Kang, Ho Tung-Mau et Tran Huy-Lieu. Il est alors l’homme des compromis et des coalitions, de la tactique de  » front national « , d’autant plus opportune qu’en France le tripartisme est au pouvoir. Il est aussi tout simplement le plus intelligent et sera l’un des artisans de l’accord du 6 mars 1946 : reconnaissance de fait du gouvernement Ho Chi-Minh et de la  » liberté du Vietnam au sein de l’Union française « .

Le début de la conférence franco-vietnamienne de Fontainebleau marque son apogée politique : Ho Chi-Minh est parti pour la France, et c’est Giap, nommé entre temps président du comité de défense, qui prend en main, pour ne plus les abandonner, les responsabilités fondamentales. Dans son Histoire du Vietnam de 1940 à 1952, Philippe Devillers a résumé cette phase des relations franco-vietnamiennes et de la carrière du leader communiste en ce titre d’un chapitre : « Giap forge ses armes ». Quatre mois plus tard il était en mesure d’opposer à l’ultimatum de Haïphong d’autres menaces et de les mettre à exécution. Qui définira jamais la part exacte des responsabilités dans le déclenchement du coup de force du 19 décembre 1946 ? On pense généralement que c’est Giap qui l’imposa à un Ho Chi-Minh malade et déçu.

La guerre s’ouvrait. Et le président du comité de défense, devenu généralissime, prenait le maquis et devenait le premier maître à bord. A la radio désormais sa voix allait alterner avec celle du président – encore que depuis deux ans l’un et l’autre aient dû souvent céder le pas au secrétaire général du « Parti ouvrier », Doang Xuan-Khu, ou à Truong Chinh, l’un des premiers compagnons d’exil de Giap.

LE STRATÈGE

Le « général » Giap allait-il égaler le militant, le tribun, le diplomate ? Dût-on susciter sa colère, on verra en lui le Trotski de la révolution vietnamienne. Chez lui l’organisateur domine naturellement le stratège, et depuis deux ans le premier a peut-être porté tort au second. Car certains mettent au passif de cet étonnant chef de guerre deux fautes importantes : l’acceptation des grandes batailles et la création de vastes unités régulières, divisions comprises. Les deux erreurs sont liées : grandes unités lourdes en vue de grandes batailles. D’où renoncement à la tactique plus  » payante  » de guérilla généralisée. Mais la faute essentielle de Giap ce fut, selon l’un des meilleurs observateurs de la guerre du Vietnam, un « péché d’orgueil ». Lorsque le général de Lattre fut envoyé à Saigon, Giap prononça à la radio une étonnante allocution : « Les Français viennent d’envoyer à l’armée populaire un adversaire digne d’elle. Nous le battrons sur son terrain. » Et ce fut Vinh-Yen, la première grande bataille de la guerre, les vagues d’assaut des hommes noirs jetées sur les mitrailleuses françaises, une hécatombe. Deux fois encore, à Dong-Trieu et à Ninh-Binh, Giap allait renouveler son défi à de Lattre. Deux fois ses meilleurs régiments remontèrent décimés vers la montagne ou les collines calcaires qui surplombent au sud la rizière du delta. Hanoï s’éloignait de Ho Chi-Minh.

À 65 ans en 1976, l'homme est au meilleur de sa performance

Mais en dépit d’erreurs de conception, surprenantes chez ce réaliste, on convient volontiers dans les milieux militaires qu’il a souvent fait preuve d’une véritable habileté manœuvrière, et que l’offensive sur Ninh-Binh notamment révèle un authentique chef de guerre. C’est néanmoins par l’emploi de la guérilla que Giap fait peser sur ses adversaires la plus lourde menace. Et non seulement la guérilla militaire, mais aussi la politique. Sur ce dernier plan le jeu qu’il mène est d’une virtuosité déconcertante : il sait choisir le moment favorable, l’opération la plus gênante pour ses adversaires, la plus impressionnante aussi pour l’opinion publique de Hanoï, de Saigon ou de Paris. Politique, propagande et stratégie sont en chacune de ses actions constamment liées.

La guerre totale, dont il a donné le signal voilà six ans, il la mène avec une rigueur de leader communiste et de chef de guerre asiatique. « … Nous ne nous laisserons arrêter, disait-il, par aucune considération de personnes, par aucune destruction. » Giap a tenu parole.

Jean Lacouture

Il restera dans l’histoire l’un des grands chefs de guerre du XXe siècle, le seul àavoir successivement défait la France et tenu tête aux Etats-Unis d’Amérique. Le général Vo Nguyên Giap est mort vendredi 4 octobre à l’âge de 102 ans.

La prise du camp retranché français de Diên Biên Phu en mai 1954 et la chute de Saïgon en avril 1975 demeurent les faits d’armes de ce leader au calibre exceptionnel : autorité personnelle, génie de la logistique, tacticien hors pair. Ces succès, indéniables, font du général Vo Nguyên Giap le dernier d’une lignée de grands stratèges vietnamiens qui, au fil des siècles, ont barré avec succès la route du Sud aux Chinois après les avoir chassés de leur sol. Pour sa part, Giap a largement contribué à faire échouer le retour des Français au Vietnam et, dans la foulée, en pleine Guerre froide, à casser la relève que voulaient assurer les Américains.

Né le 25 août 1911 dans un village du Vietnam central, issu d’une famille de modestes lettrés, Giap a vécu sa jeunesse dans une atmosphère de nationalisme militant : démêlés avec la Sûreté française, dont deux années en prison, de 1930 à 1932. Il passe son bac (français) en 1934, puis enseigne l’histoire et le français à Hanoï, au lycée Thang Long, creuset de militants anticolonialistes. En 1937, à l’époque du Front populaire, il adhère au PC clandestin vietnamien.

Dès lors, son itinéraire est tracé. En mai 1940, en compagnie de Pham Van Dông, futur premier ministre (1954-1986), Giap se rend en Chine pour y rencontrer, pour la première fois, Hô Chi Minh, fondateur du PC en 1930. Il a épousé en 1939 une militante originaire de la même province que lui, qui lui a donné un enfant en 1940. Il ne la reverra jamais : peu de temps après son départ, elle est arrêtée par la Sûreté française. Vicieusement torturée, elle meurt en prison, dit-on, en se suicidant. Giap ne l’apprendra que quelques années plus tard.

FASCINÉ PAR BONAPARTE

Au Lycée Thang Long, à la veille de la seconde guerre mondiale, ses élèves l’avaient surnommé « le général » ou bien, plus précisément, « Napoléon ». Si Giap s’est nourri des expériences de ses illustres prédécesseurs qui, au fil des siècles, ont infligé de cinglantes défaites aux envahisseurs chinois, il a aussi étudié dans le détail les campagnes de Bonaparte. Les premiers lui ont appris l’art d’utiliser le terrain, de s’adosser à la cordillère indochinoise, d’assurer ses arrières, d’attirerdans des pièges ses adversaires.

Dien Bien Phu, de son PC il dirigea les batailles qui furent un échec pour l'armée française

Des tactiques de Bonaparte, Giap a retenu en particulier « l’effet de surprise ». En ce qui concerne Diên Biên Phu, nous a-t-il raconté un demi-siècle plus tard, « le chef de nos conseillers chinois s’était prononcé pour une attaque rapide » du camp retranché français situé dans une plaine limitrophe du Laos. L’attaque est fixée au 25 janvier 1954, à 17 heures, soit peu avant la tombée de la nuit. A la dernière minute, Giap s’accorde un délai supplémentaire de 24 heures. Puis il « donne l’ordre de retirer les troupes, y compris l’artillerie «  » La décision la plus difficile de ma carrière de commandant en chef ».

Pourquoi ? « Pour attaquer, j’ai attendu d’entendre à la radio le général Navarre déclarer que la marée Vietminh est étale… », nous a-t-il expliqué. Navarre est alors le chef du corps expéditionnaire français en Indochine et c’est lui qui a décidé d’établir un camp retranché proche de la frontière entre le Laos et le Vietnam pour y attirer les divisions du Vietminh. « Etale », répète Giap en souriant. « Et je suis passé à l’action ! » Le 23 mars. Le PC du général de Castries, commandant du camp retranché, sera occupé le 7 mai, moins de deux mois plus tard.

Giap nous a également rapporté le développement suivant. Quelques semaines avant l’ultime « offensive générale » communiste qui se terminera avec la capitulation de Saïgon le 30 avril 1975, la rade stratégique de Danang, dans lecentre du pays, est encerclée par les troupes communistes. « Le gouvernement de Saïgon, celui de Nguyên Van Thiêu, a donné l’ordre au chef local, le général Ngô Quang Truong, de tenir ‘jusqu’à la mort’. Je donne l’ordre à la division 312 d’attaquer Danang. Son commandant me répond : ‘L’ennemi est assez fort, jevous demande sept jours’. Je lui dis : ‘Je prévois que Ngô Quang Truong va seretirer par la mer. Combien de temps lui faudra-t-il ?’ ».

>> Ecouter le cinéaste Pierre Schendorffer sur le général Giap, dans l’émission « Cinq colonnes à la une », en 1964.

« Au moins trois jours », finit par lui répondre, en communication radio, le chef de la 312. « Alors, je vous donne trois jours. Ordre est donné aux troupes de se déplacer en plein jour, de descendre la RN1. Vous serez bombardés par l’artillerie de la marine adverses, mais cela n’est pas grave », dit Giap. « Ainsi, a-t-il poursuivi, non seulement la poche de Danang est réduite mais nous avons disposé de plusieurs divisions supplémentaires pour l’attaque finale de Saïgon »« Je leur ai simplement dit : ‘foncez sur Saïgon !’ ». Une fois de plus, l’effet de surprise, la « concentration des troupes »« l’audace », voilà ce que Giap a également retenu de son analyse des campagnes de Bonaparte (il ne parle pas de Napoléon Ier, l’empereur, le politique, qui le fascine nettement moins).

CONFIANCE TOTALE DE SES LIEUTENANTS

Créée seulement à la fin de seconde guerre mondiale, l’armée du Vietminh s’exécute sans broncher. En 2004, à notre grand étonnement, Giap s’est exclamé : « Le retour de l’île d’Elbe, c’est formidable ! », dans une allusion aux troupes royales envoyées par Louis XVIII pour barrer la route à l’empereur et qui, au lieu de le faire, se rallient à ce dernier. Pour Giap, c’est un clin d’œil aux rapports qu’il a établis avec ses propres lieutenants : ils lui obéissent au doigt et à l’œil, ils lui font une totale confiance.

Giap s’est également avéré un génie de la logistique. Il nous a rappelé un jour la formule utilisée par Bonaparte lors de la campagne d’Italie« Là où une chèvre passe, un homme peut passer ; là où un homme passe, un bataillon peut passer ».« A Diên Biên Phu, avait-il poursuivi, pour livrer un kilo de riz aux soldats qui menaient le siège, il fallait en consommer quatre pendant le transport. Nous avons utilisé 260 000 porteurs, plus de vingt mille bicyclettes, 11 800 radeaux, 400 camions et 500 chevaux ». Sous protection d’une forêt dense, les pièces d’artillerie du Vietminh ont été démontées pour être acheminées sur les collines qui surplombent le camp retranché, où elles ont été réassemblées.

Toutefois, dans le domaine de la logistique, la réalisation la plus étonnante a été, dans les années 60, la « piste Hô-Chi-Minh », immense dédale de pistes abritées dans la jungle et de boyaux qui descendent du nord vers le sud en empruntant le sud laotien et le nord-est cambodgien afin de contourner le dispositif de défenseaméricain dans le Sud. Une « voie à sens unique », diront plus tard les bô dôi, les bidasses nord-vietnamiens. Mais les Américains ne parviendront jamais à coupercette ligne de ravitaillement – hommes, munitions, matériels, chars, blindés – même en recourant à des bombardements massifs, aux défoliants, aux parachutages de centaines de milliers de mines et de pièges anti-personnels.

L’AUTORITÉ DILUÉE D’HÔ CHI MINH

Toutefois, personne n’est prophète à domicile et Giap en fera l’amère expérience. Père d’une indépendance qu’il a proclamée le 2 septembre 1945 devant une foule enthousiaste d’un million de gens à Hanoï, Hô Chi Minh a toujours dû composeravec les éléments intransigeants qui dominent le politburo du PC vietnamien. Apartir du milieu des années 60, son autorité se dilue. Il devient une icône sans grande influence plusieurs années avant sa mort en 1969. Le général Giap perd son principal point d’appui.

Giap honoré et conscient de sa place dans l'histoire u Vietnam

Entre Giap et Lê Duân, éternel secrétaire général du PC, le torchon brûle dès 1966, à telle enseigne que, quand les communistes attaquent une centaine de villes du Sud en 1968 – la fameuse offensive du Têt –, Giap a été envoyé enEurope de l’Est. Il ne sera rappelé au commandement en chef, avec tous pouvoirs, qu’en 1972 pour organiser avec succès la défense du Nord, notamment de Hanoï, contre les terribles bombardements aériens américains auxquels participent les B-52, forteresses volantes.

La victoire de 1975 place Giap sur la touche, à l’exemple d’autres stratèges vietnamiens, jugés trop brillants et trop influents pour ne pas être dangereux. Ce fût notamment le cas, au début du XVe siècle, de Nguyên Trai, fin lettré et grand général, condamné à l’exil intérieur pour ne pas faire d’ombre à son empereur, Lê Loi.

En 1976, année de la réunification officielle du Vietnam, Giap perd le commandement des forces armées. Quatre ans plus tard, le ministère de la défense lui est retiré. Lors du Ve Congrès du PC, en 1982, il n’est pas réélu au bureau politique. En public, Giap ne dit jamais rien et continue d’avoir recours à la langue de bois du communiste discipliné. On le montre aux anniversaires des victoires et ses propos sont censurés. Il lui arrive de passer des mois sans apparaître en public. La propagande officielle lui refuse même la reconnaissance du rôle décisif qu’il a joué dans la victoire de 1975, en transformant, de main de maître, le repli des troupes du Sud en débâcle.

Ecouter le documentaire « Giap, un mythe vietnamien », diffusée dans l’émission Interception de France Inter en mars 2012.

Quand Lê Duc Tho – l’un des ténors du noyau dur du PC et le vis-à-vis de Henry Kissinger lors des négociations de Paris – s’éteint en 1990, Giap tente dereprendre en mains le parti. Mais sa tentative, à l’époque de l’effondrement du Mur de Berlin, fait long feu. Au cours d’un débat à huis clos du Comité central du PC, un délégué lui arrache même des mains un micro, selon le général Pham Xuân Ân (1927-2006). En 1996, Giap est chassé du Comité central et perd, six mois plus tard, son portefeuille de vice-premier ministre en charge de superviser l’économie.

RETOUR SUR LA SCÈNE POLITIQUE

Puis, le temps fait son œuvre, de nouvelles générations de dirigeants se mettent en place, l’information circule plus librement avec le développement exponentiel de la Toile. Giap est toujours là. Il retrouve des coudées plus franches. Comme il a gardé toute sa tête, il en profite pour dire de temps à autre son mot. C’est le cas lorsqu’éclate, en 2009, la controverse sur l’exploitation par des Chinois des énormes gisements à ciel ouvert de bauxite sur les hauts plateaux du Sud.

Les Français, puis les Soviétiques, avaient refusé de le faire, de peur de provoquerun désastre écologique. Giap écrit son hostilité à ce projet à deux reprises au bureau politique. Il connaît le dossier : il était encore ministre, en charge de l’économie, quand, au début des années 90, les experts soviétiques sont venus établir leur rapport. La campagne contre l’exploitation de la bauxite place le gouvernement sur la défensive et le contraint à des ambitions plus modestes.

Devenu centenaire en 2011, très affaibli physiquement, souvent sous perfusion et hospitalisé, Giap ne s’est pratiquement plus manifesté. Entre-temps, comme tous les Vietnamiens qui ont mené une vie censée être exemplaire, Giap a commencé, de son vivant, à faire l’objet d’un culte. Il est en passe de devenir un génie tutélaire. Pour ne pas être de reste, le gouvernement a décidé, en 2012, de lui consacrer un musée.

Hô Chi Minh a eu un réflexe de génie. Quand Giap est allé le rejoindre en juin 1940 dans le sud de la Chine, il n’était âgé que de 29 ans et n’avait aucune formation militaire. Comment le révolutionnaire déjà chevronné – l’oncle Hô avait alors la cinquantaine – a-t-il deviné que le jeune militant avait l’étoffe d’un grand capitaine ? Hô lui a confié la formation des forces d’autodéfense puis la fondation de l’armée populaire vietnamienne. Dès 1948, il en a fait un général de corps d’armée, rang que Giap occupait encore le jour de sa mort.

Jean-Claude Pomonti

 

SAINT-PIERRE NOTRE ÉCOLE : CINQUANTE ANS

14 mar

Chers Amies et Amis, officiels et toutes et tous les anciens,

Tu es notre école et les frères les animateurs de cette famille, de cet espace de vie. Nous sommes honorés de vivre avec Toi, de vivre ensemble, ce moment béni des cinquante ans de présence de la congrégation, des cinquante ans de vie de tous les frères qui ont participé à cet immense projet éducatif et important projet de foi engagée. La poésie est pour moi la manière de dire notre fierté et notre joie mais aussi de louer le Seigneur.

Nous sommes sûrement un nombre restreint d’anciens, parmi les premières promotions à pouvoir y être à titre d’anciens Frères de Saint-Gabriel et d’anciens de l’École Saint-Pierre, un privilège que j’assume avec beaucoup de fierté et d’humilité. Ces quelques vers pour porter nos voix en une cadence qui est celle de nos vies et qui monte en cette matinée comme une louange.

Garder des nos origines des liens qui définissent une certaine identité

1. Cinquante ans de sourires aux comètes de la paix
2. Cinquante ans d’accolades au temps des rêves
3. Cinquante ans de voix chantant à l’unisson la Bohème
4. Cinquante ans d’oiseaux volant en formation
5. Cinquante ans de sirènes perçant les flots
6. Cinquante ans de cithares pour la musique princière
7. Cinquante ans d’étoiles au firmament du bonheur
8. Cinquante ans de flambeaux à la gloire du cœur
9. Cinquante ans de rayons des forces cordiales
10. Cinquante ans aux sources des faveurs célestes
11. Cinquante ans de fleurs illuminant l’espace
12. Cinquante ans pour les chutes des douceurs spirituelles
13. Cinquante ans de vagues pour chanter l’amour
14. Cinquante ans de vers pour louer l’honneur
15. Cinquante ans de saveurs glorifiant l’harmonie
16. Cinquante ans de soleils de fierté immense
17. Cinquante ans de lueurs de tendresse extrême
18. Cinquante ans d’éclairs pour éclater les émotions
19. Cinquante ans de lunes de sensualité nouvelle et éternelle
20. Cinquante ans pour les eaux de la pureté totale
21. Cinquante ans de souffles d’inspiration profonde
22. Cinquante ans de lignes pour marquer la fierté
23. Cinquante ans sur les sentiers de l’aventure
24. Cinquante ans à faire pousser les herbes pour verdir les champs
25. Cinquante ans à donner et à transmettre aux jeunes
26. Cinquante ans à inventer tous les jours
27. Cinquante ans à créer de nouvelles manières d’être
28. Cinquante ans à écouter pour mieux servir
29. Cinquante ans à traduire dans la vie les théories et les méthodes
30. Cinquante ans à apprendre aux jeunes la patience
31. Cinquante ans à former les cœurs et les esprits
32. Cinquante ans à modeler un environnement
33. Cinquante ans pour l’écoute et la compréhension
34. Cinquante ans pour parler au nom de la foi
35. Cinquante ans pour agir au mon de la science
36. Cinquante ans pour marcher sur les chemins de la créativité
37. Cinquante ans à chercher et à poursuivre des recherches
38. Cinquante ans aussi pour partager des convictions
39. Cinquante ans, parfois dans le doute, souvent dans l’imprévisible
40. Cinquante ans pourtant avec énergie et fierté
41. Cinquante ans en mission pour le bien commun
42. Cinquante ans en classe, sur les airs de vie et en lien avec la communauté
43. Cinquante ans de routine et d’innovation
44. Cinquante ans de combats et de découragement
45. Cinquante ans de célébration et de joie
46. Cinquante ans de surprises et d’angoisse
47. Cinquante ans de sacrifice et d’enthousiasme
48. Cinquante ans de riches rencontres et de nouvelles créations
49. Cinquante ans de développements inédits et de bonheur
50. Cinquante ans de flèches pour un anniversaire de promesse et de liberté.

Garder le cap sur l'avenir

Yves ALAVO
Au jour du 20 octobre 2011.
50e Anniversaire de présence des Frères de Saint-Gabriel à l’École Saint-Pierre.

 

MAI 68- MAI 2008, VERS UN NOUVEAU PRINTEMPS ?

13 déc
MAI 68- MAI 2008, VERS UN NOUVEAU PRINTEMPS ?
Mois magique, historique métaphore du changement véritable, figure et thème universels de  toute révolution fondée sur les principes de l’équité, sur la recherche de la dignité du travail et des travailleurs, sur la lutte pour les droits humains fondamentaux, dont les droits socioéconomiques, monument de la libération féminine et de l’émancipation masculine de tous les atavismes politiques et psychologiques, Mai 68 est essentiel à la mémoire et à l’histoire du 20e siècle.  Premier vent de changement vraiment mondial, précurseur de la vague altermondialiste.

Commémorer ce printemps des âmes pour toute une génération, fonctionne comme une relecture, mais avec les lunettes actuelles.  Cette démarche nous impose une capacité d’analyse qui nous permet de dire que l’ancrage de toutes les revendications sociales, que la montée des aspirations politiques, ainsi que le déploiement des combats économiques de mai 68, sont d’une actualité criante.  Le souffle de la liberté face aux impérialismes, la ténacité des luttes paysannes et la détermination des masses ouvrières et des techniciens spécialisés face au capitalisme devenu encore plus féroce en 2008, sont à raviver et à maintenir.

Ces démonstrations et ces engagements de l’époque sont une nécessité plus vitale aujourd’hui.  Nous ne pouvons pas être nostalgiques ou romantiques, nous devons utiliser le tremplin de mai 68 pour aller plus en avant afin de contribuer à enraciner solidement notre engagement total pour plus de liberté et plus de justice sociale et politique.  S’impose aujourd’hui un combat mieux structuré, se justifie une stratégie faite de concertation entre toutes les classes socioéconomiques plus rationnelle.

Nous avons accumulé des reculs monumentaux dans tous les secteurs de l’activité humaine, tant individuelle que collective.  Les inégalités de toutes sortes sont plus grandes entre individus, entre nations entre peuples.  Les écarts entre les riches et les autres sont encore plus criants au 21e siècle qu’ils ne l’ont jamais été.  Nos systèmes administratifs, nos machines sociales et politiques carburent à l’injustice, roulent au profit sans honte et sans vergogne, se développement grâce à l’exploitation sauvage et érigent des économies voraces, des instruments destructeurs de la dignité humaine, partout sur la planète.

Le tissu fin de nos acquis sociaux, de nos moyens politiques, des nos pouvoirs économiques et de nos identités culturelles, s’il est plus superficiellement et plus formellement solide à cause des chartes que nos batailles ont mis au monde, grâce aux conventions nationales et internationales fruits de nos souffrances et des droits reconnus sur papier dans les déclarations et les amendements que nous avons imposé et fait adopter démocratiquement; ce tissu est d’autant plus fragilisé dans sa structure qu’il laisse voir un progrès là où l’érosion  en profondeur de nos droits sociaux, polit

Un regard prospectif nous permet d’établir, continent après continent, un bilan très mitigé de l’état mondial des droits humains et des luttes de tous les peuples pour leur libération.  Au moment concomitant, où se marquent 40 ans des luttes de Mai 68 et 60 ans depuis la proclamation et l’entrée en vigueur en 1948 de la Déclaration universelle des droits de la personne, les figures du Mahatma Gandhi, de Nelson Mandela, de Martin Luther King jr. se profilent face à celles de Ernesto Guevara, de Steve Biko, de Mère Térésa.

Les victoires des peuples d’Amérique du Sud (Brésil, Bolivie, Chili, Venezuela, Cuba, Pérou, Paraguay) sur les dictatures militaires et tortionnaires, la globalisation des contestations écologistes pour un développement humain durable et juste, nous encouragent.  Les avancées de certaines communautés africaines pour éradiquer l’analphabétisme, pour créer les fondations de systèmes de santé fonctionnels, et pour gérer des coopératives de commerce équitable, mais surtout le rayonnement de la contestation des artistes africains engagés, nous réconfortent.

Encore mieux, les déploiements asiatiques d’économies dont certaines s’articulent autour du microcrédit ainsi que la prise en main par les communautés de base de leur destin socioéconomique, nous donnent des motifs d’espoir.  Et plus, les nouvelles orientations européennes des socialistes pour proposer un nouveau contrat social (Congrès de Reins en novembre 2008) face à la dictature du marché, ajoutés les résultats des forums sociaux mondiaux pour une véritable société civile universelle, en vue aussi l’extraordinaire campagne présidentielle du candidat démocrate Barack Obama, autant de raisons d’espérer qui font naître une solidarité nouvelle des nations et des peuples, ce dont Mai 68 est le ferment le plus puissant.

 

Le Petit lexique de l’économie sociale au Collège Ahuntsic

12 déc

Petit Lexique de L’EScartons-logo

Lancement du Petit lexique d’économie sociale
au Collège Ahuntsic

Une cérémonie a été organisée à la Bibliothèque Laurent-Michel-Vacher du Collège Ahuntsic, le jeudi 29 novembre, pour souligner le lancement du Petit lexique d’économie sociale, en présence de membres du personnel et de nombreux invités.

Mme Nancy Neamtan, présidente et directrice générale du Chantier de l’économie sociale qui a préfacé le livre, s’est adressée aux invités. Plusieurs entreprises d’économie sociale étaient représentées à l’événement, notamment La maison du développement durable, la Tohu, Imprime-emploi et Espace-temps. La Conférence régionale des élus de Montréal (CRE de Montréal ) a également participé au lancement, reconnaissant ainsi le bien-fondé de la démarche du Collège auprès des entreprises montréalaises d’économie sociale.

Objectif de l’ouvrage

Le lexique a été réalisé pour souligner « 2012 Année internationale des coopératives » et pour sensibiliser la communauté collégiale au langage de l’économie sociale et des coopératives. Plus d’une trentaine d’employés du Collège ont participé à cet ouvrage collectif. Les auteurs se sont donné comme mission de définir dans un langage accessible un terme de leur choix en économie sociale. En 2013, le lexique sera utilisé à titre expérimental dans un contexte pédagogique, dans un cours se rapportant à l’économie sociale, ce secteur si innovant et dynamique de l’économie québécoise.

Genèse du projet

Depuis toujours, le Collège Ahuntsic accueille des étudiants provenant de tous les milieux socio-économiques. Au fil des ans, plusieurs projets ont été mis sur pied par le Collège ou par les membres de sa communauté pour tenter de réduire des inégalités ou pour mieux répondre aux besoins spécifiques de certains étudiants. En 2011, Mme Paule Mauffette a mené une recherche exploratoire portant sur la pertinence pour le Collège Ahuntsic de s’engager dans le secteur de l’économie sociale. Elle en a conclu qu’il y avait une volonté dans l’établissement de se rapprocher des milieux de l’économie sociale afin d’élargir le champ d’action du Collège en tant que maison d’enseignement et de formation de la main d’œuvre. La production du Petit lexique de l’économie sociale s’inscrit dans la foulée de cette décision de travailler en mode de collaboration et de développement avec les entreprises d’économie sociale.

Pour se procurer un ou plusieurs exemplaires du Petit lexique de l’économie sociale, on doit en faire la demande par écrit à l’adresse collectif.innovation@collegeahuntsic.qc.ca. Le lexique est offert gracieusement aux entreprises d’économie sociale qui précisent l’usage qu’ils comptent en faire.

à voir :

http://novae.ca/actualites/2012-12/un-guide-de-l%E2%80%99economie-sociale

 

LIONEL MESSI, TROUBADOUR ET PRESTIDIGITATEUR DU BALLON ROND

12 déc

Enfant prématuré, Lionel Messi, adulte à 25 ans à 1 m 69 de taille, cet attaquant vient de battre un record exceptionnel (1972 Gerd Müller 85 buts et 2012 Lionel Messi 91 buts en une année civile) dans une période de l’histoire du football mondial qui elle est plutôt différente de celle au cours de laquelle son prédécesseur, l’allemand Müller, a réussi son exploit.

Jamais, je crois pouvoir l’affirmer, car Messi a déjà trois ballons d’or, un joueur de club de très haut niveau, comme l’est le Futball Club de Barcelona (FCB), ne répétera cette série de buts, souvent d’anthologie, en une seule année civile, sur notre planète. Quelques artistes du ballon rond, atteignent ce statut, selon leurs spécialités et les caractéristiques de jeu de leur environnement d’évolution. Des noms émergent en comparaison et juste par analogie : Edson Arentès Do Nascimiento (Pelè), Just Fontaine, Kopa, Alfredo Di-Stefano, Roger Milla, Zinedine Zidane, Frantz Bekenbauer, Gerson, Tostao, Didi, Vava, Lev Yachine, Iker Casillas, Diego Armando Maradona, Johann Cryuff, Iniesta.

Joie de jouer en équipe et de marquer des buts d'anthologie

De tous les praticiens-phénomènes qui ont, par leur jeu, leurs aptitudes physiques, leurs composantes physiologiques, psychomotrices et leurs qualités intellectuelles, marqué ce sport populaire et accessible, le plus pratiqué sur la face de la terre, peu ont, avec constance, avec art et méthode, mais aussi avec un génie polymorphe, porté aussi haut les standards avancés, en conception et dans l’exécution, des partitions footballistiques locales, nationales et internationales. Leo Messi, vient d’écrire une œuvre distincte et d’une immense portée.

La principale caractéristique du jeu de Lionel Messi est sa coordination /anticipation / exécution d’une fluidité qui intègre une combinatoire séquentielle neuro kinesthésiologique, d’une facture asymétrique. Sa morphologie n’explique pas tout son talent dynamique, sa vision périphérique, précise est au moins égale à celle d’un autre génie du ballon rond, Zizou, pour les amis. Messi est peut-être un des rares magiciens des pelouses à anticiper sur les anticipations de ses partenaires autant que sur celles de ses adversaires. Par ailleurs, il a un jeu complet, au service de l’équipe, défendant avec autant de précision et de stratégie, qu’attaquant, dans une harmonie coulante ou brisée, selon les phases tactiques de déroulement du match. Alors, ses accélérations, ses dribbles et ses contre-dribbles chaloupés, ses feintes mobiles, comme celles d’un danseur de claquettes, ses coups de pattes ou ses crochets inégaux en longueur et variés dans leur courbes, finissent par donner le tournis à toutes les défenses du monde. Tel est Messi, danseur / trapéziste /athlète / chef instrumentiste et prestidigitateur de la planète foot.

4 ballons d'or certifient l'exceptionnelle contribution à l'art footballistique

Combien de fois, Messi a-t-il surpris, gardiens de buts, latéraux et centraux dans les surfaces de réparation, sur les alentours des points de tir des pénaltys, au sol ou dans les airs, par une frappe imprévisible, par un crochet triple impossible à effectuer selon les normes de la gravité, par une double accélération sur un mètre et demi entre le piquet du coup-de-pied de coin et le premier poteau immédiat? Combien de fois ses passements de jambes en rythme africain et en samba ou alors en capoeira ou en tango ont figés d’admiration et d’envie, joueurs solidaires et forcenés des stades ? Très difficile de répondre à de telles questions car des chaussures à crampons de Messi monte pour l’éternité la poésie gestuelle et conceptuelle du troubadour vivant et intemporel.

Yves Alavo

 

ÉCOLE DES SABLES UN BILAN 2011, JANT-BI. DANSE CONTEMPORAINE AFRICAINE

24 jan


STAGES

Stage des ainés
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Conçu pour les ainés de plus de 50 ans, ce stage de 2 semaines (du 10 au 22 janvier 2011) animé par Elizabeth Cameron Dalman (Australie) et Germaine Acogny a proposé une découverte de la culture sénégalaise et la pratique d’une danse douce et harmonieuse. Le mouvement, le rythme, les instruments traditionnels, le conte et la poésie se sont alliés à la brise de l’Océan Atlantique et aux murmures de la savanne pour insuffler le bien être du corps et de l’esprit.
La joie de vivre et de danser ont réuni 18 participants : une première édition, une grande réussite !

Stage Transmission – Phase 2
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La deuxième phase du stage de transmission de la technique de danse Africaine Moderne de Germaine Acogny réservé à d’anciens stagiaires a réuni des danseurs de Hollande, Espagne, USA, Ethiopie, Togo, Bénin, Sénégal et RDC du 26 janvier au 16 mars 2011.
Les participants se sont perfectionnés dans cette technique afin d’être en mesure d’en faire usage dans leur travail pédagogique et leur développement chorégraphique personnel.
Stage Correspondances
« Danses Africaines/Danses Hip Hop »
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Ce stage de formation professionnelle ouvert aux danseurs de toute l’Afrique s’estdéroulé du 4 avril au 11 juin 2011. Renouer, explorer, déconstruire et réinventer les correspondances entre  les danses traditionnelles et contemporaines africaines et les danses Hip Hop : ces objectifs ont amené 41 danseurs africains de 20 pays différents à se rencontrer pour un échange, une émulation et une inspiration mutuelle avec l’aide de professeurs spécialisés pour une danse innovante et originale qui dépasse les frontières identitaires et pose de nouveaux jalons pour la danse de demain.
Les pays suivants étaient représentés : Afrique du Sud, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée Equatoriale, Kenya, Madagascar, Mali, Mozambique, Nigeria, RDC, Tchad, Togo, Ouganda, Sénégal.
Stage « Croisement des Chemins »
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Ce 14ème Stage de Formation Professionnelle en Danses Traditionnelles et Contemporaines d’Afrique, « Croisement des chemins » se déroule depuis le 18 juillet et jusqu’au 27 août 2011; il donne la possibilité aux danseurs, chorégraphes, professeurs du monde entier de découvrir la richesse, la variété, l’essence et la complexité des Danses Africaines et d’améliorer par ce moyen leurs compétences techniques et créatives. C’est aussi l’occasion de la rencontre entre les univers professionnels variés de danseurs du monde entier avec une quinzaine de danseurs africains, tous anciens sablistes, réinvités pour ce stage international. De nouveaux horizons pour tous !

ACCUEIL ET RESIDENCES

Stage Multiculti

Une première pour l’Ecole des sables : l’association Multiculti a organisé un séjour de deux semaines à l’Ecole des Sables et a accueilli une trentaine de personnes d’Europe et desEtats Unis amoureuses  de  la danse africaine et venues passer les fêtes de fin d’année en Afrique.
Le succès de ce stage laisse penser que l’expérience sera reconduite en décembre 2012.
Echange Toubab Dialaw
Après une première visite en 2008, le collège Jacques Prévert de Lyon a organisé un deuxième séjour à l’Ecole des Sables du 27 février au 7 mars 2011 à travers le projet « Echange Toubab Dialaw ».
Les liens créés entre les jeunes filles françaises et sénégalaises se sont renforcés autour de la danse et ont abouti à de nouveaux projets concernant notamment la mise en place de la bibliothèque de l’école de Toubab Dialaw.
Résidence de création

La Compagnie Rêvolution dirigée par Anthony Egéa (France) a élu domicile pendant tout le mois de mars 2011 à l’Ecole des Sables. La pièce « Rage » en est le fruit ; elle réunit six danseurs issus du Gabon, Mali, République Centrafricaine, Burkina Faso, Union des Comores et Congo. Anthony Egea, inspiré par l’énergie et la danse métissée de ces danseurs, propose un travelling sur une AFRIQUE contemporaine où les scènes de vie s’égrainent. La Première est prévue le 2 février 2012 à Bordeaux.
Plateforme Danse

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A  l’initiative du Goethe institut de Dakar s’est tenue à l’Ecole des sables la plateforme de danse : Network Meeting Contemporary Dance of West Africa, réunissant desdanseurs, chorégraphes, pédagogues de différents pays de l’Afrique occidentale et centrale. L’objectif était de permettre à ces professionnels de se rencontrer  pour échanger, instaurer de nouveaux réseaux entre les artistes variés et de promouvoir la danse contemporaine en Afrique. Cette initiative a permis la rencontre des acteurs expérimentés et de ceux qui sont sur le chemin de l’émergence artistique et chorégraphique. Après un « Bilan et Perspective de la Danse Contemporaine depuis le lancement de la rencontre de la Danse en 1990. » les thèmes suivants ont été abordés: « Rapport entre l’Héritage et la Danse Contemporaine », « Définition ou Conception de la Danse Contemporaine », « Formation-Financement-Diffusion-Structure »,« Danse contemporaine et son public/ Pour qui dansons nous ? », « Rapport entre la Musique et la Danse ». Les moments de réflexion ont alterné avec desmasterclass.  La plateforme a été dirigée par Soleymane Coly de Côte d’Ivoire.
COMPAGNIE JANT BI
Tandis que « Waxtaan » a continué ses tournées à travers le monde : du 2 au 23 octobre 2010 au USA, en novembre 2010 et janvier 2011 en Allemagne, le Sénégal a accueilli en décembre 2010 la 3ème édition du Fesman, Festival Mondial des Arts Nègres. Un despoints culminants de cette manifestation hors norme a été la représentation de la pièce les  Ecailles de la Mémoire par les Cie Jant-Bi et  Urban Bush Woman (New York) au Théâtre Daniel Sorano de Dakar et à St Louis.
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Cette pièce s’est tissée à partir de la relation très étroite entre Jawole Willa Jo Zollar (Etats-Unis) et Germaine Acogny (France/Sénégal) et leurs compagnies respectives – les 7 femmesdes Urban Bush Women de New York et les 7 hommes de la compagnie JANT-BI. Elle développe les thèmes de la mémoire, la résistance et de l’amour et fait apparaître les liens entre afro-américains et africains.
FLY : Five First Ladies of Dance
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Germaine Acogny, Carmen de Lavallade, Dianne
Mcintyre, Bebe Miller et Jawole Willa Jo Zollar, grandes dames de la danse (entre 60 et 80 ans), ont repris leur voyage FLY à travers les Etats Unis en novembre et décembre 2010. Ce projet ,initié par 651 Arts à New York, a permis à ces artistes pionnières de la danse afro-américaine et africaine de présenter leur solo au cours d’une soirée partagée hors du commun.

Germaine ACOGNY : Songook Yaakaar (Affronter l’Espoir)
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Avec son nouveau solo, Songook Yaakaar, Germaine Acogny nous livre une parole sur l’Afrique, ses grandeurs et ses failles, sans détour ni violence, mais avec courage. Dans ce solo, dansé, parlé, engagé et universel, elle prouve qu’elle reste une aventurière prête au risque. Il a été présenté en Première à  la Biennale de la danse, Lyon / France en septembre 2010 et a été retransmis par Arte Live Web (toujours accessible sous forme d’extrait sur www.numeridanse.tv).

Une tournée européenne a emmené Germaine Acogny en Belgique dans le cadre du Cinquantième anniversaire des indépendances africaines dont elle a été la marraine, en Allemagne, en Italie, en France et bien sûr au Sénégal en juin dernier.
A VENIR

Un projet « culotté » à l’Ecole des Sables: la naissance de la Compagnie Jant-Bi femmeset une première création en cours ! Le pendant féminin de la compagnie Jant-Bi (uniquement masculine) a vu le jour début 2011 autour de l’implication de jeunes danseuses sénégalaises formées à l’Ecole des Sables sous le double regard de Germaine et Patrick Acogny. Nous sommes très fiers de préciser que 5 d’entre elles sont issues du village de Toubab Dialaw.
Après le succès international de Waxtaan, pièce chorégraphique pour 8 danseurs et 5 musiciens hommes, la collaboration entre Germaine et Patrick Acogny signe un nouveau défi tout en continuant l’exploration des danses patrimoniales. Le duo mère & fils propose  Afro-dites, kaddu Jigeen ! Une pièce mordante d’ironie, d’humour et d’amour sur la société urbaine sénégalaise.
Un regard décapant sur les coutumes, les habitudes quotidiennes, sur les paradoxes et contradictions africaines de la vie contemporaine. Afro-Dites, c’est l’histoire de 7 femmes sénégalaises qui prennent la parole, de leur regard sur la société, sur les hommes, la famille, l’immigration, les enfants, la religion, l’amour, le devoir. 7 femmes remplies de drôleries, de lucidité, de tristesse parfois, mais surtout pleines d’un formidable optimisme… 7 femmes qui partagent leur intimité, leur vulnérabilité et par là-même, nous montrent leur grande force et leur soif de la vie.
L’Afrique danse certes, mais elle sait se faire sérieuse, impertinente, drôle, surtout quand les femmes prennent la parole.
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Afro-dites, kaddu Jigeen !
Les partenaires de l’Ecole des Sables
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HECTOR PÉREZ GONZALÈZ : ARTISTE POUR LA JUSTICE SOCIALE

24 jan

Le nouveau chargé de projets ou coordonnateur de Visions sur l’art Québec, est en soi le parfait candidat à la trilogie équité, accessibilité et diversité, qui résonne comme un slogan universel pour une société qui aspire à un mieux-être collectif.  La trame de sa vie, celle qui permet, au fond, d’en comprendre le fil conducteur, c’est la constance et l’infatigable application à vivre en exerçant son métier, artiste du visuel, comme un sacerdoce afin de réduire le nombre d’exclus.  Artiste pour agir afin de favoriser l’intégration ou l’inclusion des personnes handicapées dans la société, dans son ensemble, en stimulant leur développement personnel ce qui contribue à accroître l’estime de soi.

Toute la démarche d’Hector Pérez Gonzàlez vise, à partir du mentorat ou du partage d’expériences, de la mise en commun de techniques, par l’adhésion à une vision esthétique, effort qui permet de bâtir un tremplin pour mieux se situer en s’exprimant.  Cette action sur soi contribue à faire prendre conscience à chacun du pouvoir considérable de l’art pour briser les barrières et élever les esprits.  L’art pour vaincre les préjugés et, via la force de la solidarité interdisciplinaire (apport des psychologues, des éducateurs, des intervenants sociaux et des thérapeutes), arriver à une intégration, à une immersion dans toutes les sphères de la société des personnes ayant des limitations.

Né à Cuba, il y a fait tout son cursus scolaire et universitaire : l’Académie des Beaux-arts de la Havane, l’École de design industriel, a pris des formations auxquelles il a ajouté le marketing et ensuite, en arrivant au Québec, l’apprentissage de la langue française.  Hector Pérez Gonzàlez se bat inlassablement comme artiste professionnel, comme enseignant, comme humain afin que l’art soit un outil de justice sociale, de partage économique et surtout le moyen d’expression d’une société qui a de la peine à reconnaître l’existence et à accepter la participation à la création de la richesse collective de celles et de ceux que les aléas de la vie forcent à affronter des barrières qui sont souvent plus difficiles à vaincre que les limitation physiques, intellectuelles ou psychologiques qui les handicapent.

Vivre en harmonie grâce aux vertus de l’art, mais surtout comme artiste, designer et intervenant social, mettre ses talents au service de l’équité dans la société afin que chaque personne puisse s’épanouir et se sentir utile et partie prenante; telle est la quête de cet artiste hors normes, Hector Pérez Gonzàlez.

Artiste membre d’un collectif engagé pour plus de justice, pour une affirmation des droits de la personne au sein de sa société d’origine, Hector Pérez Gonzàlez, au cours des vingt dernières années, a exercé un nombre important  de fonctions et assumé des responsabilités au cœur du monde des arts et de la culture : artiste, enseignant, spécialiste des relations publiques et des communications, technicien en décoration, concepteur et gestionnaire.  Bonnes présence et participation avec VSAQ et confiance pour une participation au développement de notre société québécoise, canadienne, pour le bénéfice collectif le plus large..

Yves Alavo

Membre du C.A. de VSAQ

Un lien :  http://www.vallartainstitute.com/Hector-Perez.php

 

MESSAGE DES ÉVÊQUES DU SÉNÉGAL A L’OCCASION DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE DE FEVRIER 2012

24 jan

Chers concitoyens,
1. L’élection présidentielle au Sénégal – dont le premier tour est fixé au dimanche 26 février 2012 – s’annonce déterminante pour l’avenir de notre pays.
Cette première élection, après la célébration de cinquante années de souveraineté internationale, est porteuse d’enjeux majeurs, qui suscitent un climat de tension particulièrement aiguë, avec des risques de débordements imprévisibles, si les différents acteurs ne savent pas raison garder.
Les défis à relever sont multiples et profonds. Ils sont, sans doute, le fait d’une crise mondiale multiforme qui n’épargne aucune Nation de la planète ; mais ils sont également, et surtout, celui d’une mal-gouvernance interne qui perdure depuis plusieurs décennies, marquée par une gestion des affaires de la cité sans horizon, partisane, sans souci des vrais besoins des populations.
Une telle forme de gestion a occasionné des dérives de tous genres, au nombre desquelles le recours à l’argent facile et à la corruption, au favoritisme et au laxisme, à l’accaparement de biens d’autrui, à la violence et à l’impunité, à la dépréciation des valeurs morales et au manque de respect de la personne humaine et de ses droits.
L’alternance, survenue en l’an 2000, et conduite par des partis politiques, soutenus par les populations, avait montré la forme de changement pacifique idéal, par la voie d’une élection libre, paisible et transparente, donc crédible et acceptée par tous.
C’est à la promotion de cette même forme de scrutin que nous, Evêques du Sénégal, appelons l’ensemble de nos compatriotes -tous acteurs confondus- pour que notre pays retrouve le rang d’exemple de démocratie, dans cette Afrique « de l’espérance », comme l’a qualifiée le Pape Benoît XVI, lors de sa récente visite au Bénin (18-20 novembre 2011).
2. En faveur de l’avènement d’un tel climat, nous plaidons pour le respect strict de l’esprit et de la lettre de la Constitution, gage de notre consensus national, qui garantit une bonne gouvernance, une bonne gestion de la chose publique et la paix ; mais aussi pour le respect de tous les textes portant sur la réglementation électorale.
Dans cette perspective, toutes les dispositions doivent être prises pour que le scrutin se déroule de manière régulière et que les organisateurs, à tous les niveaux, fassent preuve d’une conscience patriotique, d’un esprit de justice et d’une impartialité sans faille, afin d’éviter les contestations post-électorales sources de violence aux conséquences imprévisibles.

3. La paix est un bien précieux. Elle nous est donnée par Dieu. Et comme tout don de Dieu, nous avons la responsabilité de la faire fructifier. Dans la situation actuelle de notre pays, nous devons tous nous en préoccuper au plus haut point, pour que le Sénégal soit davantage un pays de paix, de cohésion sociale et de stabilité.
Sur ce plan, nous avons conscience de la richesse de notre vivre ensemble marqué, pour l’essentiel, par des relations harmonieuses entre citoyens sénégalais de tous bords, quelles que soient, par ailleurs, nos appartenances ethniques, politiques et religieuses.
Le socle sur lequel tout cela est bâti est la citoyenneté que nous garantit notre Constitution laïque. Celle-ci définit notre Etat comme non confessionnel, mais reconnaissant la valeur fondamentale de la religion dans la vie des citoyens, et respectueux des différentes communautés religieuses. Il nous faut, plus que jamais, asseoir solidement ces fondements de notre République laïque, pour donner toute sa place à chaque citoyen et lui permettre d’exercer pleinement ses droits et devoirs de citoyen sénégalais à part entière.
4. Au moment où certains de nos compatriotes veulent légitimement briguer le suffrage des Sénégalais, il nous faut rappeler que celui qui détient l’autorité jouit d’un pouvoir, qui n’est légitime aux yeux de Dieu que dans la seule mesure où il est exercé, non pas de façon absolue, mais en vrai « lieu-tenant de Dieu ». C’est Dieu qui donne le vrai pouvoir, le pouvoir qui garantit le bonheur qu’il veut, Lui Dieu, pour tout homme, le pouvoir qui sert et protège le pauvre, le pouvoir qui se soucie de promouvoir la justice, la solidarité et la paix.
Si les prophètes de Dieu ont dénoncé des écarts dans l’exercice du pouvoir, c’est parce qu’il existe un idéal de gouvernance qui est fait de sagesse et d’esprit de service de tous et surtout des pauvres, un idéal de gouvernance qui a l’injustice en horreur.
Ayons donc le grand souci de confier la conduite de notre pays à un Chef d’Etat qui sache s’entourer d’une équipe de bâtisseurs d’une société plus juste, des bâtisseurs qui promeuvent le bien-être pour tous et mettent leurs compétences au seul service de l’intérêt supérieur de la Nation.

5. Aux candidats, nous demandons de faire preuve de grande culture démocratique, d’esprit de service, de souci de vérité, de vision prospective pour l’amélioration des conditions de vie des populations, en excluant toute diatribe inutile à l’égard de leurs adversaires et toutes promesses démagogiques en direction des populations.
Aux électeurs, nous demandons de prêter une oreille attentive aux discours de tous les candidats, de les soumettre à l’examen critique de leurs programmes ainsi qu’au discernement selon la Parole de Dieu. Celle-ci nous oriente sur le chemin de la paix, par la promotion de la justice, de la solidarité et de la réconciliation.
A tous les détenteurs de cartes d’électeurs, nous demandons d’aller accomplir effectivement leurs devoirs de citoyens quoi qu’il leur en coûte, selon leur seule conscience, librement et en toute responsabilité, affranchis de toute pression morale, matérielle ou financière. Qu’ils portent leur choix sur un dirigeant qu’ils jugent intègre et sincère, un patriote avéré qui ait foi en son pays, une personne enracinée dans les valeurs fondamentales de solidarité, de partage, de générosité, de justice, de paix et soucieuse des vertus morales de vérité, de droiture, de probité, de dignité.
Aux organisateurs de l’élection, aux observateurs et aux arbitres, nous demandons avec insistance, que toutes les dispositions soient prises, à tous les niveaux et à toutes les étapes, pour que le scrutin se déroule d’une manière régulière, libre et transparente, afin que soit évitée toute contestation post-électorale pouvant porter préjudice à la paix sociale.
Face aux grands chantiers qui attendent le Sénégal, ces toutes prochaines années, dans les domaines économique et social, mais aussi dans ceux de la morale et de l’éthique, nous conviendrons que rien ne se fera sans un retour définitif de la paix dans la partie sud du pays, en Casamance, région victime d’un conflit armé depuis trois décennies.
Pour ce faire, nous vous exhortons tous à la prière, et à l’écoute de la Parole de Dieu, mais surtout à mettre celle-ci en pratique. Ainsi éclairés par le Dieu de Paix, nous nous engagerons personnellement et collectivement à bannir toute forme de violence, et à créer les conditions d’une paix juste et véritable. La paix est toujours une tâche qui incombe à notre responsabilité, et sa construction nous engage tous. La prière seule ne suffit pas ! Ce sont et la prière et notre détermination à marcher sur les chemins du droit, de la vérité et de la justice, qui garderont notre pays en paix avec le secours de Dieu.
Assurément, si nous nous convertissons, et si nous nous appliquons à faire la volonté de Dieu, Dieu nous bénira. Il nous aidera à choisir le meilleur Chef d’Etat qui fera, avec tout le peuple, prospérer le Sénégal.
Tel est l’objet de notre prière que nous continuons de confier à Marie, Notre Dame de Poponguine, Reine du Sénégal.
« Notre Dame de Poponguine, Mère du Christ et Mère des hommes, obtiens de Dieu pour nous et pour ceux qui sont appelés à nous gouverner, la lumière et la force nécessaires à la promotion de la paix, de la prospérité et de la justice, ainsi que la concorde à l’intérieur du Sénégal et l’entente avec les autres peuples. Amen ! »

Fait à Mbour, le 11 janvier 2012

Les évêques du Sénégal

Card. Théodore Adrien SARR, Archevêque de Dakar
Mgr Jean Noël DIOUF, Evêque de Tambacounda
Mgr Jean Pierre BASSENE, Evêque de Kolda
Mgr Benjamin NDIAYE, Evêque de Kaolack
Mgr Ernest SAMBOU, Evêque de Saint Louis
Mgr Paul Abel MAMBA, Administrateur Apostolique de Ziguinchor
Mgr Alexandre MBENGUE, Administrateur Apostolique de Thiès(See attached file: Message des évêques du Sénégal a l’occasion de l’élection présidentielle de février 2012.doc)

Aux candidats déclarés, les évêques les incitent à «faire preuve de grande culture démocratique, d’esprit de service, de souci de vérité, de vision prospective pour l’amélioration des conditions de vie des populations en excluant toute diatribe inutile à l’égard de leurs adversaires et toutes promesses démagogiques en direction des populations».

En marge de leur face à face avec la presse, les évêques ont évoqué dix commandements à l’intention de tout électeur.
De prime abord, l’électeur doit voter selon sa conscience. Il doit respecter le choix des autres citoyens. Il doit chercher à mieux connaître chacun des candidats en vérifiant s’il est honnête, juste compétent, capable de gérer la nation pour le bien de tous.

L’électeur doit chercher à connaître les solutions que chaque candidat entend apporter aux problèmes des Sénégalais. Il ne doit pas vendre son vote pour un sac de riz, du sucre ou de l’argent. Il ne choisira pas les candidats qui prônent la violence ou menacent les autres. Il n’élira pas de candidats corruptibles, corrompus ou corrupteurs. Il ne choisira pas un candidat simplement à cause de sa religion, de son ethnie, de son appartenance familiale ou de sa popularité. L’électeur choisira le candidat qui est plus respectueux des valeurs morales. Il choisira le candidat qui aime le plus son pays et qui est déterminé à le servir et non à s‘en servir.

 

Je suis venu vous parler de la France que nous allons construire à partir du 6 mai 2012.

24 jan

Mes chers amis, vous qui êtes ici, vous qui me regardez de loin, de plus loin même, je suis venu vous parler de la France, et donc de la République. Je suis venu vous parler de la France qui souffre, mais aussi de la France qui espère. Je suis venu vous parler de la France d’aujourd’hui – une page est en train de s’effacer – et de la France de demain – nous sommes en train de l’écrire. Je suis venu vous parler de la France que nous allons construire le 6 mai. Je le fais ici en Seine-Saint-Denis, ce département aux multiples couleurs, le plus jeune de France, qui accumule tant de difficultés, et qui en même temps recèle tant d’atouts.

Chacune, chacun, ici, plus loin, en métropole, en Outre-mer a son histoire, ses racines, son parcours, ses préférences, sa singularité. Mais nous appartenons à la même Nation, avec ses valeurs, ses principes, sa culture, sa langue, ses institutions et nous aspirons donc au même avenir. L’enjeu de cette campagne qui commence, n’allez pas le chercher dans un affrontement partisan. L’enjeu de cette campagne va bien au-delà de nous, de la Gauche. L’enjeu de cette campagne, à trois mois du premier tour, c’est la France. C’est la France, toujours.

Devant vous rassemblés, foule nombreuse, des milliers, je ressens une profonde émotion, celle d’exprimer votre conviction, votre volonté, votre espérance. Je mesure la fierté d’avoir été désigné par des primaires citoyennes comme candidat à l’élection présidentielle. J’ai conscience de la tâche qui est la mienne : incarner le changement, faire gagner la Gauche et redonner confiance à la France.

Nous sommes ici, mes chers amis, pour changer le destin de notre pays. Je suis prêt à assumer cette responsabilité et donc à vous dire quelle est ma conception de la présidence de la République, et ce qui justifie que je me présente aujourd’hui. Quelle est la plus grande mission que de présider la République française ?

Présider la République, c’est se dévouer à l’intérêt général, dont toute décision doit procéder. C’est éprouver la France par sa raison et dans son cœur. C’est prolonger l’histoire de notre pays, qui vient de loin, avant la République, avec la République, et qui a souvent, si souvent éclairé l’histoire du monde. C’est se situer à cette hauteur. C’est s’en montrer digne, partout, en tout lieu et dans tous les actes qu’exige la fonction présidentielle.

Présider la République, c’est préserver l’État, sa neutralité, son intégrité, face aux puissances d’argent, face aux clientèles, face au communautarisme. Présider la République, c’est être viscéralement attaché à la laïcité, car c’est une valeur qui libère et qui protège. Et c’est pourquoi j’inscrirai la loi de 1905, celle qui sépare les Eglises de l’Etat, dans la Constitution.

Présider la République, c’est refuser que tout procède d’un seul homme, d’un seul raisonnement, d’un seul parti, qui risque d’ailleurs de devenir un clan. Présider la République, c’est élargir les droits du Parlement. C’est reconnaître les collectivités locales dans leur liberté. C’est engager un nouvel acte de la décentralisation. C’est promouvoir les partenaires sociaux. C’est reconnaître leur rôle dans la Constitution. C’est faire participer les citoyens aux grands débats qui les concernent, et le premier sera l’avenir de l’énergie en France.

Présider la République, c’est choisir les femmes, les hommes qui gouverneront la France en respectant leurs compétences, et d’abord celles du Premier ministre. Présider la République, c’est accepter de partager le pouvoir de nomination aux plus hautes fonctions. C’est aussi ne pas nommer le président ou les présidents des chaînes ou des radios du service public audiovisuel et laisser cette mission à une autorité indépendante.

Présider la République, c’est démocratiser les institutions. Et j’introduirai le non-cumul des mandats pour les Parlementaires, une part de proportionnelle à l’Assemblée nationale, la parité dans l’exercice des responsabilités et le droit de vote des étrangers aux élections locales, sans rien craindre pour notre citoyenneté, pour la cohésion du pays, en mettant de côté les peurs, les frilosités et les conservatismes.

Présider la République, c’est faire respecter les lois pour tous, partout, sans faveur pour les proches, sans faiblesse pour les puissants, en garantissant l’indépendance de la justice, en écartant toute intervention du pouvoir sur les affaires, en préservant la liberté de la presse, en protégeant ses sources d’information, en n’utilisant pas le renseignement ou la police à des fins personnelles ou politiques. Présider la République, c’est être impitoyable à l’égard de la corruption. Et malheur aux élus qui y succomberont ! Présider la République, c’est rassembler, c’est réconcilier, c’est unir, sans jamais rien perdre de la direction à suivre. C’est écarter la stigmatisation, la division, la suspicion, les oppositions entre Français, ceux qui seraient là depuis toujours, ceux qui seraient là depuis moins longtemps.

Présider la République, c’est élever et ne jamais abaisser. Présider la République, c’est être ferme, ferme y compris à l’égard de l’immigration clandestine et de ceux qui l’exploitent. Mais c’est traiter dignement les étrangers en situation régulière et ceux qui ont vocation à l’être sur la base de critères objectifs. C’est accueillir les étudiants étrangers qui veulent apprendre dans notre pays pour enrichir le leur et qui font rayonner la France. Et aucune circulaire ne doit empêcher de circuler les étudiants, les savants, les artistes qui viennent ici pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Présider la République, c’est porter les valeurs de la France dans le monde. C’est considérer les autres peuples pour qu’ils nous estiment en retour. C’est s’abstenir de faire la leçon, y compris sur leur place dans l’histoire. C’est ne jamais transiger avec les fondements du génie français, qui sont l’esprit de liberté, la défense des droits de l’homme, l’attachement à la diversité culturelle et à la francophonie, la belle langue de France parlée par d’autres que des Français. Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris. Présider la République, c’est utiliser notre siège au Conseil de sécurité des Nations-Unies pour acter le départ de ceux qui écrasent leur peuple, comme Bachar el-Assad en Syrie. C’est inlassablement contribuer à la paix au Proche-Orient.

Mais Présider la République, c’est savoir aussi prendre des décisions difficiles, pas simplement à la suite d’un drame. Je pense à nos morts en Afghanistan, auxquels je veux rendre hommage ici, avec émotion, avec dignité, avec respect, comme aux blessés qui souffrent dans leur chair. Je pense à leurs familles dans la peine. Je les ai écoutées. Je pense à leurs proches qui s’interrogent. Ces hommes assassinés faisaient leur devoir. Leur sacrifice suscite le respect de la Nation toute entière. Mais il faut aussi avoir la lucidité d’affirmer, au-delà du dévouement des hommes là-bas pour leur pays, que notre mission est terminée. Elle avait été engagée il y a plus de dix ans par Lionel Jospin et Jacques Chirac dans un but précis, qui était de répondre à l’attaque terroriste sur les Etats-Unis. Je l’avais pleinement approuvée. Et bien aujourd’hui, cette mission est achevée. Il est donc temps de décider le retrait qui s’impose, et je l’ai décidé de longue date. J’en assumerai donc, si les Français m’en donnent mandat, toute la responsabilité. J’en préviendrai nos alliés et je ferai en sorte que ce retrait se fasse en bon ordre, sans en aucune façon menacer la vie de nos soldats.

Présider la République enfin, c’est donner le meilleur de soi-même, sans jamais attendre en retour récompense ni même reconnaissance. C’est être ambitieux pour son pays et humble pour soi-même. C’est se donner pleinement, entièrement à la cause que l’on a choisie, la seule cause qui vaille : servir la France. Présider la République, c’est mettre toute la puissance de l’Etat au service des citoyens. C’est donner l’exemple, y compris dans son comportement et pour sa propre rémunération. Et je ne dis pas cela par facilité ou par commodité ou pour plaire, mais tout simplement parce que ce doit être un principe. Je réduirai de 30 % les indemnités du Président et des membres du gouvernement, tout simplement pour donner l’exemple au moment où, précisément, des efforts sont demandés à nos concitoyens.

Présider la République, c’est à cette fonction que je me suis préparé. J’en sais la grandeur, la dureté. Je veux le faire en étant digne de votre confiance et en restant fidèle à moi-même. Tout dans ma vie m’a préparé à cette échéance : mes engagements, mes responsabilités, mes réussites, mes épreuves. J’ai toujours suivi la ligne que je m’étais fixée.

Je suis socialiste. La Gauche, je ne l’ai pas reçue en héritage. Il m’a fallu décider lucidement d’aller vers elle. J’ai grandi en Normandie dans une famille plutôt conservatrice. Mais cette famille m’a donné la liberté de choisir, par son éducation. Je remercie mes parents. Mon père, parce qu’il avait des idées contraires aux miennes et qu’il m’a aidé à affirmer mes convictions. Ma mère, parce qu’elle avait l’âme généreuse et qu’elle m’a transmis ce qu’il est de plus beau : l’ambition d’être utile.

La Gauche, je l’ai choisie, je l’ai aimée, je l’ai rêvée avec François Mitterrand dans la conquête. La Gauche, je l’ai défendue fermement dans ses réalisations : celles de 1981, celles de 1988. La Gauche, je l’ai servie comme élu de la République, comme député. La Gauche, je l’ai dirigée avec Lionel Jospin, quand nous gouvernions ensemble le pays avec honneur et j’en revendique les avancées. Aujourd’hui, c’est moi qui vous représente. C’est moi qui porte votre espoir. C’est moi qui porte l’obligation de gagner. C’est moi qui vais dans ce combat vous conduire à la victoire, celle que vous attendez depuis trop longtemps, dix ans déjà. Dix ans qu’une droite s’est installée au pouvoir et qu’elle a défait ce que nous avons construit.

Chers amis, laissez-moi vous en dire davantage. Je suis un élu de la France rurale où les agriculteurs démontrent l’excellence de leur travail sans en recevoir le revenu qu’ils méritent. Je suis de ce Limousin, de cette Corrèze où j’ai tant appris. J’ai été maire de Tulle, une ville petite par la taille, à peine 17 000 habitants, mais grande par l’histoire. Tulle a été une cité de la Résistance. Elle a souffert le martyre : 99 pendus, 200 déportés le 9 juin 1944, emportés par la barbarie nazie. Chaque année, ce 9 juin, un cortège s’ébranle dans les rues de ma ville pour rappeler la mémoire des suppliciés. Une guirlande est accrochée au balcon, là où un corps sans vie se balançait lentement. J’ai leur nom dans la tête. Ce sont mes héros. Je ne les oublierai jamais. Ils me font avancer. Ils me rappellent à chaque moment la belle leçon d’humanité de ceux qui ont sacrifié leur vie, leur vie pour notre liberté. Ces résistants n’ont pas eu de célébrité, pas de récompense, pas de médaille. Ils ne cherchaient rien, ils ne demandaient pas des bonus ou des stocks-options pour leurs actions. Ils étaient des hommes, des femmes fiers. Ce n’était pas l’ambition ou la cupidité qui les animaient. Ceux-là ont sauvé notre honneur parce qu’ils croyaient d’abord dans les valeurs de la France. Et bien c’est leur lutte qui m’éclaire aujourd’hui.

Je suis président d’un Conseil général, celui de la Corrèze. Un département célèbre pour ses personnalités politiques, mais qui est exigeant. Celui qui réussit à obtenir son soutien a au moins des qualités de cœur, même s’il n’a pas toujours raison. Rien ne m’a été donné. Ce que j’ai arraché, je l’ai conquis et je l’ai fait fructifier. J’ai déclaré ma candidature à l’élection présidentielle il y a presque un an. J’ai réussi à convaincre les électeurs des primaires citoyennes, quand bien peu imaginaient mon succès à l’origine. J’ai veillé, au lendemain de cette consultation, à rassembler tous ceux qui s’y étaient présentés, et je les salue avec affection, comme je salue Martine Aubry qui nous a permis de nous retrouver tous ensemble, et Jean-Michel Baylet qui nous apporte aussi les Radicaux de gauche.

Chers amis, si j’en suis là, c’est le fruit de cette obstination. Le hasard n’y est pour rien. C’est un aboutissement. Vous me connaissez, certains, depuis longtemps, trente ans. C’est un bail qui récompense, pour les uns et pour les autres, une fidélité et une ténacité. C’est vrai que je ne m’exhibe pas, je reste moi-même, c’est ma force. Ce que vous voyez ici, c’est ce que je suis. Je veux conquérir le pouvoir, mais je ne suis pas un vorace, je veux simplement le mettre au service des Français. Le pouvoir, j’en sais la nécessité, l’utilité, et j’en connais les dérives. Je suis placide avec ces choses, j’ai fait de l’engagement ma vie entière. J’ai sacrifié beaucoup. J’ai donné, j’ai reçu du temps, du travail, des coups, mais j’ai une cohérence, je m’y tiens, je suis constant dans mes choix. Je n’ai pas besoin de changer en permanence pour être moi-même. J’ai conscience que l’État, pour être efficace, appelle une direction sûre à sa tête, mais qu’il n’y a pas de réussite possible si celui qui est à la tête du pays, précisément, n’associe pas les autres, ne mobilise pas les intelligences, ne gagne pas le meilleur de ce qu’il y a dans chacun d’entre nous, ne fait pas entendre la voix du rassemblement, de la réconciliation et de l’apaisement. Je n’aime pas les honneurs, les protocoles et les palais. Je revendique une simplicité qui n’est pas une retenue, mais la marque de l’authentique autorité.

Je vais vous confier mon secret, ce secret que j’ai gardé depuis longtemps mais que vous avez sans doute découvert : j’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent. Je prends chaque regard comme une attente, chaque visage comme une curiosité, chaque poignée de main comme une rencontre, chaque sourire comme une chance.

Je connais l’État pour en être issu et pour l’avoir servi de multiples façons. Certains me reprochent de n’avoir jamais été ministre. Quand je vois ceux qui le sont aujourd’hui, cela me rassure ! Ce sont les mêmes qui reprochaient en son temps à François Mitterrand de l’avoir été onze fois ! Et dois-je rappeler, en gardant la comparaison, que Georges Clémenceau ne devint ministre et président du Conseil qu’à 65 ans ? Mais je n’attendrai pas jusque-là, je vous le promets ! Je sais aussi que l’Histoire peut être tragique, que rien n’est jamais acquis, que tout ce que l’on croit irréversible, inaltérable, inattaquable peut être à tout moment atteint en son cœur. La crise, le fanatisme, le terrorisme, sans oublier les catastrophes naturelles : nous ne sommes jamais en paix. Le cours de l’Humanité n’est pas tranquille. Il connaît d’inexplicables assèchements, et parfois d’impensables débordements. L’homme d’Etat doit se préparer à tout, c’est-à-dire au pire, et toujours rester vigilant, poursuivre inlassablement le combat qui est le sien pour le progrès, pour la dignité humaine, pour la démocratie, ne pas se laisser détourner pas les mouvements d’humeur, par les modes, par les contournements de l’Histoire, tenir son cap. Je suis un optimiste de la volonté. Je crois que le meilleur est possible, qu’un peuple réuni autour d’un projet commun construit sa propre histoire. Je suis convaincu que les Français attendent aujourd’hui une direction forte, un rassemblement sur l’essentiel, et surtout de la part de celui qui doit les conduire, une considération, un apaisement, un respect, une confiance.

La confiance est un mot qui ne figure pas dans les lois ou dans les règlements, qui ne coûte rien mais qui peut rapporter beaucoup. Elle commande beaucoup de choses. Elle ne résout rien par elle-même, mais elle autorise tout si on sait la saisir. Et c’est pourquoi je veux redonner confiance aux Français.

Deux grandes dates ont marqué ma vie politique, l’une violente, le 21 avril 2002, une blessure que je porte encore sur moi, j’en ai la trace, ce soir terrible ou l’extrême droite, faute de vigilance et de lucidité face à la menace, face à la dispersion, met la Gauche hors-jeu et permet à la Droite de s’installer pour dix ans. J’en ai tiré toutes les leçons. Moi, je ne laisserai pas faire, je ne laisserai pas les ouvriers, les employés, aller vers une famille politique qui n’a jamais rien fait pour servir les intérêts de ces classes-là. Je ne laisserai pas un parti caricaturer les problèmes sans jamais apporter la moindre solution crédible. Je ne laisserai pas une formation politique se présenter comme la voix du peuple alors qu’elle veut simplement se servir de lui. Je ne laisserai pas s’éloigner au nom de la France des citoyens, nos amis, qui peuvent penser que l’ennemi est ici, qu’il a une couleur et une religion, ce qui serait contraire aux principes mêmes de notre République. Je ne laisserai pas utiliser la colère et la détresse pour mettre en cause la République, la construction européenne et les droits de l’homme. Je ne laisserai pas une formation politique réclamer le rétablissement de la peine de mort. Je me battrai, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour conjurer ce risque et pour éviter que l’élection présidentielle soit tronquée. Parce que ce qu’attendent une grande majorité de nos concitoyens, c’est finalement le choix entre la Gauche et le Droite, c’est-à-dire le choix le plus clair pour permettre à notre pays de faire véritablement la décision.

L’autre date qui reste gravée dans ma mémoire est plus heureuse, c’est le 10 mai 1981. J’avais 26 ans. Je sais ce qu’elle a représenté pour tous ceux qui avaient attenu pendant des décennies, si longtemps donc, ce moment, l’alternance enfin, le bonheur de la victoire. Il y a eu bien sûr d’autres succès pour la Gauche : 1988, 1997, mais ils ne pouvaient pas avoir la même portée. Et pour autant, je ne veux pas verser dans la nostalgie. L’épopée de la Gauche ne peut pas se réduire à des moments exceptionnels : 1936, 1981. Moi, je veux installer la Gauche dans la durée, et si je suis candidat, c’est pour renouer le fil, pour poursuivre la marche, pour mettre en accord la Gauche avec la France. Je veux, amis ici et au-delà, voir votre bonheur le 6 mai, la joie, je veux voir la joie de la conquête, l’enthousiasme de l’audace, et en même temps les débordements de la liberté. Je veux gagner avec vous le droit de présider la France.

Je connais bien notre pays, je l’ai parcouru, sillonné tant de fois, sans jamais me lasser de le découvrir. Je connais ses villes qui changent, qui créent, qui entreprennent, ses espaces façonnés par le travail patient de nos agriculteurs, son espace maritime travaillé par les pêcheurs, ses lieux de production où l’intelligence des salariés se conjugue avec la compétence des ingénieurs. Je n’ignore rien non plus de nos villages où le silence s’est fait et où la vie s’est retirée, je n’ignore rien de ces quartiers de relégation où se mêlent la colère, le désespoir et malgré tout le talent et la volonté de réussir. C’est cette France que je veux avec vous servir.

Comme vous, je connais la gravité de l’heure que nous vivons. Une crise financière déstabilise les États, des dettes publiques énormes donnent aux marchés tous les droits. L’Europe se révèle incapable de protéger sa monnaie de la spéculation. Notre propre pays est confronté à un chômage record et s’enfonce dans la récession autant que dans l’austérité. Le doute s’est installé. Je le mesure chaque jour. Il se charge en défiance envers l’Europe et même envers la démocratie. Il se transforme en indignation devant l’injustice d’un système, l’impuissance d’une politique, l’indécence des nantis. Il dégénère en violence privée, familiale, sociale, urbaine, avec cette terrible idée qui s’est installée, qui se diffuse dans notre conscience collective : la marche vers le progrès se serait arrêtée, nos enfants seraient condamnés à vivre moins bien que nous. Eh bien, c’est contre cette idée-là que je me bats. Voilà pourquoi je suis candidat à l’élection présidentielle. Je veux redonner confiance aux Français dans leur vie : la France a traversé dans son histoire bien des épreuves, bien des crises, des guerres, des révolutions, elle les a toujours surmontées, toujours en refusant l’abaissement, la résiliation, le repli, jamais en succombant au conformisme, à la peur, à la loi du plus fort, mais en restant fidèle aux valeurs de la République, en allant puiser en elle-même le courage pour accomplir les efforts, pour défendre son modèle social, pour garder sa fierté en redressant la tête, en regardant lucidement le défi à affronter, en débattant librement et en faisant les choix qui s’imposent.

Il n’y a jamais, je dis bien jamais, une seule politique possible, quelle que soit la gravité de la situation. L’Histoire n’est pas l’addition de fatalités successives, elle nous enseigne qu’il y a toujours plusieurs chemins. La voie que je vous propose, c’est le redressement dans la justice, c’est l’espérance dans la promesse républicaine.

Mais avant d’évoquer mon projet, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des États.

Cette emprise est devenue un empire. Et la crise qui sévit depuis le 15 septembre 2008, loin de l’affaiblir, l’a encore renforcée. Face à elle, à cette finance, les promesses de régulation, les incantations du « plus jamais ça » sont restées lettre morte. Les G20 se sont succédés sans résultat tangible. En Europe, 16 sommets de la dernière chance ont été convoqués pour reporter au suivant la résolution définitive du problème. Les banques, sauvées par les Etats, mangent désormais la main qui les a nourries. Les agences de notation, décriées à juste raison pour n’avoir rien vu de la crise des subprimes, décident du sort des dettes souveraines des principaux pays, justifiant ainsi des plans de rigueur de plus en plus douloureux. Quant aux fonds spéculatifs, loin d’avoir disparu, ils sont encore les vecteurs de la déstabilisation qui nous vise. Ainsi, la finance s’est affranchie de toute règle, de toute morale, de tout contrôle.

Disant cela, je ne montre pour autant aucune indulgence sur le quinquennat qui arrive à son terme. Mais là n’est déjà plus la question. Les jugements sont faits. Commencé dans la virevolte, ce quinquennat finit dans la tourmente. Plombé par des cadeaux fiscaux destinés aux plus fortunés, il s’achève par des hausses de prélèvements imposées à tous les Français. Inauguré par une promesse de retour au plein emploi, il se termine par un chômage record. Et que dire des déficits, de la dette, de la désindustrialisation, de la démolition des services publics, notamment de l’école ?

Un seul mot résume cette présidence : la dégradation. Tout s’est dégradé. Je ne parle pas d’une note. Je ne parle même pas des comptes publics. Je parle des conditions de vie, des comportements, tout simplement de la situation du pays. A l’injustice dans les choix, l’incohérence des décisions se sont ajoutés l’accaparement du pouvoir et la connivence avec les puissants, avec ce paradoxe ultime que la volonté d’omnipotence débouche sur un aveu d’impuissance. Voilà pourquoi le changement n’est pas seulement celui d’un président, d’un gouvernement ou d’une majorité. Il faut aller bien plus loin : c’est un changement de politique, de perspective, de dimension qu’il faut offrir à notre pays le 22 avril et le 6 mai.

Si la finance est l’adversaire, alors il faut l’affronter avec nos moyens et d’abord chez nous, sans faiblesse mais sans irréalisme, en pensant que ce sera un long combat, une dure épreuve mais que nous devrons montrer nos armes. Maîtriser la finance commencera ici par le vote d’une loi sur les banques qui les obligera à séparer leurs activités de crédit de leurs opérations spéculatives. Aucune banque française ne pourra avoir de présence dans les paradis fiscaux.

Les produits financiers toxiques, c’est-à-dire sans lien avec les nécessités de l’économie réelle seront purement et simplement interdits. Les stocks options seront supprimées. Et les bonus encadrés Enfin, je proposerai une taxe sur toutes les transactions financières, non pas le rétablissement de l’impôt de bourse, ce qui va être fait et qui a été supprimé il y a quelques mois – c’est vous dire la cohérence ! Non, je proposerai une véritable taxe sur les transactions financières, avec ceux en Europe qui voudront la mettre en œuvre avec nous. Je proposerai aussi, si l’on veut éviter d’être jugés par des agences de notation dont nous contestons la légitimité, de mettre en place au niveau européen une agence publique de notation.

L’autre point par rapport à la finance est européen. La zone euro se défait sous nos yeux. La France doit retrouver l’ambition de changer l’orientation de l’Europe. Elle imposera de savoir convaincre et entraîner nos partenaires. On me demande souvent : « mais comment allez vous faire pour faire venir vos alliés dans cette Europe, sur les positions que vous défendez, puisque le Président sortant n’y est pas arrivé » ? Mais ce qui va changer, c’est le vote des Français, qui sera notre levier pour convaincre. Les destins de l’Europe et de la France sont liés, la grandeur de la France ne peut pas être séparée de la force de l’Europe. Nous avons besoin d’Europe, elle doit nous aider à sortir de la crise mais pas imposer une austérité sans fin qui peut nous entraîner dans la spirale de la dépression. Les disciplines sont nécessaires, des engagements, devront être pris pour le désendettement et être respectés. Mais c’est la croissance qui nous permettra d’y parvenir le plus sûrement. C’est pourquoi je proposerai à nos partenaires un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance. Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre pour lui apporter la dimension qui lui manque, c’est-à-dire la coordination des politiques économiques, des projets industriels, la relance de grands travaux dans le domaine de l’énergie et puis les instruments pour dominer la spéculation, un fonds européen qui puisse avoir les moyens d’agir sur les marchés avec l’intervention de la Banque centrale européenne qui devrait être, finalement, au service de la lutte contre la spéculation. J’agirai en faveur de la création d’euro-obligations afin de mutualiser une partie des dettes souveraines, de financer les grands projets. Je défendrai, parce que c’est le sens du projet européen, une démocratie qui associera les parlements nationaux et européens aux décisions qui devraient concerner les États. Je proposerai une nouvelle politique commerciale en Europe qui fera obstacle à la concurrence déloyale, qui fixera des règles strictes en matière sociale, en matière environnementale, de réciprocité. Une contribution écologique sera installée aux frontières de l’Europe pour venir compléter ce dispositif. Je continuerai à agir pour une parité juste de l’euro vis-à-vis du dollar américain. Je n’accepterai pas que la monnaie chinoise soit encore inconvertible alors que cette première puissance commerciale finit par être excédentaire sans que sa monnaie, jamais, ne soit réévaluée.

L’Europe a bien des défauts, je les connais. Mais en même temps elle est notre bien commun. Défendons-la, elle en a besoin, elle le mérite ! Ce qui manque à l’Europe, c’est du mouvement – et c’est un Européen de cœur qui le dit – mais pas dans n’importe quelle Europe : le mouvement vers une Europe de croissance, vers une Europe de solidarité, vers une Europe de protection. C’est la vocation de l’a France que de la construire avec l’Allemagne et avec les pays qui voudront nous accompagner.

Aucun des grands défis de l’Europe ne peut se résoudre sans le pacte d’amitié, dans l’égalité, que Français et Allemands ont noué au lendemain de la guerre. Je proposerai donc à nos amis allemands une nouvelle relation de vérité et d’égalité. De leur côté, ils devront faire preuve de solidarité. L’Allemagne ne restera pas forte dans une Europe faible. Elle ne restera pas riche dans une Europe appauvrie, voilà la vérité. Je sais que beaucoup en Allemagne le comprennent. Mais du nôtre, nous devons faire aussi des efforts, efforts de compétitivité, de justice fiscale. Voilà le pacte qu’il va falloir nouer et ouvrir un nouveau cycle en Europe, celui d’une coopération économique, industrielle, énergétique entre nos deux pays. Voilà pourquoi, en janvier 2013 – c’est tout proche, ce sera quelques mois après le rendez-vous du 6 mai –, si les Français m’en donnent mandat, je proposerai à la chancelière d’Allemagne l’élaboration d’un nouveau traité franco-allemand, traité de l’Élysée un demi-siècle après l’acte fondateur de De Gaulle et d’Adenauer qui engagea une dynamique pour nos deux pays.

Chers amis, je veux redonner confiance à la France dans l’Europe. Je veux maintenant vous dire ce que je veux pour le redressement de notre pays. Ce qui est en cause n’est plus la souveraineté d’hier, quand notre territoire était menacé. Ce qui est en cause, c’est la souveraineté de la République face aux marchés et à la mondialisation. Voilà pourquoi je veux redresser la France, la redresser financièrement, la redresser économiquement, la redresser industriellement. Notre pays a abandonné depuis trop longtemps son industrie, aveuglé par la chimère d’une économie sans usine, sans machine, comme si l’immatériel pouvait remplacer le travail de l’ouvrier, du contremaître, de l’ingénieur et de son savoir-faire. La réindustrialisation de la France sera ma priorité. Je créerai une banque publique d’investissement qui, en complément des fonds régionaux, accompagnera le développement des entreprises stratégiques. Je favoriserai la production en France en orientant les financements et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investissent sur notre territoire, qui y localisent leurs activités, qui y mettent leurs emplois et qui sont en plus offensives à l’exportation. Je mobiliserai l’épargne des Français en créant un livret d’épargne dont le produit sera entièrement dédié au financement des PME et des entreprises innovantes.

J’exigerai des entreprises qui se délocalisent qu’elles remboursent immédiatement les aides publiques reçues. Je donnerai priorité aux PME : ce sont elles qui embauchent, ce sont elles qui doivent être aidées avant tout, c’est pour elles que nous élargirons le crédit impôt recherche, que nous abaisserons l’impôt sur les sociétés, que nous créerons une agence pour les PME. Je soutiendrai l’économie numérique en organisant avec les collectivités locales et les industriels la couverture intégrale de la France en très haut débit d’ici 10 ans.

Le retour de la croissance passe aussi par la transition énergétique. Je me suis engagé à ce que la part du nucléaire dans la production d’électricité soit réduite de 75 % à 50 % d’ici 2025. Nous avons besoin d’une industrie nucléaire forte, inventant les technologies, les progrès de demain, mais nous avons besoin aussi d’énergies renouvelables, nous avons besoin aussi d’un plan d’économies d’énergie parce que ce sont ces trois actions – le nucléaire, les énergies renouvelables et les économies d’énergie – qui nous permettront d’avoir une perspective industrielle. Les économies d’énergie, nous les mettrons en œuvre par un plan de grands travaux : un million de logements neufs et anciens bénéficieront d’une isolation thermique de qualité. Nous créerons des dizaines de milliers d’emplois en améliorant en plus le pouvoir d’achat des ménages, par rapport à leurs frais de chauffage. Enfin, il n’y aura pas de retour à la croissance, pas d’industrie forte sans un effort de recherche et d’innovation. C’est tout notre avenir de nation industrielle qui se joue là. J’ai confiance dans la science, dans le progrès, dans la recherche, dans la capacité des inventeurs à nous donner les produits de demain sans avoir pour autant la crainte pour notre environnement. Parce que la recherche est aussi au service de l’écologie et de l’environnement.

Redresser l’économie, redresser l’industrie, mais aussi redresser les finances. Le niveau de la dette publique n’a jamais été aussi élevé. La dette publique a doublé depuis 2002. 10 ans de droite auront coûté aussi cher que tous les gouvernements réunis de la Ve République. Je n’ai ici pas compté tous les présidents qui se sont succédé mais, quels que soient leurs mérites ou leurs défauts, aucun n’avait été capable de mettre la dette publique à ce niveau-là. Il a fallu attendre 2002 pour avoir cette dérive. Pour maîtriser la dette, je rétablirai l’équilibre budgétaire en fin du mandat qui me sera confié. Pour atteindre cet objectif, je reviendrai sur les cadeaux fiscaux et les multiples niches fiscales accordées depuis une décennie aux ménages les plus aisés et aux plus grosses entreprises. Cette réforme permettra de dégager près de 30 milliards de recettes supplémentaires. Mais dans le même temps, les dépenses de l’État seront maîtrisées. Toute nouvelle dépense sera financée par des économies, le nombre total de fonctionnaires n’augmentera pas, mais il sera mis fin à la règle aveugle du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Ce redressement, mes amis, est indispensable. Mais il ne sera possible que dans la justice. Chaque nation a une âme. L’âme de la France, c’est l’égalité. C’est pour l’égalité que la France a fait sa révolution et a aboli les privilèges dans la nuit du 4 août 1789. C’est pour l’égalité que le peuple s’est soulevé en juin 1848. C’est pour l’égalité que la IIIe République a instauré l’école obligatoire et l’impôt citoyen sur le revenu. C’est pour l’égalité que le Front populaire a œuvré en 1936. C’est pour l’égalité que le gouvernement du général de Gaulle a institué la sécurité sociale en 1945. C’est pour l’égalité que François Mitterrand a été élu en 1981. C’est pour l’égalité que nous avons fait, avec Lionel Jospin, la couverture maladie universelle et l’allocation personnelle à l’autonomie. C’est pour l’égalité que nous aurons aussi à combattre et à proposer aux Français le changement.

L’égalité, c’est ce qui a permis à un enfant orphelin de père élevé par une mère pauvre, sourde et illettrée, de devenir prix Nobel de littérature. Il s’appelait Albert Camus et, après avoir reçu son prix, il écrivit en ces termes à son vieil instituteur : « ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, sans votre exemple, rien de tout cela ne me serait arrivé. » C’est pour l’égalité que nous devons agir parce que, depuis 10 ans, l’égalité recule partout. Partout, des privilèges apparaissent à mesure qu’une nouvelle aristocratie – j’emploie le mot à dessein – arrogante et cupide s’installe et prospère. 1 % des Français privilégiés se séparent du reste de la société. Ils vivent à côté de nous mais ils ne vivent déjà plus avec nous. Parfois, ils ne vivent même pas chez nous. Une véritable sécession sociale a vu le jour ces dernières années : des quartiers relégués, abandonnés et de l’autre des quartiers protégés, sécurisés pour que nul ne vienne déranger. Je serai le Président de la fin des privilèges parce que je ne peux pas admettre que, pendant ce temps-là, pendant que certains s’enrichissent sans limite, la précarité s’étende, la pauvreté s’aggrave et 8 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, dont beaucoup trop d’enfants.

Qu’on m’entende bien, l’égalité, ce n’est pas l’égalitarisme, c’est la justice. L’égalité, ce n’est pas l’assistanat, c’est la solidarité. Les Français n’ont rien à craindre de l’égalité, rien à craindre de la justice, rien à craindre de la redistribution. Les Français doivent savoir que, s’ils m’élisent, je ne poserai comme président qu’une seule question : avant tout effort supplémentaire, avant toute réforme, avant toute décision, avant toute loi, avant tout décret, je ne me poserai qu’une seule question : est-ce que ce que l’on me propose est juste ? Si c’est juste, je le prends, si ce n’est pas juste, je l’écarte. Seule la justice doit guider notre action.

C’est pourquoi j’engagerai avec le Parlement la réforme fiscale dont notre pays a besoin. C’est pour la justice que je reviendrai sur les allègements de l’impôt sur la fortune, c’est pour la justice que je veux que les revenus du capital soient taxés comme ceux du travail. Qui peut trouver normal qu’on gagne plus d’argent en dormant qu’en travaillant ? C’est pour la justice que je veux fusionner, après les avoir rapprochés, l’impôt sur le revenu et la contribution sociale généralisée, dans le cadre d’un prélèvement progressif sur le revenu. C’est pour la justice que je porterai la tranche supérieure à 45 % de l’impôt sur le revenu pour ceux qui touchent plus de 150 000 euros. Et on ne me fera pas croire qu’avec 150 000 euros, ce sont les classes moyennes qui seront concernées ! C’est pour la justice que je veux que nul ne puisse tirer avantage de niches fiscales au-delà d’une somme de 10 000 euros de diminution d’impôts par an.

Je sais que le combat sera rude, qu’on cherchera à faire peur, qu’on inquiètera… Si demain nous sommes en responsabilité, ceux à qui l’on prendra feront davantage entendre leur voix que ceux à qui l’on donnera. Je sais qu’il n’y aura pas de manifestation pour nous soutenir. C’est rare, c’est exceptionnel. Mais il peut y en avoir pour nous contester. Je sais que certains chercheront à nous faire peur et à effrayer les classes moyennes alors qu’elles ne trouveront qu’avantage dans la réforme que nous présenterons, prétendre que les grandes fortunes quitteront notre territoire. Mais est-ce que le bouclier fiscal a fait revenir les grandes fortunes en France ? Non ! Est-ce que le bouclier fiscal les a enrichies plus encore ? Oui ! Est-ce que les impôts de la plupart des Français ont baissé ? Non, ils ont augmenté ! Est-ce que ceux des plus favorisés ont diminué depuis 5 ans ? Oui ! Est-ce que la TVA n’est pas plus inquiétante dès lors qu’elle concernera tous les Français, mille fois oui, elle est plus inquiétante que ce que nous proposons !

Ce n’est pas seulement la réforme fiscale. L’égalité doit concerner tous les domaines de la vie en société. L’égalité doit commencer à faire partir à la retraite ceux qui ont commencé à travailler tôt, exercé les métiers les plus pénibles. Et c’est pourquoi, tout en ayant le souci de maîtriser les comptes et en ouvrant une négociation sur la réforme des retraites indispensable — puisque celle qui a été votée est non seulement injuste mais pas financée -, eh bien sans attendre l’ouverture de cette négociation, tous ceux qui ont 60 ans et qui auront cotisé 41 années retrouveront le droit à partir à la retraite à taux plein. La négociation, elle, portera sur la pénibilité, les décotes, le montant des pensions, l’âge légal, l’évolution des recettes, indispensable, et la pérennité de notre système par répartition.

L’égalité, c’est aussi le meilleur accès pour tous au logement. Nous manquons de logements en France. Ils atteignent des prix insupportables, et pas simplement dans les grandes villes. Il faut donc plus de logements. C’est pourquoi je prendrai une décision : l’Etat montrera l’exemple, il mettra immédiatement à la disposition des collectivités locales tous ses terrains disponibles pour leur permettre de construire de nouveaux logements dans un délai de cinq ans. Plus de logements, plus de logements sociaux, et c’est pourquoi le Livret A — qui sert à collecter une épargne précieuse pour le logement social-, eh bien le livret A verra son plafond doubler, afin que tous les Français, par leur épargne, puissent financer le logement social.

Il faut plus de logements, plus de logements sociaux, et des logements moins chers. Je sais que cela prendra du temps, mais pour éviter les abus, j’encadrerai les loyers là où les prix sont manifestement excessifs. Il faut des villes plus équilibrées. Et je multiplierai par cinq les sanctions qui pèsent sur les communes qui bafouent la loi de solidarité urbaine.

L’égalité, l’égalité toujours, l’égalité pour la santé ! Nos professions de santé sont d’une qualité remarquable. J’en fais à chaque fois l’expérience. Leur métier est l’un des plus difficiles qui soient. Sans elles, le système se serait déjà effondré et, en même temps, trop de Français doivent renoncer à se soigner, pour des raisons financières ou pour des raisons de domicile. Les dépassements d’honoraires seront donc encadrés. Nous combattrons les déserts médicaux. Et par un nouveau système de tarification, qui fera la part entre l’activité et le service public, l’hôpital public sera conforté dans ses tâches et dans ses missions. Et je prends l’engagement que personne, je dis bien personne dans notre pays, ne soit à plus d’une demi-heure de transport d’un lieu de traitement des urgences médicales.

L’égalité, l’égalité encore, c’est le même accès pour tous à l’eau, au chauffage, à l’électricité. Il n’est pas, quand même, normal qu’une famille modeste paie l’eau au même prix, quand elle boit cette eau, que ceux qui la déversent sans compter ! Je créerai donc un tarif progressif de l’eau, comme du gaz et de l’électricité, qui garantira, au moins pour un certain volume, un prix stable et juste.

L’égalité, c’est le même salaire quand on a les mêmes compétences et les mêmes responsabilités. Comment la France, comment la République peut-elle accepter que les femmes soient moins bien payées que les hommes ? Les exonérations de cotisations sociales aux entreprises qui ne respectent pas cette règle seront purement et simplement supprimées.

L’égalité, toujours l’égalité, c’est aider les territoires qui en ont le plus besoin et notamment, et je parle ici en Seine Saint-Denis, nos banlieues. Cela veut dire qu’il faudra cesser d’aider de la même façon le quartier difficile d’une ville riche et le quartier difficile d’une ville qui n’a que des quartiers difficiles. Je compte sur tous les élus locaux pour m’accompagner dans ce mouvement. Il n’est pas nécessaire d’être de gauche pour être sensible à la terrible injustice que représente pour des millions de Français la vie dans des immeubles indignes ou dans des cités dégradées.

L’égalité, l’égalité c’est aussi la sécurité pour tous. Vivre dans la peur est insupportable ! L’insécurité est une injustice sociale intolérable. Elle touche les plus modestes, les plus âgés, les plus jeunes, les plus fragiles. La sécurité est un droit et je le ferai respecter en créant des zones de sécurité prioritaires là où il y a les taux de délinquance les plus élevés, en mettant des postes supplémentaires, 1 000 chaque année, dans la Justice, dans la Police, dans la Gendarmerie, en rapprochant les Forces de l’ordre des citoyens. Et je lutterai contre tous les trafics, toutes les mafias. Pas plus que je n’accepte la délinquance financière, la fraude fiscale, pas plus je ne tolère qu’un petit caïd avec sa bande mette une cité en coupe réglée et fasse vivre à ses habitants un enfer. Tous ceux-là, les délinquants financiers, les fraudeurs, les petits caïds, je les avertis : ceux qui ont pu croire que la loi ne les concernait pas, le prochain président les prévient, la République, oui, la République vous rattrapera !

L’égalité, l’égalité toujours, l’égalité ce sont les mêmes droits pour tous, quels que soient son sexe et son orientation, c’est le droit de pouvoir se marier, d’adopter, pour les couples qui en décident ainsi. C’est le droit, pour les personnes handicapées, de vivre la vie la plus normale possible. Et je veillerai à ce que chaque loi comprenne un volet handicap.

L’égalité, c’est aussi l’accès à ce qui est le plus précieux, y compris quand on n’a plus rien, l’émancipation, l’enrichissement, la culture. La culture, Baudelaire l’évoquait : « le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité, c’est la culture ». Et là encore, nous devons agir. L’éducation artistique sera généralisée, l’aménagement culturel de la France sera une priorité. Il intégrera les territoires oubliés, les zones abandonnées, les quartiers dégradés de nos grandes villes. Et c’est pourquoi nous ouvrirons, là encore, une nouvelle étape de la décentralisation culturelle.

Quant à la loi Hadopi, inapplicable, elle sera remplacée – remplacée je dis bien, car il faut un cadre pour fixer les droits de chacun – par une grande loi signant l’acte 2 de l’exception culturelle, qui défendra à la fois les droits des créateurs, parce que nous avons besoin de créateurs et de production, et un accès aux œuvres par Internet. Nous ne devons pas opposer les créateurs et leurs publics. Le public et les créateurs sont dans le même mouvement pour l’émancipation, pour la découverte, pour la qualité, pour l’exception culturelle française.

Chers amis, je veux citer Pierre Mendès France, qui nous disait que « la vérité doit forcément guider nos pas ». Je vous dois donc la vérité. Je connais les contraintes financières, l’ampleur de nos déficits, la gravité de notre dette, la faiblesse de la croissance en 2012, la lourdeur de l’héritage qui nous sera légué. Je ne promettrai donc que ce que je suis capable de tenir. Je dois maîtriser sans rien renoncer les choses et d’abord le temps.

Le quinquennat s’ouvrira donc sur des réformes de structure, celles qui constitueront un redressement dans la justice, le redressement économique, la réforme fiscale, le pacte éducatif, la décentralisation. Nous traiterons aussi les urgences, l’emploi, et notamment l’emploi des jeunes, le logement, la santé. Mais c’est ensuite que nous pourrons redistribuer ce que nous aurons créé, ce que nous aurons fabriqué, ce que nous aurons engagé, ce que le pays aura pu, par son redressement, favoriser. Voilà les temps qui doivent être proposés.

Mais je ne perdrai pas un seul instant, pas un seul instant, du mandat qui me sera confié.

Sur le plan international, avec le sommet de l’Otan prévu à la fin du mois de mai 2012, nous engagerons le retrait de nos troupes d’Afghanistan. Sur le plan européen, si les Français m’en donnent mandat, mon premier déplacement sera pour rencontrer la Chancelière d’Allemagne et pour lui dire que nous devons ensemble changer l’orientation de l’Europe vers la croissance et dans le lancement de grands travaux.

Ici dans notre pays, sans même attendre le renouvellement de l’Assemblée nationale, j’engagerai, avec les nouveaux ministres et le nouveau gouvernement, les premières mesures contre la finance et pour la réforme bancaire. Pas un instant, nous ne resterons inactifs. Le quinquennat ne sera pas une volte-face, un zigzag, une contradiction. D’ores et déjà, nous savons où nous voulons aller. Nous connaissons les temps, les périodes, les rythmes. Nous avons fixé aux Français l’objectif, mais également les moyens. Nous savons que nous avons des moyens limités, mais que nous avons la volonté ! C’est cette démarche qui convaincra. Et ce n’est pas en improvisant en fin de mandat des mesures politiques, économiques, sociales qui ont tant manqué depuis cinq ans, que les Français pourront être sérieusement convaincus que le changement se fera, pour les cinq ans qui viennent, de ce côté-là.

Je veux vous parler, pour terminer, de notre avenir. L’idée républicaine, c’est une promesse. Une belle promesse, qui est celle de vivre mieux de génération en génération. La promesse républicaine, c’est que chaque génération vivra mieux que la précédente. Et aujourd’hui, cette promesse est trahie. Notre jeunesse est sacrifiée, abandonnée, reléguée. Chômage, précarité, dévalorisation des diplômes, désespérance, perte d’autonomie, accès au logement difficile. Sans compter ce que nous lui laissons, à cette jeunesse, un environnement dégradé, des retraites non financées, une dette considérable. Et pourtant, la jeunesse c’est notre chance ! Comment peut-on accepter que cette chance devienne une charge ? J’ai beaucoup réfléchi, depuis plusieurs mois même, à ce que pouvait être l’enjeu de l’élection présidentielle, au-delà de la crise, du redressement à accomplir, de la justice à réaliser. J’en suis arrivé à cette conclusion simple : c’est pour la jeunesse de notre pays que je veux présider la France. Je veux redonner confiance à la jeunesse ! Et c’est la raison pour laquelle je veux faire de l’éducation une grande cause nationale. J’ai proposé de créer 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation, pas seulement de professeurs, mais de surveillants, d’infirmières, d’assistantes sociales, de tous ceux qui contribuent à l’accueil, à l’accompagnement, à la réussite des jeunes. On me dit « c’est trop ». Non, je dis « ce n’est peut-être pas assez » ! C’est terrible de mener une bataille contre l’échec scolaire, qui fait chaque année plus de 150 000 victimes, 150 000 qui sortent sans diplôme, sans qualification, de l’école. La priorité ira aux écoles maternelles et primaires parce que c’est là que beaucoup se joue et que les premiers retards se précisent. Les rythmes scolaires qui n’ont aucun équivalent en Europe seront revus. Au collège et au lycée, les élèves les plus en difficulté bénéficieront d’un accompagnement personnalisé, pour qu’à la fin du quinquennat, je dis bien à la fin du quinquennat, le nombre de jeunes qui sortent sans qualification du système scolaire soit divisé par deux. Aucun jeune, aucun jeune de 16 à 18 ans – et je sais ce qu’est la déscolarisation dans beaucoup de nos villes et dans beaucoup de familles -, aucun jeune de 16 à 18 ans ne restera sans solution de formation, d’emploi ou même de service civique. Personne ne sera laissé là, de côté, abandonné, oublié ! C’est pour notre jeunesse que nous devons faire de l’emploi une priorité et créer progressivement 150 000 emplois d’avenir réservés aux jeunes, en particulier ceux issus des quartiers difficiles.

C’est pour les jeunes mais aussi les seniors que j’ai porté cette belle idée du contrat de génération, pour permettre l’embauche de jeunes en contrat à durée indéterminée dès lors qu’ils sont accompagnés par un salarié plus expérimenté, qui lui-même est maintenu dans l’emploi jusqu’à son départ à la retraite. C’est la réconciliation des âges, c’est la solidarité entre les générations ! Partout où je vais dans les usines, deux sortes de travailleurs viennent me voir. Les plus anciens, qui me posent une seule question : quand est-ce que nous allons partir ? Et les plus jeunes, qui me posent une seule question : quand est-ce que nous allons pouvoir entrer ? Et je leur dis « mais si vous les seniors, vous accompagnez les jeunes, vous leur donnez votre savoir-faire, votre expérience, votre compétence, est-ce que ce n’est pas finalement la plus belle mission qui peut vous être confiée avant d’attendre le départ à la retraite ? Et vous, les jeunes, si vous entrez enfin dans l’emploi avec un contrat à durée indéterminée, vous pouvez retrouver l’autonomie que vous attendez depuis si longtemps ». Je pense aussi aux jeunes qui sont étudiants et dont les familles sont modestes. Ceux-là recevront aussi une allocation d’études sous conditions de ressources pour leur permettre d’avoir l’autonomie.

C’est cela, le projet : faire tout pour que la jeunesse réussisse, non pas pour elle-même, non pas parce qu’elle serait une catégorie, non pas parce que je voudrais la flatter, mais parce que c’est ce qui permet à ceux qui sont parents, grands-parents, de retrouver eux-mêmes espoir dans l’avenir, fierté dans la réussite, de se dire « mais qu’allons-nous laisser, laisser après nous, quelle société voulons-nous transmettre à nos enfants, à nos petits-enfants ? ». Une société du chômage, de la précarité, de l’angoisse, de la dislocation ou, au contraire, une société où les chances soient attribuées, où les conditions de réussite soient posées et où l’on se dise : je vais bientôt partir, que ce soit à la retraite ou pour le grand voyage, je vais bientôt partir mais au moins, je sais que ce qui a été transmis sera finalement, pour la génération qui arrive, la réussite possible que je n’ai même pas eue pour moi-même.

Et moi, moi qui suis devant vous candidat à l’élection présidentielle, si je reçois le mandat du pays d’être le prochain président, je ne veux être jugé que sur un seul objectif : est-ce qu’au terme du mandat qui me sera, si les Français le veulent, confié, est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu’en 2012 ? Je demande à être évalué sur ce seul engagement, sur cette seule vérité, sur cette seule promesse ! Changer leur vie serait pour moi la plus grande des fiertés. Ce n’est pas un engagement à la légère que je prends. C’est pour mobiliser toute la Nation par rapport à cet enjeu.

Chers amis, j’ai parlé du Rêve français. Oui, le beau rêve, le rêve que tout au long des siècles, depuis la Révolution française, les citoyens ont caressé, ont porté. Ce rêve de vivre mieux, ce rêve de laisser un monde meilleur, ce rêve du progrès, ce rêve de pouvoir franchir à chaque fois les étapes de l’humanité, ce rêve ne nous appartient pas qu’en propre, mais il se trouve que c’est nous, la France, qui avons inventé la République. C’est nous qui avons porté cet idéal qu’une société, si elle s’organisait, si elle se donnait les moyens, si elle faisait de l’égalité, de la liberté et de la fraternité son mode de vie, pouvait être l’émancipation pour chacun.

C’est ce rêve-là que j’ai voulu de nouveau ré-enchanter – et aussitôt, la Droite s’est gaussée. Comment, comment serait-il possible de parler de rêve en cette période ? C’est vrai, ce n’est pas un rêve que nous vivons… Comment serait-il possible de parler de rêve au moment où la crise condamnerait toute ambition ? Ce serait une chimère. Mais moi, je ne vous appelle pas à mettre votre tête dans les étoiles. Je vous appelle à retrouver le récit républicain, celui qui nous a fait avancer pendant des décennies, le récit de la Révolution française, de ces hommes, de ces femmes aussi, qui ont voulu avancer dans une histoire inconnue qui s’ouvrait sous leur yeux, qui était l’histoire de l’égalité humaine.

Oui, ce récit républicain qui s’est poursuivi avec les républiques, avec la IIIe République, avec, aussi, la Libération, le Conseil national de la résistance, ce rêve, ce récit républicain que mai 68 a aussi, d’une certaine façon, fait ressurgir ! Et puis, mai 1981 et tant d’autres étapes. C’est cela, le récit de la République. Il n’appartient pas qu’à la Gauche. Tous ceux qui se sont succédé pendant des décennies à la tête du pays ont porté le récit républicain. A chaque fois, et quels que fussent les reproches que nos prédécesseurs aient pu leur adresser, c’était, finalement, leur ambition aussi, faire avancer la France. Alors le rêve, surtout, portons-le !

Et je me permettrai de citer Shakespeare, qui rappelait cette loi pourtant universelle : « ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve ». Eh bien nous réussirons parce que nous commencerons par évoquer le rêve ! Le rêve français, c’est la confiance dans la démocratie, la démocratie qui sera plus forte que les marchés, plus forte que l’argent, plus forte que les croyances, plus forte que les religions ! Le rêve français, c’est l’achèvement de la promesse républicaine autour de l’école, de la laïcité, de la dignité humaine, de l’intérêt général.

Le rêve français, c’est le creuset qui permet à toutes les couleurs de peau d’être à égalité de droits et de devoirs. Le rêve français, c’est l’affirmation des valeurs universelles qui vont bien au-delà des frontières, qui vont bien au-delà de la Nation. Ce n’est pas un espace limité, mais qui est proclamé à tous, à la face du monde. Le rêve français, c’est notre histoire, c’est notre projet ! Le rêve français, c’est une force, c’est le projet que je vous propose, parce qu’il nous ressemble, parce qu’il nous rassemble !

Je veux, je veux que nous allions ensemble vers la France de demain ! Une France du travail, du mérite, de l’effort, de l’initiative, de l’entreprise, où le droit de chacun s’appuiera sur l’égalité de tous. Une France de la justice, où l’argent sera remis à sa place, qui est celle d’un serviteur et non d’un maître. Une France de la solidarité, où aucun des enfants de la Nation ne sera laissé de côté. Une France du civisme, où chacun demandera non pas ce que la République peut faire pour lui, mais ce que lui, peut faire pour la République ! Une France de la diversité où chacun apportera sa différence, mais dans l’unité de la République, où les Outremers nous ouvrent à tous les horizons du monde et où les enfants d’immigrés doivent être fiers, fiers d’entre Français, Français, parce que c’est le plus beau nom qu’on puisse donner à un citoyen du monde, à une France de l’exemple, où le pays se retrouve dans ce qui l’élève, dans ce qui le réunit, le dépasse, une France de la confiance où toutes les forces qui la constituent se mobilisent pour l’avenir !

La France, la France n’est pas un problème. La France est la solution !

Voilà le choix, chers amis, voilà le choix qui vous attend. Toujours le même, toujours celui, depuis que la démocratie existe, entre la peur et l’espoir, entre la résignation et le sursaut, entre l’agitation et le changement. Eh bien le changement, le changement, c’est maintenant ! Le redressement, c’est maintenant ! La justice, c’est maintenant ! L’espérance, c’est maintenant ! La République c’est maintenant !

Mobilisons-nous, rassemblons-nous et dans trois mois, dans trois mois, nous ferons gagner la Gauche, avancer la France et nous réussirons le changement ! Le changement, j’y suis prêt !

Vive la République ! Et vive la France !

 

UN QUART DE SIÈCLE SOUS LE SOUFFLE DE L’AFRIQUE

13 juil

Une légende vivanteLes 25 ans du festival international Nuits d’Afrique.
Du mardi 12 au dimanche 24 juillet 2011.

25e édition du Festival international Nuits d’Afrique
Première partie du 12 au 18 juillet 2011.
Sous le thème « Un quart de siècle de musique du monde», la 25e édition du Festival international Nuits d’Afrique a pris son élan ce mardi, 12 juillet 2011, pour treize jours de célébrations ! Cette 25e édition sera un clin d’œil aux grands moments de ces 25 dernières années, mais aussi une mise en vie de cette coutume d’innovation qui fait la force de l’événement. Tradition, audace, renouveau et affirmation culturelle sont les mots clés de cette édition exceptionnelle, où seront présentés 57 concerts d’artistes issus de 32 pays !

1. Van Merwijks Music Machine & Manou Gallo
Mardi, 12 Juillet, 2011 – 20:00, Cabaret du Mile End.

Si Lucas Van Merwijks n’avait pas été l’un des meilleurs batteurs de sa génération, gageons qu’il aurait été chercheur, tant sa prolifique carrière musicale est marquée par l’expérience. Sur scène avec le percussionniste Aly N’Diaye Rose, fils du célèbre Doudou N’Diaye Rose, lui et l’incomparable bassiste, guitariste, percussionniste et auteure ivoirienne Manou Gallo, ex- Zap Mama, explorent leurs racines et partent à la découverte de nouveaux territoires sonores. Une expérience de continuelle invention qui est à l’avant-garde de la musique métissée en son tissu profond, celui de la culture transmise et des références artistiques de ceux et celles qui la crée.

Lucas Van Merwijks
Pays-Bas

Né aux Pays-Bas en 1961, Lucas Van Merwijk est attiré par la batterie dès sa plus tendre enfance. Il commence son apprentissage alors qu’il n’a que 9 ans. Parvenu à l’âge adulte, il étudie durant deux ans au Sweelinck Conservatorium d’Amsterdam et, en parallèle, se lance dans une carrière professionnelle sur les scènes salsa et jazz néerlandaises. De 1984 à 1987, il joue dans l’orchestre de Henri Guedon, à Paris et, à partir de 1985, passe sept ans dans le Future Shock de Maarten van Norden.

Dans les années 1980, il avait perfectionné sa technique des percussions afro-cubaines en suivant un cours donné par Oscarito Valdes, à Cuba. Il renouvellera cette expérience en 1992. Depuis le début de sa carrière, il a joué avec de nombreux groupes et artistes européens, notamment le fameux Nueva Manteca depuis 1987. Trois ans plus tard, il se lance dans l’aventure du trio Sticks & Strings, devenu depuis le Trio Amuedo, van Merwijk, Vierdag, et enregistre en 1992 l’album Uru puis un autre Jamfever en 1997. Avec ces formations, il enchaîne les tournées dans le monde entier. En 1997, il crée, en outre, le label Tam Tam Records.

Il est actuellement à la tête de quatre groupes différents: le Cubop City Big Band (depuis 1995), Drumix! avec Aly N’Diaye Rose (depuis 2000), l’orchestre de percussions du monde Drums United (depuis 2000) et Music Machine. Ce dernier est une formation à géométrie variable qui lui permet de multiplier les collaborations. C’est dans ce cadre qu’il joue aujourd’hui avec Manou Gallo. Avec le Cubop City Big Band, il a sorti les albums Machito Project (1995), Moré and More (1997), Arsenio (2002) et Que sensación (2008), avec Drumix! l’album éponyme en 2000 et, avec Drums United, le DVD World of Rythm (2006).

Par ailleurs, il est professeur de batterie et de percussions au département Musiques du monde du conservatoire CODARTS de Rotterdam et au département de jazz au conservatoire d’Amsterdam depuis 1987. L’ensemble de ces expériences lui permet d’avoir un style bien à lui, mélange d’influences cubaines, brésiliennes, et nord-américaines qui fait sa notoriété dans le monde musical ; tout cela est lié par le génie musical africain, raison de sa présence au vingt-cinquième du Festival international Nuits d’Afrique, à Montréal.

Manou Gallo
Côte d’Ivoire

Née en 1972, Manou Gallo est originaire de Divo, en Côte d’Ivoire, mais de racines sénégalaises, comme son nom le dit si bien. Très tôt, elle s’intéresse au monde du spectacle. À 12 ans, elle monte sur scène pour la première fois pour jouer une pièce de théâtre musicale avec d’autres enfants au sein du groupe Woya. Durant des années, on parlera de ce spectacle dans toute l‘Afrique de l‘Ouest. Jusqu’en 1989, la troupe fait en effet des tournées régulières au Burkina Faso, au Bénin, au Togo et au Mali et enregistre quatre albums.

En 1990, Woya est dissout et Manou part alors à Abidjan où elle apprend à jouer de la basse. Trois ans plus tard, elle parfait ses connaissances dans le village artistique de Ki-Yi-Mbock où elle s‘initie à la danse, au théâtre et où elle participe à l‘enregistrement d‘un disque produit par Ray Lema. En 1997, elle est appelée par Michel De Bock, tour manager du groupe Zap Mama, pour intégrer le groupe en tant que bassiste. Elle débarque en Belgique et intègre l’aventure Zap Mama qu’elle ne quittera plus durant six ans. Elle prend part aussi à l’aventure des Tambours de Brazza. Elle découvre l’Europe, le mélange des cultures, l’ouverture des Bruxellois… Elle se met également plus intensément aux percussions, un instrument traditionnellement réservé aux hommes.

Durant cette période, elle écrit en français, en anglais et en dida, sa langue maternelle, preuve de ce mélange quotidien dans lequel elle vit. Elle les met en musique, sur des rythmes qui viennent de son pays natal, mêlés à ceux qu’elle a connus sur son chemin depuis le début de sa carrière. En 2001, elle crée son propre groupe, avec des amis musiciens, sous le nom du Djiboi. Leur premier disque, Dida, est sorti en 2005, suivi de Manou Gallo en 2007, puis Lowlin en 2010. Elle est nommée Révélation Coup de cœur Francophone en 2009.

La profondeur de la voix de Manou Gallo sur des musiques chaudes se fait entendre ainsi au-delà des frontières, un rêve qu’elle n’aurait sans doute pas osé, une folie devenue réalité.

2. Manu Dibango Mercredi 13 juillet 2011(20h30)
au Métropolis de Montréal, en première, Marianne Aya Omac.

Manu Dibango, l’une des vedettes africaines de la musique, l’un des grands saxophonistes actuels, est un artiste incontournable. C’est une bête de scène à la bonne humeur communicative. Le concept même de musique du monde lui doit beaucoup. A 78 ans, Manu Dibango, le plus grand saxophoniste africain et, surtout, l’un des pères fondateurs d’une musique africaine moderne, ouverte sur le jazz, le rythme & blues, la salsa, le gospel, le funk, et le reggae, conserve de manière exemplaire son dynamisme.

Né en 1933 à Douala, au Cameroun, il chante dans la chorale que dirige sa mère mais cela est, pour lui, du pur amusement. Il débarque en France alors qu’il a 15 ans pour poursuivre ses études. À ce moment-là, il ne connaît encore rien (ou presque) au jazz, rien non plus au saxophone. Le virus ne l’a pas encore atteint. Deux années passent avant qu’il ne découvre ce qui fera sa vie : le saxophone. Rapidement, il se produit dans des clubs… au grand dam de son père.

La suite de ses pérégrinations le mène en Belgique où il se fond dans la communauté congolaise. Au début des années 1960, le chanteur Kabasele, venu tout droit de Kinshasa, l’embauche dans son groupe, l‘African Jazz. Il enregistre de nombreux disques avec eux et entreprend des tournées à répétition. Quelques années plus tard, il fonde son propre orchestre et développe un style bien à lui, des sons uniques.

En 1972, sort un 45-tours dont la face B va devenir l’un des plus grands tube africain de tous les temps : Soul Makossa, vendu à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde, véritable hit aux États-Unis et réutilisé depuis par Michael Jackson et Rihanna, entre autres. La « word music » est née.

Dans les années 1970 et 1980, Manu Dibango enregistre de nombreux albums, mélanges de jazz et de musiques africaines, parmi lesquels ‘Super Kumba’ (1974), ‘Africadelic’ (1975), ‘Mélodies africaines’ (1983), puis des opus afro-électro-funk dont ‘Abele Dance’ (1984). Enchaînant tournées et enregistrements, Manu Dibango n’oublie pas d’où il vient et s’engage régulièrement pour défendre les causes chères aux Africaines et aux Africains. Celui qui ne cesse de jeter des ponts entre les continents et les genres musicaux a produit depuis le début de sa carrière plus de trente disques, dont ‘Manu Dibango joue Sidney Bechet’ en mars 2007.

Manu Dibango, personnage clé de la fin du XXe siècle est au moins autant journaliste, anthropologue ou philosophe, que musicien. Sans lui, la « world » aurait sans doute fini par exister : mais au moins cinquante ans plus tard !

Depuis plus de trente albums studios ont suivi, parmi lesquels Gone Clear (1979), Ambassador (1981), Wakafrika (1994), Lamastabastani (1995) ou B Sides (2002). Il a également composé des musiques de films comme Kirikou ou les bêtes sauvages ou Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer.

Manu Dibango, c’est la mémoire de la musique africaine et de la sono mondiale. Il a joué aux quatre coins du monde avec les plus grands. Il est lui-même devenu une des figures les plus prestigieuses du jazz et du continent africain.

Chaque dimanche, avec la complicité de « Robert Tito » (Robert Brazza), Manu nous entraîne dans son monde, nous raconte son histoire qui s’écrit aujourd’hui encore à travers la planète, là où il promène son saxophone toujours et encore. Manu sur AFRICA N°1, ce sont aussi ses amis qui viennent lui rendre visite en studio comme à un vieux frère.

Spécialiste des mélanges de genres, Manu Dibango prend encore aujourd’hui un malin plaisir à brouiller les pistes, à croiser les influences, à s’imprégner de musiques variées, pour mieux surprendre et embarquer le public dans un voyage inoubliable.

Marianne Aya Omac, en lever de rideau de Manu
France

Marianne Aya Omac, c’est une auteure, une compositrice et une guitariste mais aussi une voix, puissante, chaleureuse, diverse qui attire l’oreille. Et mieux vaut avoir ce don lorsque l’on joue pendant six ans, 300 jours par an dans les rues de Montpellier. C’est comme ça que Marianne Aya Omac a commencé sa carrière d’artiste, se forgeant un public à l’énergie.

Parallèlement, Marianne rejoint la Gospelize-it Mass Choir, chorale gospel amatrice. Elle y apprend les techniques du gospel, l’implication du corps et de l’esprit dans la musique. Durant ces années, elle voyage souvent en Amérique latine et vit, en outre, dans le quartier gitan de Montpellier. Un cocktail qui lui permet d’avancer également dans le domaine des musiques latines et gitanes.

Grâce à ce parcours éclectique, elle se lance dans la création de son groupe en 1997, Ginkobiloba. Avec cette formation, elle enregistre deux albums, Pachamama (1999) et Mamacita (2002), et donne de nombreux concerts. Le succès est au rendez-vous, le public bien présent et pourtant, Marianne ne veut pas s’arrêter là. Elle choisit en 2005 de laisser le groupe et de se lancer dans une nouvelle aventure. Une double aventure.

En octobre 2004 et en janvier 2005, elle crée respectivement le Chœur de la Buèges et le Chœur de la Garrigue, deux chœurs de gospel, composé chacun de plusieurs dizaines de choristes. Parfois les deux chœurs se retrouvent pour donner des concerts en commun sous le nom de Grand Chœur de la Garrigue, mais chacun avance sur son chemin. Ils font ainsi la première partie de personnalités des « musiques du monde », Salif Keita, Idir, Souad Massi, Compay Segundo… Trois ans après la fin de “Ginkobiloba”, elle sort son premier album Be my witness en 2008. À Montréal, elle s’est fait connaître et aime y jouer, la communauté des es fans se développe avec enthousiasme.

Aujourd’hui, Marianne Aya Omac se produit sous son propre nom, en solo. Qu’elle chante en anglais, en français ou en espagnol, son énergie reste la même, sans artifices et sans détours, avec une voix toujours aussi présente et des textes plein d‘humanisme. Elle a lancé son dernier album le 5 juillet 2001 sous l’étiquette des Disques Nuits d’Afrique.

3. ZAL SISSOKHO, MANSA SISSOKO & MAMADOU KOÏTA, RENCONTRE AU SOMMET
Jeudi 14 juillet, 21 h 00 au Club Balattou

Glissant leurs doigts agiles sur les 21 cordes de leurs koras, Zal Idrissa Sissokho et Mansa Sissoko ont embrassé la destinée que leur confère leur statut de griot. Accompagnés au balafon de Mamadou Koïta, lui aussi griot, ils portent fièrement les trésors de la civilisation mandingue à travers le monde. L’Empire mandingue, c’est le titre que Zal Idrissa Sissokho a choisi pour cette soirée à ne pas manquer. Au cœur des traditions et au faite de la modernité, les héritiers de la culture mandingue que sont ces trois virtuoses professionnels de haut niveau, offrent aux Montréalaises et aux Montréalais, une soirée riche en mélodies, en créativité et surtout, très particulière. À trois, ils mettent en commun leur trésor harmonique et leur savoir historique, leur génie culturel, leurs valeurs sociales et leurs dimensions humaines d’envergure, combinés en une commune complicité faite de respect artistique entre eux, de science solide apprise dans l’immense conservatoire ancestral. Une invitation à découvrir l’ouest africain, son héritage commun, sa culture millénaire, mais aussi sa vitalité et sa joie de vivre. Une seule et suprême rencontre à laquelle vous devez participer, un privilège que nous vous souhaitons de connaître.

Mamadou koïta, Musicien virtuose du Burkina Faso

Balafoniste, percussionniste (djembé, doundoun, bara, tama), joueur de n’goni (instrument traditionnel africain s’apparentant à la guitare ou à la harpe), chanteur et auteur-compositeur, Mamadou Koïta est un musicien virtuose originaire du Burkina Faso. Il est né et a grandi dans l’univers musical des griots de l’ethnie Bwaba. Les griots sont une caste de poètes et de musiciens dépositaires de la tradition orale en Afrique de l’Ouest. Comme dans la famille de Toumani Diabaté, la famille Koïta pratique l’une des plus grandes traditions musicales du monde : la musique mandingue.

Parcours impressionnant.

Originaire du village de Djibasso au Burkina Faso, Mamadou Koïta est entraîné très tôt par les flots de la musique, puisqu’il vient d’une famille de griots. À l’âge de cinq ans déjà, les groupes d’animation musicale attiraient plus Mamadou que les terrains de football et autres jeux d’enfance. C’est cinq ans plus tard, en 1992, que la musique s’impose véritablement à Mamadou. En effet, le jeune artiste sait désormais accompagner ses frères à presque tous les instruments traditionnels : le djembé, le bara, le doundoun, le n’goni, le tama et le balafon qu’il a appris de ses parents et amis. Conscient que son destin ne se trouve nulle part ailleurs que dans la musique, Mamadou décide véritablement de tout laisser tomber pour se consacrer à la musique. En 2002, Il déménage alors à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Il intègre Sinia Sigui, la troupe familiale, de même que la troupe Zimawe du Kadiogo et le groupe Les Frères Diarra, autant de groupes avec lesquels il participe à une série d’animations et de concerts en Afrique, mais aussi en France et en Suisse. Après une participation remarquée en 2002 aux éliminatoires de la Semaine Nationale de la Culture où il remporte avec son groupe Sinia Sigui la 2e place dans la catégorie Musique traditionnelle Instrumentale, Mamadou Koïta est déjà considéré comme le meilleur percussionniste de sa génération.

En 2004, Mamadou fait ses premiers pas sur une plateforme internationale, puisqu’il est choisi pour participer à une animation avec le célèbre musicien burkinabé Adama Dramé lors de l’ouverture du Sommet de la Francophonie au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou. En 2005, Mamadou et son groupe Sinia Sigui montent un projet d’échange culturel entre le Burkina et la France qui mènera à la création du Festival des Musiques d’ici et d’ailleurs. Mamadou et Sinia Sigui participent également à la deuxième phase du projet réalisée en 2006 à Cergy. Dès 2005 et au cours de 2006, en plus des spectacles auxquels il participe avec ses différents groupes, Mamadou participe au Festival de contes et musique du Niger et part également quelques temps au Ghana pour donner des stages de djembé. Il prend part également en 2006 au lancement de l’album Lafila Boumfan d’Ibrahim Keita. Une autre collaboration musicale voit le jour en 2008 avec des membres du groupe français « La Roulette Rustre ». De cette collaboration naîtront l’album « Tiiga fato » et une tournée de la troupe au Burkina Faso en 2010.

Mansa Sissoko
Mali, Québec

Mansa Sissoko est originaire de Baleya, au Mali. Ses parents, tous deux griots, chantent et content les histoires familiales lors des grands événements. Il se met à la kora alors qu’il a 15 ans. Il n’y est pas initié par son père, qui ne joue pas de cet instrument, mais par ses cousins. Ceux-ci ne sont pas des débutants : ils font partie des familles de Toumani Diabaté et Ballaké Sissoko, des maîtres de la kora en Afrique de l’ouest.

A partir des années 90, il mène une carrière de koriste en Afrique, en France et au Canada, il participe à divers albums, notamment pour Habib Koité et Tiken Jah Fakoly, et parcourt le Mali pour chanter et jouer. En 2004, Mansa enregistre à Bamako l’album N’tomi, accompagné du groupe Kabarata. Il y interprète ses compositions ainsi que des pièces inspirées du répertoire traditionnel mandingue. C’est ainsi qu’il devient le personnage principal du documentaire de Bay Weyman, Road to Baleya, sorti en 2008. Ce film montre Mansa Sissoko de retour dans son village natal en compagnie de plusieurs musiciens canadiens. Une illustration des ponts entre les peuples que permet la musique, une métaphore de la rencontre entre Mansa Sissoko, le Malien, et Jayme Stone, le Canadien joueur de banjo.

Ce dernier, impressionné par la connaissance musicale de Mansa, décide de s’intéresser davantage aux musiques d’Afrique de l’ouest et de le rejoindre au Mali, afin d’apprendre les rythmes et les mélodies traditionnelles guidé par une « encyclopédie vivante », comme il le surnomme. Le voyage de plusieurs mois a lieu en 2007. Jayme reste au Mali plusieurs mois en compagnie de Mansa et les deux musiciens concoctent ainsi un bijou de musique africano-occidentale, Africa to Appalachia, Juno (prix musical canadien) dans la catégorie « Musique du monde » en 2009 et meilleur groupe de musique du monde aux Canadian Folk Music Awards la même année.

Zal Idrissa Sissokho, ambassadeur de la culture
Sénégal, Québec

L’un de ses ancêtres fut le premier joueur de kora de l’histoire et son frère, Younoussa, fut dans les années 1980, le premier griot à venir s’installer au Québec. Au Sénégal, la famille des Sissokho est l’une des plus importantes représentantes des griots, ceux qui transmettent oralement l’histoire du peuple mandingue depuis des siècles. Bref, Zal Idrissa Sissokho était prédestiné à chanter et à jouer de la kora.

Né au Sénégal, il joue de la musique depuis ses 11 ans. Très tôt également, il chante et compose en mandingue et en wolof des chansons inspirées du répertoire ouest-africain. Il perfectionne sa pratique de la kora sous la férule d’un des maîtres de l’instrument, Toumani Kouyaté, puis accompagne l’auteur compositeur sénégalais El Hadj N’Diaye.

Il embarque pour le Québec à la fin des années 1990 et y joue notamment avec les frères Diouf, Richard Séguin, le Montréal Jubilation Choir, Corneille, Monica Freire, Lilison, IKS, Muna Mingolé, Alpha Yaya Diallo… Il fait sonner son instrument également pour des musiques de films dont Un dimanche à Kigali de Robert Favreau. À Las Vegas, il participe au spectacle « O » du Cirque du Soleil.

En 2004, il fonde son propre groupe, nommé Buntalo. Il s’entoure pour cela de musiciens montréalais originaires d’Afrique de l’Ouest : Aboulaye Koné à la guitare, David Mobio au clavier, Manu Pelé à la basse et Thomas Niamke Ehui à la batterie. Leur répertoire est composé de créations originales de Zal Idrissa Sissokho et de Manu Pelé ainsi que de pièces classiques mandingues, qu’il chante en malinké et en wolof. Une large palette permettant de faire cohabiter tradition et modernité. En 2007, plusieurs de ses chansons apparaissent sur la compilation du festival international Nuits d’Afrique. Un avant-goût prometteur d’un album complet qui ne tardera pas…

Ambassadeur, médiateur, tel est aujourd’hui, au sein de notre vie sociale et culturelle canadienne, québécoise et montréalaise, Zal Idrissa Sissokho. Pour lui, « l’artiste peut faire passer des messages parce qu’il a une tribune lors des spectacles. Parce qu’il parle de manière sensible, il a la possibilité de toucher les gens et de les faire réfléchir sur ce qui se passe autour d’eux. Contrairement au politicien qui a un intérêt partisan, l’artiste est libre d’offrir son opinion aux spectateurs, par ses paroles et sa musique. »

En février 2008, Zal bénéficie d’une belle reconnaissance : il reçoit le prix OQAJ-Rideau des Amériques décerné pour l’excellence de sa performance, la générosité de sa présence sur scène et pour la beauté de ses métissages musicaux. Il sort son premier album, tant attendu, dans la foulée. Il s’intitule Silaba (« la grande route »). Cet hommage aux ancêtres présente son inestimable héritage musical et retrace la « grande route » que Zal a parcourue depuis ses débuts au Sénégal. Souvent au Brésil depuis trois ans surtout, Zal s’est imposé à force de travail, mais surtout grâce à une éthique remarquable et des valeurs, dont l’honnêteté et la détermination, qui font sa notoriété artistique et expliquent le respect qu’il sème sur son parcours, tant dans le milieu des arts que dans la société en général.

4. Christine Atallah, reine et magicienne
Dimanche 17 juillet à 21 h 00 au Club Balattou

Christine Atallah porte les mélodies, les rythmes et joue avec des instruments aux accents mélangés qui produisent une sonorité suave, élégante et d’une présence amicale. Créations qui nous portent, qui initient des mouvements et des nuances inédites. Elle crée une musique en myriades d’Est en Ouest, met en valeur des chants des profondeurs et imprègne de lueurs légères et nouvelles un monde de vibrations pour le siècle.

Voix du présent et du futur, Christine Atallah ouvre des horizons de fraîcheur, crée entre la musique classique et les musiques aux rythmes mélodiques du monde, un pont de force et de douceur. Christine Atallah, grâce à sa voix des mille et un charmes aux accents de sarabandes de reine et majestueuse magicienne, avec les tempos latins et les éclats arabo-jazzés, envoûtants cantiques pour le bonheur et la paix de l’humanité, est la star d’envergure que toutes et tous souhaitent sur la planète des arts et de la culture universels.

Nommée la diva rebelle, cette auteure compositrice replongera dans ses racines Libanaises pour vous offrir un concert extravagant et exotique. Des musiciens orientaux se joindront aux instrumentalistes occidentaux dans des pièces en français, arabe, espagnol et anglais. Vous vous envolerez sur un tapis volant tamisé d’instruments qui existent depuis l’aube de la civilisation.

Née dans une famille conservatrice, Christine Atallah a dû lutter pour pratiquer sa passion, le chant. Bien décidée pourtant à continuer sur cette voie, elle parvient à devenir soliste dans plusieurs chorales et est alors remarquée par Margaret Khalil, chanteuse du Metropolitan Opera de New York. Celle-ci lui propose de lui donner des cours. C’est le début d’une grande histoire…

Elle décroche une bourse pour continuer son apprentissage à Milan et a alors l’opportunité de chanter dans Aida de Verdi, un spectacle donné dans les grands stades du monde. Suivent plusieurs engagements au cinéma et sur la scène internationale. Elle interprète notamment la bande originale de Jésus de Montréal, de Denys Arcand.

Dans ces années, une alliance musicale se forge avec le compositeur canadien John Winiarz. Depuis leur rencontre, Christine a inspiré et interprété plus de douze de ses œuvres, dont plusieurs premières mondiales. Par ailleurs, elle étudie et danse avec Gabrielle Taylor du Mahattan Motion Dance à Broadway. Une expérience qui fait de Christine une interprète accomplie.

En 2003, elle fonde le groupe Les Bassalindos avec François Lalonde (batterie), Mathieu Tessier et Danny McLaughlin (guitares). Leur musique est un mélange cosmopolite où l’on retrouve l’Occident et l’Orient, combinés avec des éléments latinos, jazz et arabes, une musique où se mêlent le oud, les violons, les percussions arabes, la batterie, les cuivres, les guitares… La majeure partie de leur répertoire est signée Christine Atallah et Danny McLaughlin. Leur premier album, Escapades, sort en 2006 avec la participation de divers artistes comme Jésus EL Niño Perez, Roberto Torres, Oscar D’Leon, Ricardo Lemvo, Hussein El-Emam…

Seule ou accompagnée, Christine Atallah utilise le velours de sa voix, en anglais, en français, en arabe, en espagnol et en italien, pour emmener son public dans un voyage doux et envoutant. Personnalité forte et artiste de talent, elle tisse, au fil des concerts et des créations, un univers si créatif et ouvre des horizons capables, un jour, d’offrir au monde un florilège musical d’une ampleur universel.

5. Zoutenn de Mondélé, artiste de la perfection
Lundi, 18 Juillet, 2011 – 21:00 Club Balattou

Des accords de guitares délicats, une voie douce, entre agréable torpeur et mélancolie satinée… On pense voyage, on pense enfance, on pense paix et humanité… Les mélodies intimistes de ce jeune auteur, compositeur et interprète, finaliste l’an dernier du Prix de la diversité du Conseil des arts de Montréal, rappellent un peu celles de Lokua Kanza.

Zoutenn de Mondélé est né à Bangui en République centrafricaine. Très jeune, il se découvre un goût pour la musique. Au début, il apprend seul, découvre divers instruments en autodidacte complet. Adolescent, il passe des concours, participe à des événements culturels puis se forme finalement à la musique en suivant des cours, afin de se construire une base musicale et instrumentale plus solide. En 2003, il part étudier l’informatique à Dakar. Et il en profite pour s’inscrire à l’École nationale des arts. Il enregistre une première maquette de ses chansons en 2005. Sa musique transpire de ses racines artistiques et culturelles, qu’il sait manier et agencer avec élégance.

En 2008, il continue son voyage vers l’ouest… et s’installe à Montréal. Là, il s’initie à la guitare jazz et se plonge entièrement dans un milieu musical vraiment métissé où se mélangent allégrement les origines et les styles. C’est ainsi, porté par ce bouillonnement d’influences, qu’il se lance sur la scène montréalaise. En 2010, il accède à la finale du Prix de la Diversité du Conseil des arts de Montréal, choisi parmi 40 candidats.

Cette même année, sort son album intitulé Ngba na mabé. Cet opus révèle la maturité atteinte par Zoutenn de Mondélé qui se nourrit de toutes ses expériences musicales, qui est avide de découvertes et gourmand de mixité culturelle. Il est habité par le désir de la perfection sans cesse renouvelé et ne cesse de se perfectionner. L’année 2010 s’est achevée en outre par la formation d’un groupe avec le percussionniste Sadio Sissokho et le multi-instrumentiste Derek Harrison et la création du spectacle De Chœur à cœur. Soyez attentifs, il vous réserve de nombreuses surprises.

Yves ALAVO

Pour la programmation de l’édition du 25e anniversaire du FINA :

http://www.festivalnuitsdafrique.com/